La communauté asiatique au cinéma : whitewashing, racisme anti-asiatique… il y en a marre

Le 7 novembre prochain, « Crazy Rich Asians » débarque dans les salles. Décrit comme le film phénomène (dixit l’affiche), sa promotion se fait pourtant bien discrète en France – malgré les excellents retours et chiffres chez nos amis américains -. Pourtant il y a de quoi se réjouir avec ce film, voilà 25 ans qu’Hollywood ne nous avez pas pondu un film mainstream au casting 100% asiatique. L’heure de nous poser de vraies questions alors qu’on exprime de plus en plus notre envie de diversité au cinéma, la communauté asiatique a encore bien du mal à se faire représenter sur grand écran entre whitewashing à répétition et un racisme anti-asiatique qui a trop longtemps été normalisé (surtout de par chez nous et encore récemment avec une nouvelle comédie française qui vient pointer le bout de son nez et qui a de quoi nous mettre en rage). 

Les articles coups de gueule sont devenus monnaie courante ici vous commencez à avoir l’habitude mais quand il faut râler parfois il faut y aller à coup de bulldozer pour se faire entendre (et encore). Mais remettons tout d’abord les choses dans son contexte. 

J’ai du sang 100% vietnamien (oui même si mon nom ne le fait pas du tout supposer). Arrivée en France à l’âge d’un mois et désormais française, j’assume totalement mes origines et j’en suis fière. Et évidemment depuis mon plus jeune âge j’ai eu le droit à ces remarques et ces « blagues » qui ne font rire finalement que les cons qui la sortent. Je vais vous les épargner mais vous les imaginez facilement parce qu’évidemment tout ce que fait un asiatique c’est manger du riz, fabriquer des iPhones, des Nike et avoir les yeux bridés (je vous rassure je ne fais ou suis aucun des trois même si fabriquer des iPhones me seraient bien utiles); sans oublier le fameux « ching-chang-chong » qui apparemment serait un moyen universel de communiquer avec les asiatiques – des asiatiques qui sont tous forcément chinois aussi -. Des clichés qui ont la vie dure mais qui me sont toujours passés au-dessus. Puis je me suis intéressée au cinéma et force est de constater que si on ne va pas voir de films japonais/chinois/coréen et bien il est rare de voir des asiatiques à l’écran (bon à part dans « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu » et honnêtement la question se pose encore) autant dans les productions françaises que américaines. Mais ce qui m’a fait tilter c’est le dernier film de Michel Blanc « Voyez comme on danse » où dans le film – sans vous spoiler quoique ce soit même si l’envie est très grande pour vous dissuader de voir le film – une jeune fille évoque une relation avec un vietnamien qui déboucherait sur un enfant. Ni une, ni deux, la mère nous sort une vanne bien sentie à base de « Il aura les yeux bridés » et « On pourra manger des nems ». Résultat ? Des éclats de rire dans la salle et à l’écran aucun personnage pour relever ces propos et les qualifier de raciste. Bah oui c’est bien connu les blagues sur les asiatiques ne sont pas racistes. 

Est-ce que le racisme anti-asiatique existe ou serait-ce un simple mythe que les asiatiques ont crée pour avoir enfin un peu d’attention ? On réclame la diversité au cinéma, on condamne les propos racistes envers la communauté africaine, arabe mais les asiatiques dans tout ça ? Sont-ils condamnés à subir ce racisme normalisé à perpétuité ? Cet art si important et si puissant qu’est le cinéma ne pourrait pas régler ou au moins participer à la solution de ce problème ? Visiblement non, en tout cas pas en France où utiliser de vieux clichés sur les asiatiques pour en faire des blagues qui sont visiblement encore de bon goût ou employer des acteurs asiatiques dans des seconds rôles histoire de se donner un petit peu bonne conscience.

Et le whitewashing on en parle ?

Et du côté de nos amis américains le constat n’est pas vraiment mieux puisqu’ils sont devenus en quelques années les rois du whitewashing (technique qui consister à caster des acteur.rice.s blanc.he.s pour des rôles d’autres ethnies). Comble de tout ça, ce whitewashing a commencé en 1962 où dans « Diamants sur canapé » c’est Mickey Rooney qui incarnait Monsieur Yunioshi, le voisin japonais du personnage incarné par Audrey Hepburn. D’autres exemples peuvent encore être cités que ce soit « Aloha » en 2015 où Emma Stone incarnait une jeune fille d’origine chinoise et hawaïenne ou plus récemment « La Grande Muraille » avec Matt Damon dans le rôle principal érigé en tant que sauveur blanc de la population chinoise, l’adaptation cinéma de « Ghost in the Shell » avec Scarlett Johansson dans le rôle titre (très japonais tout ça me direz-vous) ou encore Tilda Swinton dans « Doctor Strange ». Pourquoi si peu d’asiatiques pour des films où justement il devrait y en avoir ? En 1969 Bruce Lee disait : « À Hollywood, dans les films, il y a un standard de beauté et de succès, c’est le Blanc et rien d’autre. Jamais un Chinois n’aura le premier rôle dans leur cinéma, jamais un Chinois n’aura le rôle de séducteur. ». Et finalement aujourd’hui rien n’a changé. Un asiatique veut un premier rôle dans un film hollywoodien ? Ils n’ont plus qu’à faire comme Jackie Chan qui fait toujours partie des producteurs de ses propres films à l’image de « The Foreigner » et qui, soyons honnêtes, est aujourd’hui la seule figure asiatique bankable du 7e art. 

