Pupille : Shot d’amour

Je n’aime pas les termes « drame » et « comédie dramatique » qu’on emploie pour gérer certains films tant ils sont in-genrables. Tel est le cas de « Pupille » qui, en plus d’osciller sur plusieurs genres, est loin d’être un drame comme le sens péjoratif laisse constamment entendre ni forcément une comédie dramatique qui sous-entendrait qu’on rit beaucoup et qu’on pleure beaucoup. Non je n’aime pas ces termes et encore moins pour « Pupille » alors vous savez quoi ? On devrait inventer un nouveau genre qu’on appellerait le « shot d’amour », parce que c’est ce qu’est « Pupille » un pur shot d’amour à prendre d’un coup, sans se poser de questions et qui réussit à nous faire sentir immédiatement bien.

 L’adoption, l’affiliation, la recherche de ses racines est probablement l’un des thèmes les plus abordés au cinéma que ce soit à travers les films pour enfants (« Tarzan », « Le Livre de la jungle »), les blockbusters (« Man of steel ») ou dans le cinéma français avec les récents « Ma vie de courgette », « Il a déjà tes yeux » ou encore « Comment j’ai rencontré mon père ». Mais là où la caméra s’est toujours placée du côté de l’adopté, de ses ressentis, de son parcours initiatique pour retrouver ses racines et pouvoir s’accepter, Jeanne Herry prend le contre-pied en posant sa caméra du côté de la petite fourmilière qui entoure le nouveau-né de son état de nourrisson à celui de pupille de l’État jusqu’à devenir ‘’fil.le.s de’’. Un oeil nouveau sur un système plus complexe qu’il n’y paraît mais aussi une incroyable aventure humaine où s’entrechoque les sentiments ls plus extrêmes.

Selon l’INED (Institut National d’Études Démographiques), ce sont entre 600 et 700 femmes qui décident de donner naissance sous X. À partir de ce moment-là, tout un processus aussi complexe qu’il peut être éprouvant se met en place. Nombreuses sont les personnes qui gravitent autour de ce nouveau-né pour combler le manque maternel et lui trouver un foyer. De ce constat, Jeanne Herry en tire un film en forme de véritable leçon de vie, d’espoir et d’amour. À la lisière du documentaire sans jamais tomber dans un formalisme absolu, « Pupille » met brillamment en avant toute une galerie de personnage ayant chacun un rôle clé en passant de la mère biologique, à la psychologue accompagnant la jeune femme ou encore l’assistant familial chez lequel est confié le nouveau-né durant la période de rétractation. Mais loin d’idéaliser pour autant cette situation, le film nous met face à bien des réalités plus dures les unes que les autres que ce soit le moment où la mère abandonne son bébé – et lui dit (ou non) au revoir -, les premières semaines difficiles pour le bébé, le travail titanesque de l’assistant familial, les travailleurs sociaux qui remuent ciel et terre pour lui trouver la bonne famille ou encore le long combat d’Elodie pour devenir mère. 

Chacun traverse des épreuves à leur façon et entre deux caresses emplies d’amour, la réalisatrice n’hésite pas à nous mettre un petite claque pour nous réveiller, comme pour nous dire « Eh oh tout n’est pas rose lors du processus d’adoption » même si les efforts et les obstacles en valent largement la peine. Le film nous rappelle la souffrance que peut provoquer l’adoption, les échecs à répétions, ces couples dont l’adoption est refusée car comme l’explique l’assistante sociale Lydie (jouée à merveille par Olivia Côte) face à un couple en attente d’une approbation; ils ne sont pas là pour chercher un couple qui a besoin d’un enfant mais un couple capable de devenir parents. 

