Chronique d’une liaison passagère : le temps de l’amour

Questionner l’amour par le prisme de la fidélité a souvent été l’une des préoccupations centrales du cinéma d’Emmanuel Mouret, de Laissons Lucie faire à Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait, en passant même par Changement d’adresse. Or, si l’on pensait qu’il avait atteint le bout d’une certaine réflexion avec son dernier long, dont le scénario extrêmement sophistiqué et retors offre une exploration passionnante des tourments sentimentaux, il parvient, avec Chronique d’une liaison passagère, à revenir à la sève même de toutes ces interrogations, en extrayant ainsi la superbe complexité.

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On est fait pour s’entendre : pénurie auditive

Quand il ne fait pas le beau séducteur de vieilles dames dans Rose, Pascal Elbé passe derrière la caméra, et se met en scène dans On est fait pour s’entendre, une comédie romantique très classique mais efficace.

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Les Deux Alfred : French Tech

Les nouvelles technologies et la start-up nation sont-elles des thématiques qui ont fortement marqué Denis Podalydès ? Aucune idée, mais la coïncidence est folle lorsqu’après avoir été dirigé par le duo Delépine & Kervern et leur excellent Effacer L’historique, c’est sous la caméra de son frère Bruno qu’il développe le sujet. Sous un ton bien plus jovial et lunaire, propre au fraternel, Les Deux Alfred regarde le monde qui nous entoure avec une certaine ironie.

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Pupille : Shot d’amour

Je n’aime pas les termes « drame » et « comédie dramatique » qu’on emploie pour gérer certains films tant ils sont in-genrables. Tel est le cas de « Pupille » qui, en plus d’osciller sur plusieurs genres, est loin d’être un drame comme le sens péjoratif laisse constamment entendre ni forcément une comédie dramatique qui sous-entendrait qu’on rit beaucoup et qu’on pleure beaucoup. Non je n’aime pas ces termes et encore moins pour « Pupille » alors vous savez quoi ? On devrait inventer un nouveau genre qu’on appellerait le « shot d’amour », parce que c’est ce qu’est « Pupille » un pur shot d’amour à prendre d’un coup, sans se poser de questions et qui réussit à nous faire sentir immédiatement bien.

 L’adoption, l’affiliation, la recherche de ses racines est probablement l’un des thèmes les plus abordés au cinéma que ce soit à travers les films pour enfants (« Tarzan », « Le Livre de la jungle »), les blockbusters (« Man of steel ») ou dans le cinéma français avec les récents « Ma vie de courgette », « Il a déjà tes yeux » ou encore « Comment j’ai rencontré mon père ». Mais là où la caméra s’est toujours placée du côté de l’adopté, de ses ressentis, de son parcours initiatique pour retrouver ses racines et pouvoir s’accepter, Jeanne Herry prend le contre-pied en posant sa caméra du côté de la petite fourmilière qui entoure le nouveau-né de son état de nourrisson à celui de pupille de l’État jusqu’à devenir ‘’fil.le.s de’’. Un oeil nouveau sur un système plus complexe qu’il n’y paraît mais aussi une incroyable aventure humaine où s’entrechoque les sentiments ls plus extrêmes.

Selon l’INED (Institut National d’Études Démographiques), ce sont entre 600 et 700 femmes qui décident de donner naissance sous X. À partir de ce moment-là, tout un processus aussi complexe qu’il peut être éprouvant se met en place. Nombreuses sont les personnes qui gravitent autour de ce nouveau-né pour combler le manque maternel et lui trouver un foyer. De ce constat, Jeanne Herry en tire un film en forme de véritable leçon de vie, d’espoir et d’amour. À la lisière du documentaire sans jamais tomber dans un formalisme absolu, « Pupille » met brillamment en avant toute une galerie de personnage ayant chacun un rôle clé en passant de la mère biologique, à la psychologue accompagnant la jeune femme ou encore l’assistant familial chez lequel est confié le nouveau-né durant la période de rétractation. Mais loin d’idéaliser pour autant cette situation, le film nous met face à bien des réalités plus dures les unes que les autres que ce soit le moment où la mère abandonne son bébé – et lui dit (ou non) au revoir -, les premières semaines difficiles pour le bébé, le travail titanesque de l’assistant familial, les travailleurs sociaux qui remuent ciel et terre pour lui trouver la bonne famille ou encore le long combat d’Elodie pour devenir mère. 

Chacun traverse des épreuves à leur façon et entre deux caresses emplies d’amour, la réalisatrice n’hésite pas à nous mettre un petite claque pour nous réveiller, comme pour nous dire « Eh oh tout n’est pas rose lors du processus d’adoption » même si les efforts et les obstacles en valent largement la peine. Le film nous rappelle la souffrance que peut provoquer l’adoption, les échecs à répétions, ces couples dont l’adoption est refusée car comme l’explique l’assistante sociale Lydie (jouée à merveille par Olivia Côte) face à un couple en attente d’une approbation; ils ne sont pas là pour chercher un couple qui a besoin d’un enfant mais un couple capable de devenir parents. 

Rassemblant un casting de charme entre Sandrine Kiberlain (avec qui elle avait déjà travaillé sur « Elle l’adore »), l’émouvante Elodie Bouchez et – plus surprenant – Gilles Lellouche aux antipodes des rôles qu’on a pu lui connaître jusque là, « Pupille » déborde véritablement d’amour et de bienveillance. D’une pudeur sans pareille, la caméra effleure, capture furtivement des moments de complicité, de colère, de rage et d’émotion purs (un plan sur Gilles Lellouche pendant une demie-seconde et vous vous retrouvez complètement chamboulé.e) sans jamais tomber dans le pathos du drame ni l’académisme du documentaire, Jeanne Herry fait de son « Pupille » un sublime film qui vise en plein coeur. On ne s’attendait pas forcément à cette claque en fin d’année et encore moins dans le paysage cinématographique français mais honnêtement on est loin de s’en plaindre.

Pupille de Jeanne Herry. Avec Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez, Gilles Lellouche… 1h55

Sortie le 5 décembre