Alad’2 : Pourquoi ?

Il y a trois ans, à peu près à la même époque (14 octobre 2015 pour être plus précis, sortait en salles « Les Nouvelles Aventures d’Aladin », revisite du célèbre conte d’Aladin. À sa tête, celui à qui tout sourit, idole – surtout – des adolescentes et – malheureusement – valeur sûre de la comédie française pour faire rentrer du billets. Arthur Benzaquen ne s’était pas trompé puisque cette comédie – à la qualité plus que discutable – a terminé sa course en dépassant les 4 millions d’entrées. Et comme un succès en appelle souvent un autre, la suite des aventures d’Aladin – sobrement intitulé « Alad’2 », on fera comme si ce titre n’avait jamais existé – est désormais en salles pour le meilleur et (surtout) le pire.

Savoir que le réalisateur de l’affligeant « Les Nouvelles Aventures de Cendrillon » était aux commandes de cette suite n’avait absolument rien de rassurant et nos craintes se sont rapidement confirmées. Cette fois-ci Aladin va devoir refaire équipe avec son génie pour délivrer Bagdad et la Princesse pris en otage par le terrible dictateur Shah Zaman. Et parce qu’on aime souligner les choses bien lorsqu’elles le sont, Jamel Debbouze tient le film de bout en bout avec une présence électrisante éclipsant tous les autres et un humour qui fait véritablement mouche du début à la fin sans jamais tomber dans la lourdeur. Malheureusement c’est bien la seule chose à sauver de ce naufrage – un poil annoncé reconnaissons-le -. Signe qu’il est peut-être temps que Kev Adams passe à la vitesse supérieure et défait une bonne fois pour toute son nom des comédies françaises de milieu, voire bas étage (ce qu’il avait déjà fait avec « Un sac de billes », « Amis Publics » et « Tout là-haut ») parce que le bonhomme ne fait plus rire du tout (si tenté qu’il ai fait rire un jour mais là c’est un autre débat).

Et surtout il faut avouer que « Alad’2 » tente de boucher les – nombreuses – lacunes de son ‘’scénario’’ à base de caméos sans aucun intérêt, vannes écrites avec les pieds – et référencées du type EDF (cf. Eric Judor) et Capri Sun – et une morale vue et revue des millions de fois. Rien ne s’emboîte jamais ensemble dans ce dédale de gênance constante là où le premier opus tentait – et on insiste bien sur le verbe tenter – de nous sortir quelque chose avec ne serait-ce qu’un poil de consistance. Les filles sont là pour faire les potiches – décidément une sale habitude dans les (mauvaises) comédies françaises – et les autres pour récupérer leur cachet et se faire de la publicité (oui on l’a tous vu l’énorme panneau publicitaire à la fin du film pour le Marrakech du rire crée par – oh surprise – Jamel Debbouze qui – oh surprise – joue dans le film et – oh surprise – est également le producteur du film. Décidément…

On n’en attendait pas grand chose de cette suite mais force est de constater que « Alad’2 » est probablement encore plus vide qu’on ne le pensait. 

Alad’2 de Lionel Steketee. Avec Kev Adams, jamel Debbouze, Vanessa Guide… 1h38
Sortie le 3 octobre

Carnage chez les Puppets : Puppets on fire

L’OCNI (objet cinématographique non identifié) de la semaine est bel et bien ce drôle de long-métrage pondu par Brian Henson. Dans un Los Angeles où humains et marionnettes qu’on appelle Puppets cohabitent difficilement, une policière et son ancien partenaire reconverti en détective privé après une bavure policière sont obligés de refaire équipe alors que toute la bande du « Happytime Gang » – un show télévisé très populaire à une certaine époque – se font décimer un par un.