Rassemblant un casting de charme entre Sandrine Kiberlain (avec qui elle avait déjà travaillé sur « Elle l’adore »), l’émouvante Elodie Bouchez et – plus surprenant – Gilles Lellouche aux antipodes des rôles qu’on a pu lui connaître jusque là, « Pupille » déborde véritablement d’amour et de bienveillance. D’une pudeur sans pareille, la caméra effleure, capture furtivement des moments de complicité, de colère, de rage et d’émotion purs (un plan sur Gilles Lellouche pendant une demie-seconde et vous vous retrouvez complètement chamboulé.e) sans jamais tomber dans le pathos du drame ni l’académisme du documentaire, Jeanne Herry fait de son « Pupille » un sublime film qui vise en plein coeur. On ne s’attendait pas forcément à cette claque en fin d’année et encore moins dans le paysage cinématographique français mais honnêtement on est loin de s’en plaindre.

Pupille de Jeanne Herry. Avec Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez, Gilles Lellouche… 1h55
Sortie le 5 décembre

[CRITIQUE] Ava : La fureur de vivre avant d’oublier

Récompensée au dernier Festival de Cannes durant la Semaine de la critique, Léa Mysius, au même titre que Julia Ducournau avec son film Grave, vient de s’imposer dans le monde du cinéma avec un premier long-métrage certes imparfait mais tellement solaire qu’il nous éblouit de bout en bout. Est-ce que la réussite de cette jeune femme de 24 ans tout droit sortie de la Fémis et co-auteure avec Arnaud Desplechin est étonnante ? Certainement pas. Est-ce que la semaine de la critique serait une dénicheuse de talents ? On dirait bien. 

Ava a 13 ans et lors d’une visite chez l’ophtalmologue pendant ses vacances d’été, on lui apprend  qu’elle va devenir aveugle. En colère après sa mère qui s’intéresse plus à son prochain amant qu’à sa fille et effrayée à l’idée de ne jamais voir de belles choses, Ava se rebelle et rencontre le ténébreux Juan avec qui elle va grandir et s’affranchir avant que tout ne disparaisse.

Le film des premières fois

Ava est le film des premières fois. Premier long-métrage pour Léa Mysius, premier casting et premier rôle pour Noée Abita et quel premier rôle pour cette jeune fille de 18 ans. Noée Abita incarne à merveille cette jeune fille plus totalement enfant mais pas encore adulte qui s’affranchit du regard de sa mère à travers Juan, ce jeune homme rencontré après qu’elle lui a volé son chien. Une relation se noue entre ces deux êtres un peu perdus qui ne savent pas quoi attendre de la vie et le voyage initiatique d’Ava prend rapidement des allures de road trip qui lui est vital pour apprendre la vie, l’amour, la sexualité tant qu’elle peut encore voir. Derrière ses allures d’adolescente rebelle se cache surtout une jeune fille effrayée de perdre la vue et de ne pas avoir vu les beautés de ce monde. D’ailleurs ses états d’âmes étalés sur le papier contrastent avec ce comportement très froid qu’elle a avec sa mère et parfois avec elle-même, mettant parfois même sa vie en danger. Intrépide, Ava vit cet été comme le dernier avant que son horizon ne s’obscurcisse à jamais. Juan Cano quant à lui happe la caméra d’un regard malgré les quelques clichés autour de lui. Son charisme indéniable a de quoi lui ouvrir des portes c’est certain.

Malgré la noirceur de ce scénario, Léa Mysius a pris le film à contre-pied en filmant en 35 mm et en voulant conférer au film ce côté solaire et explosif, à l’image de son actrice principale. Les couleurs chaudes du sud de la France et ce que dégage Noée Abita donnent au film une vraie tendresse au film. Malgré tout la réalisatrice n’oublie pas son sujet principal et garde une ligne directrice avec ce chien noir, aussi hypnotisant que menaçant tout comme ces policiers sur leurs chevaux noirs.

Même si le film peut-être maladroit de temps en temps, ces maladresses donnent du charme à ce premier long-métrage qui est un véritable bijou de beauté, de tendresse et d’amour. C’est sensuel, c’est plus que solaire, ça éblouit même et l’énergie que dégage Noée Abita vous entraîne avec elle.

