Jeanne la pucelle : Sans biais

Qu’il est difficile de retranscrire la réalité des figures historiques… Cette litanie, qui semblerait presque l’introduction monologuée d’un long psaume mêlé de plaintes, s’avère bien réelle tant nous pouvons la prouver par l’exemple. Dans les œuvres dédiées à des figures historiques, qu’elles soient iconiques ou pas, et quelque soit le médium qui les présente, il est toujours question de choix, tant nous ne pouvons révéler avec exactitude la vérité d’un autre temps.

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Amsterdam : polar-miroir

David O.Russell, c’est un peu ce voisin sympathique, dont on aime écouter les histoires, mais qui ne nous évoque pas grand chose. Si l’on se souvient de ses films comme d’un bon moment, à l’écriture légère et agréable, on n’en retient rien, et regarder sur nos étagères les copies d’Happiness Therapy, Fighter ou encore Les rois du désert prendre la poussière nous fait remonter un sentiment d’esbroufe, la persuasion d’avoir observé un joli écrin empli de vide. Garant d’un artisanat « bien fait », O’Russell s’accompagne toujours d’un casting étoilé, bien vendu aux côtés de son image de réalisateur rare, dont chaque retour fait l’événement (Joy, le dernier en date, étant passé plus inaperçu). Avec sa promotion axée sur les mêmes artifices, Amsterdam nous promet du glamour, une enquête ambitieuse dans l’Amérique des années 30, qui nous remémore des frissons de Chinatown. Au final, on s’approche plus de Gangster squad.

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After hours : Nuit déserte, dernière cigarette

De Ted Mosby à Grégoire Moulin, nombreux nous l’ont dit : rien de bien ne peut arriver après deux heures du matin. Ce constat lugubre, témoin de situation alambiquées qui oscillent entre coïncidences amusantes et dangers certains, Martin Scorsese en joue dans son tonitruant After hours qui, comme l’indique sa traduction française, est l’amoncellement d’une sacrée nuit de galères. De quoi rire, mais aussi frémir devant les terreurs nocturnes que cachent les contours de Soho.

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God’s Country : Le territoire des alphas

D’événements que nous suivons de loin, il est difficile de considérer les impacts, et surtout les traumas qu’ils peuvent générer chez les concerné·es. L’ouragan Katrina, et ses 1 800 mort·es, est un exemple d’un pays en crise, qui a refusé d’envoyer des secours pour les populations noires, et où la police avait pour ordre de tirer à vue sur les pilleur·ses. De ce désastre humain, nous n’en voyons que l’impact psychologique sur les rescapé·es, qui gardent sous silence leur affliction et sont des bouilloires ambulantes, prêtes à exploser à tout instant.

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At The Gates : Paranoïa commune

Lorsque l’immigration clandestine mexicaine est vue comme la promesse d’un El Dorado par les même immigré·es, la douche est souvent froide quand l’intégration est difficile, que les nationalités sont difficiles à obtenir, les boulots forcément dégradants car seuls disponibles, et que la peur de l’intervention de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) est constante, une épée de Damoclès qui peut survenir à tout moment. À l’orée de lois favorisant l’expulsion des sans-papiers américains, et alors que l’Amérique s’enfonce dans les méandres radicaux générés par l’ère Trump, à qui peuvent se fier ces personnes si leur monde s’embrase ?

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Moonage Daydream : Space aligator

Le décès de David Bowie, deux jours après la sortie de l’exceptionnel Blackstar, album dont les thèmes sont centrés sur les adieux de celui conscient de son prochain trépas, a à raison bouleversé les esprits. Le compositeur britannique est de ces figures incontestables dont personne, amateur·ice de sa musique ou pas, ne peut nier l’influence et le talent illimité tant il a traversé les décennies avec brio. Toujours avec une longueur musicale d’avance, premièrement incompris, finalement copié, David Bowie a surtout réussi à jouer sur son image mystérieuse, qu’il a distillé à travers toutes ses interventions artistiques, notamment au cinéma. Le pari fou que propose Brett Morgen avec Moonage Daydream, c’est celui de sonder l’indicible, et de nous offrir un voyage survitaminé dans l’esprit de l’icône.

