Rétrospective David Cronenberg #7 : Des espaces et des corps, encore

Attention, cet article a été rédigé par deux de nos rédacteurs. Les crédits sont en fin de texte.

Avec ce qui est communément nommé sa « seconde période », David Cronenberg a dérouté nombre de ses fans, s’attendant à le voir décliner son body horror toute sa carrière. Il a pourtant prouvé qu’il reste un questionneur intéressant sur les problèmes liés à l’humain·e, et continue une route singulière, qui vacille entre espoir et fatalisme. S’il revient à ses premières amours avec Crimes of the future, il continue d’introspecter les psychoses dans ses œuvres précédant son hiatus.

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The Batman : Un cinéaste à la barre, un !

Les diverses annonces autour de The Batman ont noyé les attentes sous un flot d’excitation, mais aussi d’appréhensions. Dans une industrie qui s’enfonce dans des copies conformes dès qu’il s’agit d’aborder les mythes super-héroïques, où le jeu de « Qui suce le MCU le mieux » est de mise – y compris du côté de son grand concurrent DC, qui a tronqué sa dimension sérieuse pour une nouvelle foire à la saucisse (littérale, celle-ci) –, l’envie de prendre le contre-pied, d’apporter une vision du Caped Crusader qui ne s’enfoncerait pas dans une volonté d’univers ultra-étendu, apparaît comme salvatrice. Là où l’appréhension prend le pas dans les esprits, c’est quant au fait d’en attendre peut-être un peu trop, de placer des espoirs qui ne peuvent se confondre qu’en déception. C’était sans compter sur Matt Reeves, qui a déjà démontré d’une vision définitivement auteurisante quant à sa relecture de La planète des singes – une belle réponse incisive au blockbuster moderne –, et qui n’a clairement pas l’intention de s’arrêter là.

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Le diable, tout le temps : Il n’y a plus d’espoir

Les longs-métrages estampillés Netflix de qualité sont rares et se comptent sur les doigts de la main. Mais lorsqu’on a découvert les premières images de Le Diable, Tout Le Temps, notre curiosité a été piquée à vif entre un casting qui pèse très lourd dans la balance et une noirceur qui promet un beau film. Alors, est-ce qu’on a été charmé par ce diable ? Réponse.

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Tenet : Sauvetage ? Peut-être. Ratage ? Sûrement

Attendu comme le messie par le secteur comme les spectateurs du monde entier, Tenet est enfin là, dans nos salles obscures. Ce onzième opus de Christopher Nolan, énorme blockbuster d’auteur, vendu comme son film le plus ambitieux, et revenant à l’utilisation d’un concept fort à l’instar d’Inception n’est pourtant pas le sauveur espéré. Du moins, s’il va sûrement attirer les gens (et tant mieux), il est loin d’être aussi abouti que ce à quoi le cinéaste britannico-américain nous a habitué.   

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Waiting For The Barbarians : Depp-endance à l’ennui

Comme on nous l’aura bien vendu, ce Waiting For The Barbarians. Retour inattendu pour un Johnny Depp qui, selon les dires, tente un rôle de composition, présence d’un Mark Rylance qui depuis ses trois collaborations avec Steven Spielberg ne quitte plus les esprits, adaptation d’un livre par un réalisateur reconnu dans les sphères cinéphiles, le projet a tout pour plaire. Dès les premiers instants, la photographie nous entraîne dans une poésie patiente, prenant le temps de la contemplation. 

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High Life, Claire Denis : Cherchez l’humain

ATTENTION : Beaucoup de détails sur l’intrigue du film sont dévoilés. Vous êtes prévenus…

  Claire Denis ne l’a jamais nié, la notion de science-fiction est à prendre avec les pincettes dans son dernier long-métrage… À vrai dire, tout est à prendre avec ces dits-pincettes car, derrière cette affiche stellaire et cette bande annonce quelque peu angoissante, se cache un film torride, rongé par une humanité dont la solitude est tellement profonde qu’aucune présence peut la combler… aucune, êtes-vous certain ?

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Juliette Binoche terrifiante dans High Life

   Lorsque l’on veut parler de condamnation et de solitude de l’âme, deux possibilités s’offrent à nous : la prison ou l’espace ; Claire Denis choisit l’un dans l’autre, histoire d’être certain que nul n’échappe pas à son propos. Il suffit d’en juger par la forme du vaisseau qui accueille ses condamnés à mort, un parallélépipède rectangle sans aucune couleur ni imagination arborant un simple numéro 7, pour rappeler qu’ils ne sont toujours que des matricules.                                                                                                                Tout les accessoires, décors et costumes sont là pour rappeler la froideur et la distance avec lesquels « La Terre »  les traite : les vêtements sont sales et les combinaisons spatiales sont improbables, les commandes et les ordinateurs semblent poussiéreux et anciens, donnant à cette entreprise un certain cote soviétique.                                                                                                Les relations entre les personnages  sont aussi atteinte par cette froideur, la solitude et le rejet se transformant en folie, et l’on assiste entre-autre à viol, meurtre et suicide. Quel est le point commun entre tout ces actes ? Le sexe, bien évidemment. 