[CRITIQUE] Sage Femme : Duo de chic et de charme pour un film tout en douceur

Qualifié de comédie romantique, Sage Femme est un film bien plus complexe qui ne peut se ranger dans une case. Avec plutôt des allures de fable ou d’hommage, Martin Provost a réalisé ce film pour une sage-femme en particulier, celle qui lui a sauvé la vie à la naissance en donnant son sang. Ce qui en ressort c’est un film beau, léger et qui rend finalement hommage à toutes les femmes, leurs qualités, leurs défauts et leurs différences.

La cigale et la fourmi

Claire est sage-femme, sa vie est réglée comme du papier à musique. Elle ne vit ni dans le luxe, ni dans la pauvreté mais elle ne se plaint pas, elle aime sa vie telle quelle. Béatrice était la dernière maîtresse du père de Claire avant que celui-ci ne se donne la mort. Elle est excentrique, égoïste, dilapide de l’argent qu’elle n’a pas et surtout, elle débarque dans la vie de Claire du jour au lendemain. Autant dire que la cohabitation risque d’être houleuse tant les caractères sont opposés. Et pourtant, Claire ne peut se résigner à abandonner Béatrice qui, atteinte d’une tumeur au cerveau, va bientôt mourir et pourtant dieu sait qu’elle est exaspérante.

Et pendant près de deux heures, on assistera aux liens que vont former les deux femmes malgré leurs différences. Elles apprendront à s’apprivoiser et Béatrice apportera beaucoup plus à Claire qu’elle ne le pense. Elle lui apprendra à se libérer, à tomber amoureuse et à vivre comme elle a pu le faire auparavant. Inspiré par la fable de La Fontaine « La cigale et la fourmi« , Martin Provost ne montre pas de méchants ni de gentils dans l’histoire. Seulement des caractères différents qui finalement arrivent à s’entendre et nous prouve qu’il est possible d’apprendre des autres.

Un film qui respire l’amour

Sage Femme est un film plein de bons sentiments. Attention pas dans le mauvais sens du terme ! Non, non. Quelque chose de délicat en ressort. Entre l’amour que Béatrice essaie de retrouver pour ses derniers jours après avoir tant joué avec le coeur des hommes et de l’autre côté l’amour que Claire donne à celle qui a trahi son père et qui est à l’origine de sa disparition. Pourtant quelque chose de très fort lie ces deux femmes, comme si elles avaient besoin l’une de l’autre d’ailleurs malgré ses vaines tentatives, Claire retourne toujours auprès de Béatrice.

Mettre à l’affiche les deux plus grandes Catherine que le cinéma français possède est un sacré pari qui paye au final. Touchantes, douces et faites pour ces rôles, difficile d’imaginer d’autres femmes dans ce rôle. Entre deux, Olivier Gourmet vient compléter ce trio avec sa simplicité et sa bonne humeur à toute épreuve.

Le charme et la douceur sont les deux mots qui peuvent qualifier Sage Femme. Avec de jolies séquences pleines de réalisme notamment lors des accouchements, Martin Provost sublime une profession qui est à la racine de chaque être humain, un film rempli d’amour qui n’est là que pour en distribuer un peu à chaque spectateur et ça, ça fait du bien.

[CRITIQUE] De Plus Belle : Tout ce que touche Florence Foresti se transforme en or

On a connu la Florence Foresti souriante, amusante, espiègle mais aujourd’hui c’est dans un rôle à contre-emploi qu’on retrouve l’humoriste et une fois encore, elle nous prouve que tout ce qu’elle entreprend est un succès et celui-là c’est peut-être même le plus beau. Le cancer de Lucie n’est plus qu’un lointain souvenir sauf que maintenant il faut apprendre à vivre, à s’amuser, à rencontrer du monde sauf qu’elle a perdu toute confiance en elle. Jusqu’au jour où elle rencontre un certain Clovis qui va bouleverser son quotidien de par son charme mais également son trop plein d’assurance. Et avec l’aide de Dalila, une prof de danse un brin exubérante, Lucie va réapprendre ce qu’est de vivre mais surtout de s’aimer et de s’accepter telle qu’on est.