Un whitewashing qui fait du bruit sur les réseaux sociaux et notamment l’année dernière après qu’un directeur ai justifié ce phénomène par le fait que les asiatiques n’étaient « pas assez expressifs ». Une déclaration qui a fait scandale sur le net et qui a vu naître le hashtag #ExpressiveAsians. Oui les Asiatiques savent exprimer la colère, la tristesse, la peur… Bref, tout est bon à Hollywood pour se dédouaner. Et comme la machine n’apprend jamais de ses erreurs, le point de non retour était atteint lorsque « Mulan » allait être adapté en live-action (comme 99,9% des Disney désormais). Un casting asiatique pour un film asiatique, avec un premier rôle accordé à une femme asiatique c’est ce qui nous vient en tête. Mais pas pour Disney qui, dans leur première version du film avaient donné le rôle principal à un homme caucasien. Vous aussi vous ne comprenez pas le projet ? Heureusement Disney a depuis rectifié le tir, il n’empêche que le mal et fait et qu’une nouvelle fois Hollywood fait preuve de racisme envers la communauté asiatique (en plus de celle des femmes, bingo).

Mais posons-nous les bonnes questions. Pourquoi aucun asiatique n’est à l’affiche de grosses productions américaines ? Sauriez-vous au moins me citer un.e act.eur.rice asiatique ? Je vais être honnête avec vous, même moi je ne saurais répondre immédiatement à cette question. Pourquoi ? Parce que le public a besoin de se rattacher à une figure connue. Parce que les studios veulent sortir des films rentables et pour cela il faut des têtes d’affiches alléchantes. Parce que Ghost in the Shell c’est plus vendeur avec la charismatique Scarlett Johansson. Parce que – c’est bien connu – les noms asiatiques sont plus difficiles à retenir. Et oui l’industrie du cinéma demande à ses acteurs asiatiques de changer de noms parce qu’ils sont compliqués à retenir comme l’explique Ki Hong Lee (La saga « Le Labyrinthe ») dans cette vidéo : 

En cadeau je vous offre quelques chiffres absolument accablants : en 2016, 44 des 100 films les plus rentables aux Etats-Unis n’avaient aucun acteur asiatique au casting et quant aux 56 autres, ils n’étaient que des rôles secondaires (voire tertiaire, bref le chien du voisin d’en face était plus filmé que ce pauvre acteur asiatique dont on ne se souvient même pas le nom). Et du côté des séries ce n’est pas vraiment mieux puisqu’à la prestigieuse cérémonie des Emmy Awards, il aura fallu attendre cette année pour voir Sandra Oh nommée dans la catégorie meilleure actrice dans un rôle principal. Et quand on pense que tout va – un chouïa – mieux pour la communauté asiatique, il y a toujours Jean-Paul et sa bande de copains (ou toute autre personne portant un tout autre prénom évidemment sinon on va m’accuser de racisme envers les Jean-Paul ) pour venir taper dans le tas. Dernière victime en date ? Kelly Marie Tran, connue pour son rôle dans la nouvelle trilogie de « Star Wars ». Véritable pionnière et exemple pour toute une communauté, la jeune femme s’est vue dans l’obligation de supprimer son compte Instagram après avoir subi une vague de racisme sans précédent. Dans une tribune publiée dans le New York Times, Kelly Marie Tran lève la voix pour défendre ses origines, qui elle est et clame haut et fort qu’elle « veux vivre dans un monde où les enfants de couleurs ne passent pas leur adolescence à rêver d’être blancs ». 

Et quand on pensait qu’Hollwood avait enfin compris la leçon, les voilà de retour avec leur whitewashing avec « To all the bon I loved » diffusé sur Netflix avec en tête d’affiche la jeune actrice vietnamienne Lana Condor a bien failli être whitewashé si l’actrice du roman qui a inspiré le film ne s’était pas bataillé bec et ongle contre la majorité des studios qui refusaient d’attribuer le rôle principal une Asio-Américaine. Chassez le naturel…

À l’heure où le public se lève pour défendre un cinéma différent, où le racisme est de plus en plus condamné et où l’on devrait être fier d’exposer nos différences et nos origines, la communauté asiatique souffre encore énormément de cette sous-représentation (quasi-nulle même) entre un whitewashing en bonne et due forme de la part d’Hollywood et une sous-estimation des acteurs et actrices asiatiques dans le cinéma français doublé d’un racisme anti-asiatique totalement normalisé, le cinéma et la société ont encore pas mal d’efforts à faire. Espérons que « Crazy Rich Asians » emboîtera le pas pour nous offrir plus de représentations asiatiques au cinéma et pas seulement l’épicier du coin ou le professeur de kung-fu pour notre génération et celles à venir qui ont besoin de s’identifier à travers le cinéma. Non les asiatiques ce ne sont pas que Bruce Lee et Jackie Chan. Ce sont Kelly Marie Tran, Daniel Dae Kim, Harry Shum Jr, Ki Hong Lee, Frédéric Chau, Lana Condor, John Cho et tant d’autres qui n’attendent que d’être mis en lumière par une industrie qui les a trop longtemps relégué au second plan. 

