Persuasion : la Fleabagification de Jane Austen

Sorti mi-juillet sur Netflix, Persuasion est le dernier-né de la série d’adaptations du travail de Jane Austen qui inonde le petit comme le grand écran depuis les années 90. Le film adapte le dernier roman de son autrice et nous introduit Anne Elliot, jeune femme en fin de vingtaine, qui retrouve son ancien amant Wentworth, huit ans après qu’elle ait été forcée par sa famille de refuser sa demande en mariage en raison de son manque d’argent. Triste et mélancolique, le livre est probablement le plus sérieux et le plus poétique de la carrière d’Austen qui nous présente des personnages humains et sensés, le tout agrémenté d’une prose magnifique. Bref, tout ce qui semble manquer à son adaptation.

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Cha Cha Real Smooth : Mieux vaut tard que jamais

Si la plupart des adolescent·es connaissent ce moment de bascule vers le monde adulte durant leurs dernières années de lycée, d’autres prennent un peu plus leur temps par peur ou encore par facilité. Il est vrai que ce nouveau chemin peut être effrayant à bien des égards mais parfois il suffit d’une rencontre pour se décider à faire le premier pas. Une danse avec la vie qu’Andrew tente d’apprivoiser dans Cha Cha Real Smooth.

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The Lost Daughter : Mère (contre) nature

Après avoir brillé à la Mostra de Venise en raflant le Prix du meilleur scénario et avoir raflé aux Gotham Independent Film Award quatre prix dont Meilleur film, Meilleur nouveau réalisateur et Meilleure performance, Maggie Gyllenhaal débarque avec The Lost Daughter sur Netflix. Une brillante adaptation de Poupée volée de Elena Ferrante.

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Suspiria : Reprise aussi passionnée que passionnante

Avant même que le film n’ai le droit à une quelconque bande-annonce ou teaser, le projet « Suspiria » de Luca Guadagnino soulevait bien des interrogations et des frayeurs. Celui qui a attiré tous les regards en début d’année avec son fabuleux « Call me by your name » revient en cette fin d’année « Suspiria » du même nom que celui de 1977 réalisé par Dario Argento et qui s’est rapidement hissé au rang d’incontournable pour les cinéphiles les plus aguerris. De quoi effrayer encore plus les fidèles amoureux de la version d’Argento. Pour sa version 2018, Luca Guadagnino reprend les mêmes ingrédients (même histoire) pour réussir à y insuffler sa patte. Radicalement différent.

Et si le secret était que Luca Guadagnino était fan du « Suspiria » de Dario Argento ? Loin de vouloir simplement surfer sur le nom de ce chef-d’oeuvre, le réalisateur italien qui a découvert le film lorsqu’il avait 6 ans nous en offre sa propre vision. Certains éléments restent les mêmes : Susie Bannion, jeune danseuse américaine débarque à Berlin en espérant intégrer la prestigieuse compagnie de danse Helena Markos alors que de mystérieux évènements ont lieu au coeur de cette école où s’entremêlent intimement danse et sorcellerie. 

Ce qui démarquait le « Suspiria » de Dario Argento – et qui nous frappe encore aujourd’hui au visionnage du film – est sa sur-esthétisation avec ses saturations de couleurs et notamment de rouge ainsi que sa bande-son stridente qui nous pétrifiait dès les premières secondes. Guadagnino dit adieu à tout ça en y imposant sa patte assez semblable à « Call me by your name » avec des couleurs beaucoup plus douces voir parfois même absolument désaturées pour offrir un cadre beaucoup plus réaliste à Susie Bannion. Beaucoup moins agressif – à prendre dans le bon sens du terme – que son prédécesseur, « Suspiria » s’inscrit beaucoup plus dans un réalisme qui réussit à être tout aussi angoissant de par l’atmosphère distillée doublée par une BO de Thom Yorke (le leader de Radiohead rien que ça) qui, dans un tout autre style, sait parfaitement retranscrire cette angoisse grandissante qui naît en nous au fur et à mesure du film. 

De l’art des corps

Le réalisateur réussit le tour de main de se détacher totalement de l’oeuvre originale en déplaçant déjà son action à Berlin en 1977 alors que la capitale est coupée en deux et qu’elle est en proie aux attentats de la bande à Baader. Dans ce cadre politique déjà oppressant, Luca Guadagnino fait de la danse l’élément central de son film là où Argento n’en avait finalement fait qu’un détail avec quelques scènettes de danse qui n’ont pas d’impact sur l’histoire. L’art des corps est un art que sait exercer avec brio Guadagnino, déjà observé dans « Call me by your name » où la sensualité des corps transperçait l’écran, cette fois il pousse le curseur à l’extrême dans la maltraitance de ses corps à travers la danse allant ainsi jusqu’au démembrement (une longue scène qui frôle largement avec l’insoutenable). Le sacrifice du corps pour arriver au stade de l’art, une philosophie qui s’applique totalement à la danse où les blessures ne se comptent guère plus. Guadagnino sublime cet art qu’est la danse notamment dans la scène de la représentation qui a lieu dans l’école devant le public, un vrai tour de force aussi magnifique que transcendant. 