Un magnifique message d’amour

Au-delà du film, de ses acteurs et de son histoire, De Plus Belle c’est avant un message universel d’amour et d’acceptation. Même que l’on soit malade ou non, le film est là pour nous rappeler constamment qu’il faut s’aimer tel quel et si on est malade alors oui on reste belle, on reste forte et il faut croquer la vie à pleine dent. Ses dialogues, ses situations et cette représentation de cabaret pour clore ce film est un cri d’amour à toutes celles qui doutent, qui ne s’aiment plus et qui ont peur. Parce que dans le film, Lucie a simplement peur de vivre, peur d’essayer, d’oser. Oser aller en soirée, oser avoir une relation avec un homme ou tout simplement oser de changer de coupe de cheveux sans avoir à s’inquiéter de savoir ce que va penser sa mère.

Un duo plein de charme

Ca pouvait paraître étonnant aux premiers abords de découvrir Florence Foresti dans un rôle dramatique. Loin de ce qu’elle avait pu nous proposer auparavant, c’est un véritable défi pour elle puisqu’elle se met à nu – au sens propre comme au sens figuré, sans artifices et tout en émotion sans tomber dans le 100% pathos. Et bien c’est un pari réussi et une nouvelle corde à son arc. Mais y a-t-il encore quelque chose qu’elle ne sait pas faire ? That’s the question !

D’ailleurs c’est même elle qui a soufflé à la réalisatrice le nom de Matthieu Kassovitz et quelle bonne idée qu’elle a eu là ! A eux deux ils forment un duo bourré de charme, tout en timidité et humour (le passage du télé-achat est hilarant) et ce qui nous permet de découvrir une autre facette de l’acteur qui lui réussit plutôt bien. Sans trop prendre de place, il insuffle délicatement un joli côté romantique au film.

D’ailleurs même tous les seconds rôles excellent et apportent chacun ce petit plus notamment Jonathan Cohen qui enchaîne les petits rôles de qualité si bien qu’on ne peut que tomber sous son charme et son humour ravageur (mais à quand un premier rôle bordel de crotte ?)

Anne-Gaëlle Daval réussit le pari d’offrir un film avec une Florence Foresti à contre-emploi, utile et qui fera inexorablement du bien autour de lui. Un hymne à la vie, à la femme et à toutes ces femmes qui se battent quotidiennement, soyez fières et soyez belles.

[CRITIQUE] Monsieur & Madame Adelman : Audacieux et poétique, Nicolas Bedos signe un énorme premier film

Savoir se faire attendre, il est peut-être là le secret de la réussite. Après avoir endossé pendant des années le rôle d’acteur, Nicolas Bedos s’est adonné à un nouvel exercice, celui de réalisateur. Et qui de mieux que la personne qui partage sa vie pour incarner sa femme à l’écran ? Que ce soit à la télé (notamment dans Le Grand Journal) ou au cinéma, Doria Tillier et Nicolas Bedos se complètent parfaitement et c’est haut la main que l’artiste touche-à-tout de 36 ans réalise son premier (beau) long-métrage.

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Sarah Adelman est aujourd’hui veuve suite à la tragique mort de son mari Victor. Un jeune auteur s’intéresse alors à la femme qui était dans l’ombre d’un des plus grands écrivains de son temps. Qui était vraiment Sarah Adelman ? Et c’est à travers ses souvenirs qu’on va revivre les joies, les peines et les doutes qui ont ponctué une relation explosive de plus de 45 ans.

Une histoire d’amour grandiose

L’histoire de Sarah et Victor ne ressemble décidément à aucune autre et c’est là que le film tire sa force. A travers ce film, Nicolas Bedos et Doria Tillier exorcisent toutes leurs peurs concernant l’amour, le couple, la famille, etc… mais c’est également les frayeurs de n’importe qui au final puisqu’on se retrouve tous dans les déboires de ce couple un petit peu hors du commun. De la folie, de sacrés engueulades, des boutades cinglantes et surtout énormément d’amour ressort de ce film.