Un film pour enfant ? Certainement pas ! Avec « Carnage chez les Puppets », Henson pousse le curseur wtfesque à son paroxysme, se permettant les frasques les plus folles à travers ses marionnettes – bonjour la vache qui se fait branler par une pieuvre (oui vous avez bien lu) –  tout en pouvant compter sur une Melissa McCarthy au top de sa forme. Du trashy en veux-tu en voilà et si ces marionnettes ne vous sont pas inconnues, c’est qu’on les a déjà vu dans un programme aux antipodes de ce film : Sesame Street. Un clin d’œil qui a en a fait bondir plus d’un mais revenons à nos moutons – ou plutôt nos marionnettes -. Avec un scénario plutôt solide (même si très classique), « Carnage chez les Puppets » s’amuse surtout de son étiquette trash et vulgaire qu’il s’est donné et qui a au moins le mérite d’être assumé à 200%.

Certains y resteront totalement insensible, d’autres adoreront la folie qui se dégage du film. Ça ne vole jamais très haut mais il n’en a jamais la prétention et avec son film, Henson peut se permettre toutes les folies quitte à ce que le curseur vole bien au-dessus de l’échelle du politiquement correct. Est-ce qu’on aurait pu faire ça avec des humains ? Probablement. Est-ce que ça aurait été aussi drôle ? Probablement pas.

Dites adieu à vos adorables souvenirs des marionnettes, Brian Henson et son « Carnage chez les Puppets » aura réussi à vous souiller l’esprit et à faire fonctionner vos zygomatiques. Un véritable carnage en bonne et due forme.

Carnage chez les Puppets de Brian Henson. Avec Melissa McCarthy, Elizabeth Banks… 1h32
Sortie le 19 septembre 

[DEAUVILLE 2018] Thunder Road : Sur la route du succès

Déjà adepte du court-métrage – ils sont tous disponibles sur Vimeo (on ne peut que vivement vous conseiller de les regarder) -, Jim Cummings cumule les casquettes pour son premier long-métrage et puis comme on dit, on est jamais mieux servi que par soi-même. Réalisateur, scénariste, compositeur, monteur et également acteur principal – on est plus à un rôle près -, Jim Cummings débarque à Deauville – après avoir fait sensation à l’ACID à Cannes – avec « Thunder Road », portrait tragi-comique d’un policier texan en deuil après la mort de sa mère. Un premier essai absolument formidable qui nous a touché en plein coeur et qui n’est pas passé inaperçu auprès du jury puisqu’il a été récompensé du Grand Prix donc forcément on est contents.

Jim Cummings pose et s’impose dès le début du film avec ce formidable plan-séquence d’une dizaine de minutes où Jimmy Arnaud rend un dernier hommage à sa mère lors de la cérémonie précédant l’enterrement. Bataillant avec un lecteur de cassettes rose, Jimmy improvisera finalement sa danse sans musique. Scène absolument surréaliste, aussi pathétique que touchante. Le ton est donné. Pendant une heure et demie, le film joue sur les tableaux du drame et de la comédie avec un sens du rythme inné, ne tombant jamais dans l’excès de l’un ou de l’autre. Un tour de main assez brillant lorsqu’on apprend que Jim Cummings réalise là son premier long-métrage et qu’il en est devenu l’acteur principal un peu par hasard. De quoi rendre le bonhomme d’autant plus intéressant que ses talents d’acteurs rappellent la sensibilité d’un Jake Gyllenhaal ou la clownerie d’un Jim Carrey alors qu’il n’a jamais pris aucun cours de théâtre – certains sont mieux servis que d’autres c’est définitif -. Usant de manière intelligente des plans-séquences, « Thunder Road » est une phase de deuil pour un personnage hypersensible qui voit toutes ses relations se détériorer au fur et à mesure que ce soit avec sa fille, son ex-femme ou ses collègues policiers. 