Cependant Guadagnino n’oublie pas pour autant son prédécesseur en lui rendant hommage dans cette dernière partie de film qui s’apparente beaucoup plus au « Suspiria » d’Argento avec cette effervescence d’esthétisme, de rouge sang et de caméra presque en transe. C’est divin, c’est sublime et le film offre une palette de personnages exquis que ce soit Dakota Johnson (Susie) qui tient là son plus beau et plus profond rôle à ce jour (le magnétisme que dégage cette actrice reste assez dingue malgré le petit incident de parcours « 50 Nuances »), Mia Goth qui n’a besoin que d’un regard pour exprimer ses émotions ou encore Tilda Swinton, fidèle du cinéma de Guadagnino, qui n’a décidément plus rien à prouver. 

Le « Suspiria » version 2018 est un film qui se vit au plus profond des tripes autant qu’il se laisse regarder autant avec délectation qu’horreur. Relecture absolue – ou ‘’reprise’’ comme l’évoquait Tilda Swinton – du chef-d’oeuvre de 1977, Luca Guadagnino ne fait pas mieux que son prédécesseur mais tout aussi bien et honnêtement vu le projet casse-gueule qu’il était à ses débuts, on ne peut que saluer la performance. 

Suspiria de Luca Guadagnino. Avec Dakota Johnson, Mia Goth, Tilda Swinton… 2h32
Sortie le 14 novembre

[CRITIQUE] Cinquante Nuances plus sombres : Moins pire que le premier opus

Attendu par de nombreuses admiratrices, dénigré bien avant que le tournage ne commence, le deuxième opus de la sulfureuse saga littéraire Cinquante Nuances de Grey débarque pour la Saint-Valentin sur grand écran un ans après un premier opus largement critiqué par la presse. Alors qu’en est-il réellement de ce deuxième volet ?

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Heureusement que la BO vient sauver le tout

Alors non le film n’est pas « mauvais » enfin… il est moins pire que son prédécesseur même si c’est loin d’être une réussite. Après qu’Anastasia ai quitté Christian, celui-ci va tout faire pour la récupérer mais comme l’indique si bien le titre, rien ne va vraiment se passer comme prévu puisqu’un danger rôde autour d’eux. Mouais… un danger expédié en moins de cinq minutes tout de même.

D’ailleurs c’est là que réside tout le problème car le scénario du second volet pouvait enfin exploiter de nouvelles pistes à part celle du cul mais au lieu de ça le film se conforte dans cette romance BDSM mais qui au final ne l’est plus tellement pour nous offrir une romance comme les autres, avec les scènes de sexe en plus. Le personnage interprété par Kim Basinger n’a aucune contenance et presque aucune importance dans le film contrairement au bouquin et au final on se dit que le seul truc long dans l’histoire c’est bien le film.

Et comme pour le premier opus, seule la BO vient adoucir le tout. Outre le tube I don’t wanna live forever, toutes les autres chansons sont faites pour être appréciées tantôt rythmées, tantôt plus douces, elle est le (seul) point fort de ce film.

Un film érotique qui n’en est plus vraiment un

Alors que le premier volet de la saga se clamait haut et fort BDSM à souhait (mouais) tout comme la trilogie littéraire, Cinquante Nuances plus sombres glisse plus vers une romance sexuelle qu’autre chose. Au final si on enlevait toutes les scènes de sexe ce serait exactement pareil. Et alors que le début du film laissé présager quelque chose de plus intéressant en ce qui concerne la psychologie des personnages et notamment Christian Grey, elle est rapidement abandonnée pour laisser place à leurs ébats amoureux.

Assez dommage car en dehors de ces films, Jamie Dornan et Dakota Johnson ont de vraies qualités d’acteur qu’on ne retrouve malheureusement pas ici avec d’un côté un Jamie Dornan inexpressif et au contraire une Dakota Johnson qui passe ¾ du temps à pleurer dans le film.

Bref, Cinquante Nuances plus sombres s’en tire un peu mieux que le précédent film même s’il est assez clair que ce film est plus commercial qu’autre chose. Dommage car le film avait le potentiel pour être plus intéressant que simplement une amourette ponctuée d’ébats sexuels.

Ma note : ★★★★★