Telle une fresque, Nicolas Bedos nous fait voyager des années 70 jusqu’à nos jours vaec beaucoup de tendresse. On se complait à rire et sourire de ce petit couple, fougueux à ses débuts, jusqu’à en devenir toxique. On rit de leurs engueulades à répétitions généralement suivies de réconciliations, de leur humour singulier et de leurs petits tracas du quotidien dans une mise en scène dynamique qui ne laisse jamais le spectateur indifférent.

Doria Tillier & Nicolas Bedos, un couple volcanique

On se souvient tous de cette scène mémorable entre l’acteur et la jeune femme alors présentatrice météo à l’époque dans Le Grand Journal : « Alors, je ne savais pas qu’on suçait les potes ! » Désormais inscrite dans les annales de la télévision française, cette séquence montre avant tout ce qu’est ce couple un brin atypique d’ailleurs on ne saura certainement jamais s’ils sont réellement ensembles, s’ils le sont un peu, s’ils l’étaient et qu’ils ne le sont plus, s’ils ne l’étaient plus et le sont de nouveau bref… A eux deux ils forment un duo imprévisible et détonnant que ce soit à la ville comme à l’écran.

Une histoire d’amour sur-mesure qui leur ressemble tellement qu’on se les imagine dans 20 ou 30 ans exactement comme leurs personnages. On connaissait les talents d’acteur de Nicolas Bedos mais alors ceux de Doria Tilliers sont incroyables. Des rires, aux larmes, à l’hystérie, à la joie, cette femme est le couteau-suisse du cinéma français et on est bien content de l’avoir parmi nous.

Monsieur & Madame Adelman ne ressemble à aucune autre histoire d’amour mais une chose est sûre, elle ressemble bel et bien à son réalisateur. C’est beau, c’est poétique, c’est un brin couillu et avec ce final surprenant, c’est surtout un beau message d’amour à la femme.

Ma note : ★★★★★

[CRITIQUE] Patients : Un film intelligent et plein d’optimisme

Après un stupide accident dans une piscine pas assez remplie, Ben se retrouve tétraplégique incomplet. Désormais dans un centre de rééducation, Ben va devoir réapprendre à vivre parce que plus rien ne sera jamais comme avant. Là-bas, il se fera une bande d’amis : des tétraplégiques, des traumas crâniens, des paraplégiques mais tous ensembles ils apprendront à vivre, à rire et à espérer. Patients c’est un hymne à la vie mais aussi le reflet d’une année passée dans ce même genre de centre par Fabien Marsaud, plus connu sous le nom de Grand Corps Malade. Un premier film pour le slameur et une première réussite.

Patients évite tous les écueils du « film d’handicapé »

Un film dans un centre de rééducation où l’on trouve un tétraplégique toutes les deux secondes ça peut faire un peu peur. Trop d’émotions, trop de pathos, du sentimentalisme à tout va et on tombe dans le cliché du film d’handicapé qui est là pour vous faire pleurer un bon coup et vous faire culpabiliser parce qu’il vous arrive de vous plaindre pour trois fois rien. Alors oui, en sortant de la salle on relativise vite nos petits soucis du quotidien mais au lien de ressortir de là les larmes aux yeux, on ressort avec un énorme sourire. Parce que Patients est un film intelligent, qui ne s’apitoie pas sur le sort de ces personnes abîmées par la vie.

La force de ce film sont les dialogues et l’humour qui ponctue tout le film. Ca se charrie, même entre handicapés, surtout entre handicapés. C’est un concentré de bonne humeur entre les infirmières pas très douées, les aides soignants à la bonne humeur un petit peu démonstrative et les kinés toujours là à leurs côtés. Patients c’est aussi le portrait d’une belle et grande famille qui, chacun avec leurs différences et leur caractère, essaient de surmonter les difficultés de la vie.