   Le propos du film est l’exil d’un groupe de condamnés à mort hors du système solaire pour tenter de capter l’énergie des trous noir et pour mener de secrètes expériences sur la reproduction, menée par la vénéneuse Docteure Dibs, interprétée par Juliette Binoche. Le film suit principalement Monte, un individu silencieux qui refuse de prendre part aux expériences de reproduction interprété par Robert Pattinson. 

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Robert Pattison incarne Monte dans High Life

Malgré les mouvements chronologiques, on comprend très vite comment s’effectue le rapport de force : Dibs a le pouvoir sur eux par son corps et par la quantité de sédatifs qu’elle peut mettre dans l’eau du vaisseau…             Une tension sexuelle s’impose entre chacun des membres du vaisseau : Dibs force les hommes à lui donner du sperme et les invite à se « lâcher » dans une fuck box sorti d’un épisode de Black Mirror et offrant au spectateur une scène féroce et tribal lorsque Dibs décide d’utiliser cette boite. La tension monte, encore et encore…                                                                                   Parmi ces animaux sauvages tous mis dans la même cage, Monte ne prend pas part au combat, il s’exile dans un jardin synthétique à l’abri de tout et où pourtant on n’échappe pas aux alarmes, comme on ne peut échapper à nos pulsions les plus primaires. 

   Plus haut, je disais qu’aucune présence ne pouvait combler une solitude trop profondément enfouie, mais alors quel est ce bébé qu’on voit au début du film et qui est cette jeune fille que l’on voit arriver à partir d’un certain moment ? Peut-être la réponse à cette solitude. ( Je vous laisse le soin de découvrir les origines de cet enfant dans le film ) On peut s’interroger sur les motivations de Dibs de « fabriquer » cet enfant : en effet, il est question d’expériences pour la science mais à quoi bon, la Terre ne recevra peut-être jamais les résultats ou dans très longtemps ; si sa motivation est si persistante, c’est sans doute par amour pour Monte ou pour assurer la survie de l’équipage. Elle sait qu’avec un enfant, l’instinct de survie se voit comme renaitre et l’envie de le protéger devient trop fort pour se laisser mourir. Mais pas pour Dibs ; après avoir fait l’enfant au profit d’une autre jeune fille, celle-ci s’en va, sachant que l’avenir de l’équipage est assuré. 

   La structure étonnante du film permet cet histoire en trou noir avec un horizon des événements au début et à la fin et un noyau très dense au centre où toute « l’action » se passe. On note un manque de relief dans la mise en scène et dans les plans, ce qui peut se justifier par le décor très neutre qui habille le vaisseau.                                                                                 Le film n’évite pas les musiques tranchantes et les cris bruyants mais, et c’est l’une de ces grandes qualités, parvient toujours à faire silence lorsque le tout devient trop pour les oreilles ; après tout, l’espace est surtout silence. 

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  A la fois contemplatif et super-violent, le film récolte tout les oxymores ; en effet, il ne faut pas rester passif devant le spectacle mais tenter de sentir ce trou d’âme qui hante le film ; il est question d’humains si proche dans le plus vaste.                                                                                                                   Par toutes ses tentatives et sa forme, High Life se définie comme LA proposition extrême de cinéma de l’année, qui en manque cruellement, et qui restera longtemps dans les esprits…

   Le film est une expérience très subjective, donc allez le voir et faites-vous votre propre avis. Malgré ce qui a été dit à Toronto, le film ne provoque ni pleurs ni vomissements, normalement…

 

High Life de Claire Denis. Avec Robert Pattinson, Juliette Binoche… 1h51
Sortie le 7 novembre

 

[CANNES 2017] Good Time : L’heure de gloire pour Robert Pattinson ?

Kristen Stewart avait réussi assez rapidement à se défaire de l’étiquette Twilight contrairement à Robert Pattinson malgré de jolis petits rôles notamment dans The Lost City of Z mais on attendait encore le film qui le sortirait de ce carcan de gentil vampire adulé des adolescentes. Et bien aujourd’hui c’est chose faite avec Good Time des frères Safdie, présenté en compétition officielle au Festival de Cannes. Lire la suite de « [CANNES 2017] Good Time : L’heure de gloire pour Robert Pattinson ? »