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Scrap : S-crotterie

Moins déconnecté des thématiques liées aux luttes sociales que le « Grand » Hollywood, le cinéma indépendant américain s’empare souvent des sujets brûlants, et apporte un regard de témoin ou de détracteur sur la société qui l’entoure. Dans des festivals comme Sundance ou Deauville, les formes proposées sont simples, souvent pompeuses tant leurs intentions sont forcées, mais offrent dans les meilleures propositions un regard actuel, une voix à celleux qui n’ont pas forcément leur place dans la grande machine. Au milieu d’œuvres faisant parler les minorités, les oublié·es d’un monde trop rapide, on s’attend difficilement à voir Scrap, contre-pied sans cynisme qui voudrait placer les problèmes de pauvres blancs bien riches au même niveau que ceux des personnes qui n’ont pas le dixième de leur confort.

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Lynch/Oz : Le conte à l’heure des comptes

Figure incontournable du film documentaire par sa manière de penser la mise en scène entourant les entretiens qu’il présente, Alexandre O. Philippe a cette capacité de prendre des sujets simples, communs, qui ont souvent été abordés et sur lesquels on pense tout savoir, afin de les mener vers un ailleurs, dresser des parallèles qui rappellent que toute nouvelle lecture offre une façon de concevoir tant l’œuvre abordée que l’art qu’elle sert. The people Vs George Lucas, Memory : the origins of Alien, tant d’archives qui ont permis d’appréhender ces œuvres qui nous sont cultes, et qui ont permis au réalisateur de continuer à s’interroger sur ce qui entoure leur conception propre. Après un entretien filmé où William Friedkin revient sur l’Exorciste, c’est un gros morceau qui attend Philippe, puisqu’il décide de tisser des liens entre Le magicien d’Oz, film cultissime de Victor Fleming sorti en 1939, matrice parfaite du conte américain… et la filmographie de David Lynch.

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Les Rascals : Retour à Nazi-Land

Dans le banlieue-film, on demande les extensions directes. Ces œuvres qui, si elles ont pour toile de fond l’immigration et la difficulté pour les personnes cantonnées à leur condition de s’exprimer et exister, ne restent pas enfermées entre quatre barres d’immeuble et où la caméra exproprie leurs habitant·es pour les ouvrir au monde. En nous proposant à suivre une bande de copains sans peur, cherchant à s’insérer dans la grande aventure, Les Rascals introspecte les racines réactionnaires d’un pays qui n’a de cesse de répéter ses envolées racistes, désignant pour ennemi commun celui qui pourtant ressemble à tout un chacun.

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Dual : Double jeu

Futur proche. Une personne apprenant sa mort imminente peut choisir de se faire cloner pour que ses proches n’aient pas à affronter le deuil. Véritable éponge, le double a pour mission de se renseigner au maximum pour copier les traits, la personnalité, et s’approprier les goûts de son/sa propriétaire à sa mort, afin que l’illusion soit parfaite. Mais si le clone refusait de se conformer à son identité déjà écrite ? Pire, et si la personne à la mort annoncée s’avérait en rémission, et disposée à finalement continuer le cours de sa vie ? Il y a là un semblant d’épisode de Black Mirror, auquel on rajoute une forte dose de cynisme, un humour étrangement mené mais qui parvient à faire mouche dans son flirt constant avec la noirceur du sujet.

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Call Jane : Roe v. Wade all over again

En juin dernier, le monde a tremblé à l’annonce de la prise de décision de la Cour Suprême états-unienne d’interdire, à la discrétion des gouverneur·ses d’état, le droit à l’avortement. Considérant ne pas être concernés par ce qui se passe outre-atlantique, nombre de pays européens se sont pourtant empressés de lancer le sujet dans leur débat public : il n’y a qu’à voir quand, le lendemain de cette législation archaïque, nous invitons sur nos plateaux télévisés la présidente de la malheureuse Manif pour tous. Preuve en est que la liberté de disposer de son corps est universellement un droit fragile, qui s’il tombe entraîne de nouvelles lignes oppressives, et qu’il ne faut jamais relâcher sa vigilance. Comme une coïncidence hasardeuse, Call Jane, aux côtés du documentaire The Janes, retrace les pas du Jane Collective, une association clandestine qui pratiquait des avortements illégaux pour aider les femmes dans le besoin durant les années 60.