Plus totalement enfant et pas encore totalement adulte non plus, Jimmy Arnaud montre de vrais problèmes pour communiquer avec les autres et pour exprimer ce qu’il ressent jusqu’à ce que ce trop plein d’émotions explosent pour nous offrir une scène sur le parking du poste de police absolument mémorable. À travers le film, Jim Cummings montre également une autre face de l’homme, une face plus fragile, celle bien loin des stéréotypes des grands gaillards policiers qui n’ont peur de rien. Jimmy a peur de tout, surtout de perdre la garde de sa fille. Cette sensibilité à fleur de peau traverse le film de bout en bout. On pleure, on rit, parfois même les deux en même temps jusqu’à ne plus savoir si on veut rire ou pleurer. Mélange des émotions, mélange des styles, « Thunder Road » est une véritable réussite et incroyablement surprenante dans le paysage du cinéma indépendant américain. 

« Thunder Road » est à la hauteur de son chef d’orchestre Jim Cummings, bourré d’humour, d’amour et de sensibilité qui nous frappe en plein coeur avec intelligence, force et une bonne part de culot. En tout cas, on attend la suite avec impatience. 

Thunder Road de Jim Cummings. Avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson… 1h31
Sortie le 12 septembre 

Blindspotting : Petit bijou pop

« Blindspotting » avait déjà fait son petit effet à Sundance et l’exploit semble bel et bien réitéré à Deauville où le film était présenté en compétition. Le cru des premiers longs-métrages dépasse largement nos espérances et Carlos Lopez Estrada s’inscrit tranquillement parmi les réalisateurs sur lesquels il faudra compter à l’avenir. Univers singulier rétro/pop/comique/engagé, « Blindspotting » est une très belle révélation.

Après avoir purgé une peine de deux mois pour avoir cramé un hipster dans une boîte de nuit pour laquelle il travaillait, Collin se voit en liberté conditionnelle pendant un an. À trois jours de la fin de sa conditionnelle, Collin est témoin d’une bavure policière qui ne peut le laisser indifférent. Commence alors une lente descente aux enfers avant que le jeune homme prenne conscience de la société dans laquelle il baigne et choisisse un nouveau départ. 

Rafael Casal et David Diggs portent ce projet depuis un moment si bien qu’ils en sont les co-scénaristes mais également producteurs en plus de jouer les rôles principaux. Et là où « Monsters and Men » – également en compétition – rate le coche, « Blindspotting » s’illustre avec brio dans l’évocation des bavures policières et notamment celles commises contre les noirs à travers le personnage singulier de Collin. Bien décidé à respecter sa conditionnelle, revenir dans le droit chemin et possiblement reconquérir son ex petite-amie, Collin gagne honnêtement sa vie en travaillant comme déménageur avec son meilleur ami Miles qui s’avère avoir une mauvaise influence. Et si ce sujet a pu être rabâché déjà de nombreuses fois dans des films plus ou moins récents, « Blindspotting » frappe très fort esthétiquement parlant. Virant de temps en temps au trip psychédélique – le rêve que Collin fait après avoir vu le noir se faire abattre est exceptionnel – en passant par un sens de la mise-en-scène minutieuse rappelant de temps à autre le cinéma de Wes Anderson – rien que ça -, le rythme est là du début à la fin en jouant autant sur la comédie avec de vrais moments loufoques – la scène des flingues dans un Uber sorti tout droit d’un Fast & Furious sous LSD – que sur le drame avec des passages bouleversants. Les mots plutôt que la violence serait le credo de ce film, d’ailleurs les acteurs principaux qui sont également rappeurs n’hésitent pas à montrer toute l’étendue de leur talent. Le monologue de Collin à la fin est d’une intensité assez rare et incroyablement intelligent dans ses mots employés.

Proposition aussi culottée sur la forme que sur le fond, « Blindspotting » est une jolie pépite à l’univers bien singulier, navigant dans les genres pour mieux dénoncer avec une énergie contagieuse. Un vrai petit bijou punchy comme le ciné indé a besoin. 

