Avec la recrudescence de films produits à la chaîne sans aucune notion de point de vue d’auteur·ice, on en vient à lâcher le cinéma de genre en salles. Les rares propositions qui détonent et emplissent nos espoirs d’enfin voir ce cinéma qu’on aime prendre place dans le cœur d’un grand public sont remplacées par de nouvelles industries tout aussi cyniques — coucou Blumhouse —. Industries qui ne pensent pas et recyclent leurs bonnes propositions jusqu’à les rendre invisible dans la masse insipide. Parce que quand on aime le genre, on s’éloigne des salles. On farfouille chez Shadowz, chez Shudder, on va au PIFFF, là où sait que parmi quelques propositions qui rentrent dans cet écrin qu’on dénonce, la majorité des films présentés ont le mérite de tenter l’originalité et nous stimulent par leurs thématiques, toujours preuve de la vivacité d’un genre qui même caché ne faiblit pas. Puis on se rend compte qu’on a peut-être été un peu sévère. Quelques retours étonnants nous donnent envie de donner une chance à M3gan, à Smile et finalement…. c’est plutôt chouette. On réitère l’expérience en salles pour La main, petit film imparfait mais lui aussi sympathique, honnête dans son entreprise. Aveuglé·es, on décide de retourner confiant·es vers les salles obscures pour appréhender les propositions horrifiques présentées en fin d’année. Coup sur coup, L’exorciste : devotion, Thanksgiving et celui qui nous intéresse aujourd’hui, Follow dead, font surface. Soit un tiercé gagnant de la nullité.

Follow dead tente de s’inclure dans son époque : nous suivons Adam Ellis qui se rend au boulot en transport, scrutant son téléphone dont l’écran nous apparaît à l’aide de bulles et capsules. Un procédé qui pourrait avoir son charme s’il n’était pas déjà présent dans tous les films voulant exploiter l’omniprésence des réseaux sociaux. Rien de mal à recycler l’idée mais tout manque cruellement de dynamisme, ne parvenant jamais à retranscrire cette même effervescence et surabondance d’informations. Arrivé au boulot, les collègues font à Adam la blague de l’écran à ne pas lâcher des yeux jusqu’à ce qu’une pale copie de Sadako — regardez Ringu — ne s’emploie à un jumpscare putassier. Une blague que les collégien·nes du début des années 2000 faisaient quand Internet était encore l’objet d’un rendez-vous au CDI, et qui aurait potentiellement eu sa place dans l’introduction du film quant à elle ancrée dans une période où cela aurait fait bon effet. John McPhail s’évertue à jouer l’équilibriste entre sa volonté de s’approprier les codes de l’omniprésence d’internet pour offrir un nouvel écrin moderne à son slasher numérique et celle d’avoir un vieux discours réactionnaire sur « les jeunes » et « les réseaux » que ne renierait pas Michel Sardou. Ainsi, s’il semble dire que l’internet, c’est pour les cons et que quiconque utilisant la moindre application est un troll notoire, son personnage principal travaille chez Buzzfeed. Il ne joue pas la carte du héros éloigné de ce monde connecté et qui en devient la victime mais l’inclut dans ce qu’il semble détester. En résulte une panoplie de personnages absolument détestables où les rares sympathiques (l’entourage proche d’Adam qui justement lui reproche son manque d’ancrage avec le réel) sont à peine exploités, nous semblant tout aussi superficiels. Adam est un sombre con qui noie ses frustrations diverses dans ses dessins qu’il veut noirs et dans ses réponses cinglantes aux fameux trolls, ce qui lui attire les (dé)faveurs d’un étrange compte, « Dear David ».
Follow dead ne joue jamais de suspense. Il est établi que David est le gamin vu en introduction, puisqu’il nous est indiqué peu après qu’il vient de sortir d’un long coma et décide de hanter les vilains sur Internet en possédant leur téléphone et en les persécutant tel un esprit frappeur. Il se pourrait même qu’Adam soit celui qui ait, par un harcèlement « trollesque » adolescent, poussé ce « Cher David » à l’inéluctable et qu’il ne soit pas anodin que ce dessinateur grincheux devienne la première victime. Mais tout ça, on s’en fout. On s’en fout parce que le film entend jouer la carte de l’enfermement social, d’un personnage qui narre en direct les faits dont il est victime, se heurte à l’empathie d’un côté, aux railleries de l’autre. L’expérience de gaslight dont un personnage masculin serait victime — pour une fois ! — pourrait avoir un intérêt mais le film cherche quand même à apporter des réponses où il n’y en a nul besoin. Prenant une apparence narrative comme celle de Ringu d’Hideo Nakato — le même que cité plus haut, voyez-le ! —, Adam Ellis, quand il n’emménage pas dans l’appartement au-dessus du sien pour éloigner son fantôme (on vous dit qu’il est con), mène l’enquête et remonte les pistes pour comprendre qui lui veut du mal. Follow dead essaierait-il de créer un twist autour d’une séquence que nous avons vu…en introduction ?