On notera la plus belle scène du film est celle où Ben et ses amis décident de s’échapper et de s’aventurer en pleine forêt d’où en découle une belle et poignante discussion sur leur avenir et leurs espoirs. Des dialogues très réfléchis et très intelligents qui donnent encore plus de corps et de force à ce film.

Une belle bande de bras cassés

Entre Ben qui n’arrive pas à passer le sel, Farid qui est toujours puceau, Toussaint qui fume des joints et qui refuse d’aller à la piscine, préférant rester sous le sèche-cheveux et Steve avec sa coupe de cheveux improbable, cette jolie bande qui arpente les couloirs du centre nous fait rire, parfois un peu pleurer mais au final on se marre vraiment bien avec eux. Chacun d’entre eux est mis en lumière, d’ailleurs personne n’est vraiment oublié dans ce film que ce soit le personnel hospitalier jusqu’à cette femme désinhibée frontale qui insulte tout le monde à tout bout de champ et cet homme tous les jours dehors qui n’a jamais dit un seul mot.

Un premier grand rôle pour Pablo Pauly qui tient le film à bout de bras avec une interprétation magistrale, juste et pourtant extrêmement difficile. Le pari étant pour chacun d’entre eux de devenir de vrais handicapés. Un travail titanesque qui se révèle à l’écran petit à petit, une très très belle découverte qu’est ce garçon jusqu’à ce jour cantonné aux seconds rôles.

Sur une bande-originale comportant des titres de Grand Corps Malade, Lunatic, NTM… Grand Corps Malade et Mehdi Idir, ne font pas dans la dentelle et proposent quelque chose d’osé, de maîtrisé dans sa mise en scène, évitant ainsi aisément tous les pièges que ce genre de film peut poser. Une belle dose d’optimisme, d’espoir et de bonne humeur.

Ma note : ★★★★

[CRITIQUE] Tour de France : Un scénario mal exploité

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Tout le monde en faisait son éloge alors j’ai tenté ce Tour de France en compagnie de Gérard Depardieu (s’il-vous-plaît) et le rappeur Sadek qui incarne donc un jeune rappeur parisien obligé de quitter la capitale après un règlement de comptes et qui finit par faire le tour des ports de France sur les traces de Vernet en compagnie de Serge, le père de Bilal son producteur. Un choc générationnel pour deux personnes diamétralement opposées et qui finiront, bien évidemment, par se réconcilier.

Plat et prévisible

Rien de neuf pour ce scénario entre le jeune arabe qui fait du rap et le vieux maçon réfractaire du nord de la France qui pense que les arabes ne connaissent pas Serge Lama. Ca aurait pu être drôle, ça l’est parfois mais trop peu souvent. Rien de neuf n’est apporté dans ce scénario vu et revu des millions de fois, on sait tous comment ça va finir et franchement à part les dernières minutes du film, c’est plat et d’un ennui abyssale. Dommage parce que l’intention est là et elle est tout à fait louable : s’écouter les uns les autres pour effacer les préjugés qui bouffent notre société mais trop de clichés tuent les clichés comme on dit.

Il n’empêche que Sadek et Gérard Depardieu forment un duo détonnant et atypique si bien qu’on s’attache à eux malgré tout. Gérard Depardieu fait du Gérard Depardieu et arrive à nous faire rire de temps en temps (merci la reprise de la Marseillaise) mais à eux deux ils n’arrivent pas à retenir le bateau de couler.

Seul vrai point positif c’est de permettre au grand public de découvrir Sadek, plutôt bon acteur et plutôt très bon rappeur qui nous aura offert de vrais moments musicaux durant le film.

Loin d’être percutant et très drôle, Tour de France s’est essayé à l’exercice de dénoncer la société d’aujourd’hui et de nous faire aimer notre prochain. Jolie intention, quelque peu ratée par un scénario vide même si les acteurs sont très très bons.

Ma note : ★★★★★

Juillet Août : Le coup de coeur de cet été ?