Blindspotting de Carlos Lopez Estrada. Avec Rafael Casal, David Diggs, Janina Gavankar… 1h35
Sortie le 3 octobre

[CRITIQUE] Roulez Jeunesse : La surprise de cet été

Un boulevard s’ouvre pour la comédie française cet été entre quelques sorties de blockbusters made in USA. Tandis que certains films sont assez attendus (« Au Poste ! », « Neuilly sa mère, sa mère » ou encore « Le Monde est à toi »), on redoute également la sortie d’autres comédies françaises qui sont bien loin de donner ne serait-ce qu’une once d’envie (coucou « Christ(off) » et « Ma Reum »). Et c’est donc dans cette – petite – vague estivale de comédies que débarque Julien Guetta et son premier long-métrage « Roulez Jeunesse ».

Oscillant constamment entre drame et comédie avec une facilité assez déconcertante pour quelqu’un qui réalise là son premier film, « Roulez Jeunesse » tient surtout grâce à la composition d’Eric Judor – absolument sous-estimé l’année dernière avec son dernier film « Problemos » – qui trouve ici certainement l’un de ses plus beaux rôles. Abandonnant ainsi tous ses tics et l’humour qu’on lui connaissait pour nous offrir un véritable rôle de composition qui nous prouve que le bonhomme en a sous le pied, et bien plus qu’on le pense même. À contre-courant de tout ce qu’il a pu nous proposer auparavant – à contrario de son comparse de toujours Ramzy Bedia qui s’est déjà essayé plusieurs fois, avec succès, au drame -, l’acteur de 48 ans trouve dans ce film un nouveau terrain de jeu où le spectateur peut apprécier une palette de jeu époustouflante, beaucoup plus dans la retenue. Eric Judor c’est Alex, 43 ans, dépanneur automobile dans le garage de sa mère, qui se retrouve du jour au lendemain avec deux gosses et une adolescente sur les bras après un coup foireux d’une nuit. 

Corde tendue entre la comédie dans sa première moitié de film avant de basculer un petit peu plus vers le drame avec de vrais moments bouleversants, « Roulez Jeunesse » réussit cependant à rester dans le feel-good movie profondément humain et tendre envers tous ses personnages. D’ailleurs pour l’épauler, Erico judo peut compter sur une belle brochette d’acteurs et actrices dont la formidable Laure Calamy ainsi que le jeune Ilan Debrabant d’une candeur à croquer. 

Véritable surprise de cet été, « Roulez Jeunesse » est une bouffée d’air frais dans la comédie française plutôt indigeste ces derniers temps. En plus de confirmer les talents d’Eric Judor, il permet surtout à Julien Guetta d’imposer sa patte dans le cinéma français avec ce véritable bonbon aussi sucré que subtilement acidulé. 

Roulez Jeunesse de Julien Guetta. Avec Eric Judor, Laure Calamy… 1h24
Sortie le 25 juillet

[CRITIQUE] C’est Qui Cette Fille : La psychologie et le sensoriel à travers la comédie noire.

Originalement nommé Thirst Street, on se demande pourquoi le nom a été changé radicalement pour sa sortie française. Mais une fois le film en tête, on comprend peut-être mieux pourquoi. Dernier film en date du jeune réalisateur Nathan Silver, C’est Qui Cette Fille raconte l’histoire de Gina, une hôtesse de l’air américaine qui tombe amoureuse d’un barman débauché parisien, Jérôme, lors d’une escale dans la ville de l’amour. Ce qui est amusant avec ce film qui dans les premières lignes semble tout avoir de la parfaite comédie romantique, est qu’il se trouve être l’exact contraire.

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[CRITIQUE] Au Poste ! : Il vous en faut peu pour être heureux…

On peut aisément affirmer que Au Poste ! est le phénomène de ce début de mois de juillet avec la suite des aventures de la famille Indestructible. En effet, il suffit de se balader sur les réseaux sociaux pour voir affluer les commentaires positifs et les déclarations d’amour. Qu’on soit clair, Au Poste vaut mieux que la plupart des comédies françaises qu’on fait actuellement ; d’un autre côté, est-il compliqué de faire mieux que ces films sans idées ni mise en scène ( ni drôle ), qui ont pour seul but d’être le plus lucratif possible ? Non.