Si nous ne nous attardons que peu sur l’image et la mise en scène, c’est parce qu’en plus de tisser son scénario sur du vide, Follow dead n’a rien qui pourrait lui conférer une certaine identité. Comme une énième itération dans cet écrin oubliable qui donne mauvaise presse au cinéma d’horreur, il s’arme de tous les codes déjà maintes fois saignés et ne cherche jamais, quitte à se planter, à y intégrer une once d’originalité. Les jumpscares ne cherchent pas à adopter un nouveau tempo, sont où on les attend quand on préférerait que cet artifice disparaisse à jamais. Ce qui donne aux scènes d’épouvante un côté « Horreur 1.0 », qui a oublié tous ses pairs et ne parvient jamais à créer l’effroi. Puisque nous n’avons de toute façon aucune empathie envers Adam, le suivre face à un fantôme qui s’amuse à re-télécharger Grindr sur son téléphone pour aller dragouiller des archétypes de mâles musclés afin de faire douter son petit ami nous devient pénible. On préférerait le dit petit ami libéré délivré, loin de celui pour qui considération rime avec nombre de followers sur Insta. Ce manque d’implication dans les scènes de frayeurs se retranscrit également avec la photographie de Stephen Chandler Whitehead. Avec ces plans sur-éclairés où tout semble lisse et aseptisé pour nous vendre les locaux de Buzzfeed et les transformer en aires de coworking, le film ressemble à un collage de vidéos d’entreprise. Follow dead tenterait-il par son manque d’audace de se recycler en usine à memes ?
Finalement, où se trouve l’intérêt de Follow dead ? Même si par la plus sincère honnêteté nous tentions de voir ce qui anime son réalisateur pour en dénoter des thématiques, un point de vue sur une époque ou un message — Faut pas être méchant sur internet ? —, le film désamorce constamment ce qu’il pourrait raconter. Le problème reste que ce désamorçage n’est à aucun profit. Lorsqu’il tue une piste dans l’œuf, c’est pour conclure une séquence, sans l’avoir préalablement amenée quelque part. Une fois « notre » héros sorti d’affaire par un tour de passe-passe incompréhensible — aussi aléatoire que les règles du fantôme consistant à poser trois questions avant de commencer à hanter —, « Dear David » s’en prend à une streameuse, histoire de rajouter une scène simili-gore pour amorcer le générique. La scène d’introduction, qui laisse à penser que c’est le cheminement de cet être traumatisé qui doit trouver une issue, devient inutile, comme tout ce que le film entreprend. On en vient à se demander si l’heure et demie que l’on a perdue a été plus longue que la production du film, tant personne ne semble avoir bossé sur le projet. C’est un fail, McPhail.

Pour répondre aux différentes questions évoquées, passons le film au crible du procès. À la question « Follow dead essaierait-il de créer un twist autour d’une séquence que nous avons vu en introduction ? », la réponse est qu’il le fait, sans que ça ait le moindre impact dans sa continuité. Le film est un ensemble de scènes collées bout à bout, qui ne communiquent ni ne se comprennent. La rhétorique de la défense consistant à dire que « C’est issu d’une histoire vraie » n’a pas convaincu les jurés. À la question « Follow dead tenterait-il par son manque d’audace de se recycler en usine à memes ? », la réponse est qu’en tout cas, c’est la seule chose à laquelle il pourra servir s’il ne veut pas être oublié à la minute où l’on quitte la salle. Nous déclarons donc Follow dead coupable d’existence, coupable de traîner un nouveau boulet au pied du cinéma de genre qui est déjà bien trop encombré, coupable d’attiser les prochaines moqueries qui se targueront du fameux « L’horreur c’est de la merde ». Nous condamnons l’industrie hollywoodienne à arrêter de matraquer les salles de sosies sans idées et de laisser la place aux vraies propositions horrifiques, nombreuses et vivaces.
Follow_Dead, de John McPhail. Écrit par Mike Van Waes et Evan Turner. Avec Augustus Prew, Andrea Bang, Justin Long… 1h34
Sorti le 13 décembre 2023