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Tandis que Tarzan retourne en Afrique, Scrat et compagnie doivent combattre une météorité et les Etats-Unis doivent faire face à la fin du monde dans Independance Day, quid de ces autres films délaissés au profit des blockbusters ? Juillet Août en fait partie. Pas de grosse promotion, rapidement éclipsés par les mastodontes du cinéma, et pourtant, c’est peut-être l’une des plus jolies surprises de cet été.

Juillet Août c’est ce genre de comédie sans prise de tête et qui fait du bien tout simplement. Ici on suit les histoires de Joséphine et Laura, deux soeurs qui vont passer le mois de juillet chez leur mère et leur belle-mère dans le sud puis le mois d’août avec leur père en Bretagne. Et qui dit adolescentes, dit forcément problèmes d’adolescentes. Entre Joséphine qui tombe amoureuse d’un garçon qui s’avère beaucoup moins réglo qu’il n’y parait et Laura qui commence sa crise d’adolescence, le film ne nous laisse pas une minute de repos. De plus l’idée de diviser le film en deux apporte une petite touche d’originalité.

Luna Lou, une révélation

Des applaudissements, des lauriers bref tout ce que vous voudrez pour Luna Lou. A tout juste 14 ans, cette petite fille a déjà tout d’une grande et montre ses talents de comédienne dans son premier vrai rôle au cinéma. Parce qu’elle incarne parfaitement cette nouvelle génération de jeunes accro à leur téléphone, aux garçons et curieuse d’expérimenter de nouvelles choses. Et parce qu’elle arrive en un claquement de doigt à être aussi adorable qu’énervante.

Le reste du casting est tout aussi bon. Bien évidemment Patrick Chesnais en beau-père un poil désabusé, surtout après l’annonce que va faire la mère des deux filles ainsi que Thierry Godard en père divorcé qui essaie de refaire sa vie.

Le scénario ne paye pas de mine certes mais son réalisateur Diastème dépeint parfaitement les problèmes d’adolescents ainsi que les problèmes d’adultes, parce que oui refaire sa vie après un divorce n’est pas forcément simple. Le seul bémol à ce film serait la petite intrigue en mode polar qui ne tient pas la route deux minutes mais à la limite le film ne se base pas dessus et cette histoire tient plus du second plan qu’autre chose. Qu’à cela ne tienne, on ressort forcément de là avec le sourire aux lèvres.

Parce que j’aime aller au cinéma et être agréablement surprise comme je l’ai été avec Juillet Août. C’est frais, c’est drôle, c’est agréable à regarder, bref ça sent bon le film d’été et vous savez quoi ? Ce n’est peut-être pas LE film de cet été, mais au moins il sera mon coup de coeur de cet été.

Ma note : ★★★★

Ma Loute : Génialement absurde

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Présenté en compétition au Festival de Cannes, Ma Loute est certainement le film le plus étrange que la Croisette va accueillir. Le réalisateur Bruno Dumont a pris le pari de faire un film osé, décalé et aux antipodes des autres films en compétition cette année. Les Van Peteghem, famille bourgeoise un brin décalée passe comme chaque année ses vacances dans leur maison sur la baie de Slack dans le Nord de la France alors qu’une série de disparitions inquiète les inspecteurs Machin et Malfoy. Parmi tout ce grabuge, Ma Loute Brufort, fils de pêcheur, tombe amoureux de Billie Van Peteghem sous les yeux ébahis de leurs familles.

Ma Loute fait partie de ces films qui n’ont pas d’entre-deux. Soit on adhère, soit on passe à côté. C’est fou, c’est perché, mais c’est hilarant. Porté par trois acteurs d’exceptions, Fabrice Luchini fait du Fabrice Luchini et on n’en demande pas moins. Juliette Binoche est en roue libre totale dans ce film où elle prend un malin plaisir à jouer l’exagération. Même combat pour Valeria Bruni Tedeschi qui se retrouve paumée dans tout ce désordre familial.