Au Poste ! est le premier faux-pas de Quentin Dupieux depuis le début de se carrière. Ce long-métrage s’éloigne totalement de ce que faisait Dupieux avant, c’est-à-dire des films poétiques, tourmentés et cauchemardesques : là il est uniquement question de jouer sur les mots et les situations, sans aucune arrière pensée, sans aucun fond derrière que nous, le spectateur qui doit gober cette farce. Si le metteur en scène s’est entouré de bons acteurs, comme toujours, il ne sait clairement pas quoi leur faire faire ; Benoit Poelvoorde joue la carte de la caricature du commissaire un peu plan-plan avec pour seul attirail le fait de fumer par son ventre ; Grégoire Ludig est tristement plat, sans nuance et les autres ont leur petit scène et c’est déjà amplement suffisant.

L’humour est vu et revu : on a l’impression de voir un sketch de Golden Moustache de 1h13, avec tout ce qui va avec : « Mon dieu, vous voyez dans mes souvenirs ? », l’alibi nul qui dure des plombs et qui se fout amplement de notre face sans jamais nous dire pourquoi ni comment. Les quelques bonnes idées, parce qu’il y en a,  sont vite étouffer pour contenter le spectateur du témoignage navrant qui meuble le film. Je ne parlerai pas de la fin mais ceux qui sont fascinés par la tournure cauchemardesque que prend Réalité vont être assez déçu. Parlons de ce qu’appelle Clément Deleschaud le côté franchouillard assumé : si ça réjouit certain, il est triste de voir un cinéaste aussi talentueux perdre son style et s’engouffrer dans ce sketch « franchouillard » donc, au profit de quelques boutades  : ce que nous avons vu de Dupieux dans le film, la scène d’ouverture ; le reste n’est que narration ennuyeuse et trop-bien huilée…

La déception en elle-même ne vient pas du film mais de savoir que Quentin Dupieux, cinéaste fou et fascinant, arrive à nous ennuyer en 1h13 et perde de son grain de folie pour se rapprocher des normes comiques actuelles…

Au Poste ! de Quentin Dupieux. Avec Benoît Poelvoorde, Grégoire Ludig… 1h13
Sortie le 4 juillet

[CRITIQUE] How to talk to girls at parties : Never mind the Buzzcocks

L’imaginaire de Neil Gaiman semble infuser de plus en plus les écrans. Après Coraline et American Gods, le public peut enfin découvrir How to talk to girls at parties, une adaptation d’une nouvelle de l’auteur britannique réalisée par John Cameron Mitchell.

Difficile de bien représenter la fougue et l’énergie punk via un écran de cinéma. Difficile d’égaler les uppercuts distordus assénés par Shinya Tsukamoto (Tetsuo, Bullet Ballet) ou les violentes fulgurances de Tueurs nés. Mais soyons clair, ce n’est pas ce qui intéresse le réalisateur, John Cameron Mitchell. Selon ses propres dires, il voulait plutôt « faire un film pop sur l’amour ».  Et c’est bien une œuvre haute en couleur que nous offre le cinéaste anglais.

A Croydon, en 1977, Enn et ses deux amis sont des losers parmi les marginaux. Personne ne s’intéresse réellement à eux, et encore moins à leur fanzine. Après un concert, les trois garçons se retrouvent à frapper à la porte d’un étrange manoir habité par des aliens. Les locataires habillés en latex multicolore pratiquent une danse collégiale chorégraphiée. Parmi ces extra-terrestres au look de sci-fi vintage se trouve Zan (Elle Fanning) qui compte bien suivre les trois amis pour découvrir le monde des terriens, ses mœurs et ses rébellions.