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Everything Everywhere All At Once : Tout, partout, tout le temps, mais ensemble

Ah, le multivers. Ce terme si galvanisant, promesse de possibilités infinies, qu’il est devenu vulgarisé à outrance, tant il sert désormais de justification à tout scénario improbable – remplaçant de fait le désormais obsolète « Ta gueule, c’est magique ». Son utilisation récente, devenue commune, en voit d’ailleurs la pire des versions, à tel point qu’entendre qu’une nouvelle œuvre s’apprête à traiter du sujet est synonyme de terreurs nocturnes, nos cauchemars s’encombrant de nouvelles apparitions de Tom Holland et de cette horrible comparse qu’il traîne désormais partout, la nostalgie. Mais cessons d’avoir peur. Everything everywhere all at once a non seulement l’ambition d’utiliser le dispositif dans tous les aspects possibles, mais a aussi l’envie de mêler la grandiloquence visuelle à sa portée…pour conter une histoire intimiste et familiale. Antinomique ? Pas tant.

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Nope : Don’t look up (?)

Dire que le cinéma de Jordan Peele n’est pas un apport important à l’imagerie visuelle américaine actuelle serait affabulation. S’il est considéré, aux côtés d’Ari Aster, dont on attend le prochain film avec impatience, comme le parrain de l’ « elevated horror » – un terme aussi galvaudé qu’il n’est pas acceptable, surtout quand sa théorisation reviendrait à dire que tout ce qu’a proposé le cinéma de genre jusqu’alors n’est que divertissement idiot –, il est surtout parvenu à atteindre une notoriété auprès du « grand public », ce qui a élevé les exigences de ce dernier. Voir Us ou Candyman (qu’il produit) aussi attendu qu’un blockbuster, là où le genre moins « tape-à-l’oeil » se fait généralement discret, est un plaisir pour celleux qui l’ont longtemps défendu. À la manière d’un Shyamalan qui avait rouvert une fenêtre sur ce cinéma que la niche aime tant – amusant de voir qu’ici, nous sommes proches de Signes –, Peele utilise son formalisme clinquant pour dresser un constat quant à sa vision de l’art. Il n’est ni le premier, ni le plus subtil à le faire, mais sa manière de questionner le cinéma en en faisant lui-même interroge quant à sa participation à une industrie délétère, qui n’a plus de superbe, et dont les sursauts surprennent. Nope le comprend, et pose la question frontalement, sans jamais oublier d’offrir un grand moment de divertissement.

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Meurtres sous contrôle : Les nuits de New York

Que ne ferait-on pas par fanatisme ? Si le carcan religieux est bardé de valeurs qui peuvent être communes et – quelquefois – bénéfiques, la croyance a souvent été l’appât parfait pour enrôler des esprits en besoin de frissons, pouvant justifier toutes leurs lubies et exactions par l’acte divin. On l’a vu, il y a peu, dans Les nuits de Mashhad, Dieu est la réponse parfaite à un acte répréhensible, et incompréhensible. Dans son thriller à sensations Meurtres sous contrôle, Larry Cohen dresse un portrait peu glorieux de la société américaine, celle qui conjugue sa foi à toute épreuve, qu’elle clame à tout va, et ses tueries de masse.

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The Kid : Figures non-oubliées

Passé totalement inaperçu à sa sortie, The kid de Vincent d’Onofrio a pourtant tous les atouts pour s’approprier les chemins des salles, à commencer par son genre : le western. À l’instar du sublime The power of the dog, devoir savourer les grandes étendues et des codes visuels dévoués au grand écran sur sa télévision reste une incompréhension, d’autant que, comme chez Campion, le choix de casting peut permettre une fenêtre de distribution propice. Devant des organismes de plus en plus frileux à la prise de risque, le film se voit ignoré, alors que sans proposer une révolution du genre, il s’avère fort sympathique.

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