Le réalisateur arrive à sublimer chacun de ses personnages en les mettant sur un pied d’égalité. Que ce soit la famille de pêcheurs aux penchants cannibales, la domestique des Van Peteghem un brin sauvage et les inspecteurs Machin et Malfoy qui ont des petits airs de Laurel et Hardy. Sans oublier Billie qui laisse planer le doute quant à sa nature. Une fille déguisée en garçon ? Un garçon déguisé en fille ? Même sur le tapis rouge à Cannes le doute plane, la personne se faisant simplement appelée Raph.

Le scénario part dans tous les sens mais reste maitrisé malgré tout. Bruno Dumont filme la côte du nord comme personne, sublimant la baie et tous ses personnages. Ca fait belle lurette qu’on avait pas eu un film aussi déjanté et le moins qu’on puisse c’est qu’il est réussi. Autant vous dire que le cru de cette année en ce qui concerne les films en compétition nous vend du rêve.

Ma Loute va sans aucun doute en surprendre plus d’un par son originalité et son casting 5 étoiles. Et comme le dit si bien Christian Van Peteghem : « We know what to do, but we do not do« .

Ma note : ★★★★☆

Cafe Society : Un 69e Festival qui démarre plutôt bien

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Woody Allen l’éternel ? Woody Allen l’indétrônable ? C’est fort possible. Pour la quatorzième fois de sa carrière, le réalisateur américain de 80 ans foule les marches du Festival de Cannes. Présenté Hors Compétition, cette comédie dramatique a fait l’ouverture de ce 69e festival. Alors, à quoi devons-nous nous attendre ? Verdict.

Tout le monde connait Woody Allen, tout le monde connait forcément un de ses films et dès les premières notes de musique ça y est, on sait que c’est notre cher Woody derrière la caméra. Fidèle à lui-même, le réalisateur nous dévoile son univers bucolique et charmant à souhait. Un univers des années 30 où l’on suit les aventures de Bobby Dorfman qui décide de quitter New-York pour Hollywood où il tombe éperdument amoureux de Vonnie, la secrétaire de son oncle. Cette dernière étant déjà avec quelqu’un, Bobby va se contenter de son amitié jusqu’au jour où elle débarque chez lui pour lui annoncer que son petit-ami l’a quitté. L’avenir semble enfin beau et prometteur pour Bobby… Enfin presque.

Après Magic in the Moonlight ou encore L’Homme Irrationnel, Woody Allen revient avec un excellent film surpassant ses deux précédents. Visuellement, il nous offre à chaque fois un régal pour les yeux ainsi qu’un régal pour les oreilles concernant la bande-son. Le duo d’acteur Kristen Stewart/Jesse Eisenberg fonctionne à merveille –certainement du fait qu’ils ont déjà travaillé ensembles auparavant. Une Kristen Stewart surprenante, aux antipodes des rôles qu’elle a pu jouer. C’est clair, la Bella de Twilight a bien disparu. Quant à la ravissante Blake Lively, même si elle ne possède pas un très grand rôle, s’en sort très bien avec grâce et volupté.

Ce qui marque également dans le film sont les répliques cinglantes notamment sur les juifs et des dialogues à mourir de rire (« D’abord c’est un meurtrier, et maintenant un chrétien ! Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?« ). Les rôles secondaires sont tous étudiés pour y apporter leur petite touche, notamment la famille de Bobby entre son frère gangster, sa mère pleine d’espoir et sa soeur mariée à un homme qui déteste la violence et qui se laisse marcher dessus par son voisin. N’oublions pas Steve Carell qui excelle comme à chaque fois dans le rôle de l’oncle millionnaire, éperdument amoureux et jaloux de son neveu.

Woody Allen fait son petit bout de chemin et à 80 ans, il n’a plus rien à prouver. Avec un film par an, le réalisateur se fait plaisir avec des castings 5 étoiles à chaque fois et ça marche. Woody Allen fonctionnera toujours mais cette fois un peu plus que les autres.

Ma note : ★★★★☆