Le film commence en transpirant l’esthétique punk par tous les pores, et nous présente l’environnement dans lequel évoluent les personnages : Croydon, ses briques rouges et ses concerts underground. Tout sent la bière et le parquet qui colle. Puis en entrant dans le manoir des extra-terrestres, le métrage opère un changement stylistique et nous plonge dans une atmosphère de galerie d’art contemporain sous fond de krautrock. Le film continuera ces ruptures visuelles tout le long, allant même jusqu’à invoquer une version baroque des visions hallucinées d’Altered States (de Ken Russell) dans une scène de concert endiablée. C’est d’ailleurs pendant cette scène que Enn contaminera Zan avec le virus de la révolte et que l’on comprendra les réelles intentions des aliens.

La métaphore sous-jacente qui irrigue le récit apparaît assez rapidement. On décèle tout de suite que les mœurs des extra-terrestres représentent le conservatisme de l’Angleterre dans laquelle vivent Enn et ses amis, les figures d’autorité aliens portant des imperméables aux couleurs de l’Union Jack. Le parallèle allant même jusqu’à représenter la Reine dans une figure démiurgique androgyne tout de blanc vêtue. Zan, dans sa volonté de briser les règles établies par ses aînés, arrivera à trouver une nouvelle voie, celle du cœur, et ainsi entraînera la chute d’un système millénaire en le détruisant de l’intérieur.

« LE PUNK, C’EST DU BLUES QUI SE BARRE EN COUILLES »

Si le point d’orgue reste la séquence du concert, le film regorge de trouvailles visuelles, la plus amusante étant l’extra-terrestre avec un double majeur, sorte de double doigt d’honneur à l’establishment. La mise en scène de la romance entre Enn et Zan offre des moments de douceurs captivants et les conflits internes qui animent les personnages sont retranscris avec justesse. On jubile devant les excentricités des extra-terrestres et la flamboyance du personnage de Nicole Kidman, sorte de guerrière moderne aux répliques qui font mouche. Mais même si le film propose un récit distrayant et un sous texte intéressant quoique facile, le tout reste un peu vain. On aurait aimé plus de fureur dans cette quête initiatique gentiment subversive. Car en délaissant la fantaisie rock’n’roll de la mise en scène pour l’injecter dans sa narration plutôt bordélique, John Cameron Mitchell laisse son spectateur sur sa fin. Mais finalement, est-ce que ce n’est pas ça, l’esprit punk ? S’affranchir des codes sans s’occuper du reste ?

How to talk to girls at parties de John Cameron Mitchell. Avec Elle Fanning, Alex Sharp… 1h42
Sortie 20 juin

[CRITIQUE] BlacKkKlansman : Spike Lee enragé

Disparu des radars cannois depuis 2002 dans la section Un Certain Regard avec Ten Minutes Older, Spike Lee a fait un retour en grandes pompes sur la Croisette en amenant son dernier film BlacKkKlansman directement en Compétition officielle et grand bien lui fasse puisque le réalisateur est reparti avec entre ses mains le Grand Prix. Une distinction éminemment politique faisant autant écho au passé qu’à l’Amérique « so white » de Donald Trump. Lire la suite de « [CRITIQUE] BlacKkKlansman : Spike Lee enragé »

[CRITIQUE] Game Night : Mais qui a kidnappé Brooks ?

Les scénaristes du complètement pété Comment tuer son boss ? – mais aussi du extrêmement dispensable Spier-Man Homecoming – reviennent dans un autre style avec une nouvelle comédie empruntant les codes des films d’actions et des thrillers dans Game Night, une sorte de Cluedo géant désopilant, aussi trash que génialement débile où personne n’est à l’abri de rien et où les apparences sont trompeuses.  Lire la suite de « [CRITIQUE] Game Night : Mais qui a kidnappé Brooks ? »