[FOCUS] Analyse de Call me by your name

Sorti fin février dernier, Call me by your name était le petit évènement ciné de ce début d’année après un bouche-à-oreille qui aura duré près d’un an et qui aura permis au film de rencontrer un joli succès autant critique que public et de rafler au passage l’Oscar du meilleur scénario adapté. Avec sa sortie en DVD et Blu-Ray prévue pour le 4 juillet prochain, l’occasion était trop belle – et puis faut-il vraiment une raison pour parler de ce film ? – pour revenir plus en détail sur l’un des plus beaux films de cette année, d’en faire une petite analyse en bonne et due forme et peut-être vous dévoiler quelques petits détails qui vous ont peut-être échappé. Lire la suite de « [FOCUS] Analyse de Call me by your name »

[FOCUS] Avengers Infinity War : Faisons le point

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Infinity War, le troisième opus d’Avengers, marquera les dix ans du Marvel Cinematic Universe. Le MCU, ce sont dix-huit films (Infinity War sera le dix-neuvième) et une galerie de personnages bien fournie dont on retrouvera une grande partie au générique de ce que Marvel présente comme « le cross over le plus ambitieux de tous les temps ». Mais où en sont nos héros depuis leur dernière apparition ? Si tu n’as pas le temps de revoir tous les films du MCU avant le 25 avril, voici pour toi un petit point sur la vie de chacun d’entre eux depuis les derniers épisodes… (Je précise que je pars du principe que certains n’ont pas vus les bandes annonces d’Infinity War, afin de ne pas spoiler ceux qui souhaitent conserver l’effet de surprise totale.) Lire la suite de « [FOCUS] Avengers Infinity War : Faisons le point »

[PORTRAIT] Armie Hammer : Le mésestimé d’Hollywood

« C’est ton moment ». Armie Hammer l’a entendu maintes et maintes fois – et pourtant à juste titre – mais l’acteur de 31 ans n’a jamais encore réussi à transformer l’essai et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Mais malgré ce manque de reconnaissance flagrant de la part de l’industrie hollywoodienne, le garçon a toujours su choisir ses rôles, sans s’enfermer dans un genre pour finalement entre-apercevoir – enfin – un peu de reconnaissance pour sa performance dans Call me by your name. Lire la suite de « [PORTRAIT] Armie Hammer : Le mésestimé d’Hollywood »

[PORTRAIT] Timothée Chalamet : Le it-boy de 2018

Encore inconnu au bataillon l’année dernière (malgré ses apparitions dans Interstellar et la série Homeland entre 2012 et 2014), Timothée Chalamet est sur le point de devenir le it-boy du grand écran. À seulement 22 ans, le jeune homme à la gueule d’ange peut se targuer d’attirer tous les regards – et au passage la plupart des récompenses – pour son rôle d’Elio dans le déjà acclamé Call Me By Your Name (dans les salles obscures françaises le 28 février prochain). Lire la suite de « [PORTRAIT] Timothée Chalamet : Le it-boy de 2018 »

[FOCUS] The Room au Grand Rex : Une soirée placée sous le lancer de cuillères

« Oh hi Mark ! », « I did not hit her ! », « You tearing me apart ! »… Pour beaucoup ces répliques ne leur disent rien mais pour les vrais, pour ceux qui étaient au Grand Rex le 15 et le 16 février dernier c’est tout un symbole. Avec la sortie prochaine au cinéma de The Disaster Artist, il était plus que bienvenue que le Grand Rex nous propose deux soirées exceptionnelles en présence de Tommy Wiseau et Greg Sestero pour nous présenter The Room. Le nanar des nanars, le film le plus génialement nul et surtout une occasion toute particulière de vivre une séance de cinéma… ubuesque. Lire la suite de « [FOCUS] The Room au Grand Rex : Une soirée placée sous le lancer de cuillères »

[PORTRAIT] : Edgar Wright, Le fantastique cinéaste geek

Dans la catégorie des cinéastes geek (rien de péjoratif là-dedans), Edgar Wright est sans doute le plus attachant à suivre de la dernière décennie :  un authentique fan de cinéma, de comics et de jeux vidéos, qui l’assume et qui, cerise sur le gâteau, arrive à retranscrire cette  » geek attitude  » face caméra, avec une facilité déconcertante, à l’instar de Sam Raimi et Peter Jackson
Dès son plus jeune âge, le virus du septième art a envahit l’existence de ce natif de Dorset, petite ville du comté de Somerset qui sera vite célébré par le bonhomme dans ces premiers essais. Né dans le milieu des années soixante-dix, il arrive à point nommé pour se laisser emporter par la vague de l’émergence de la vidéo, mais surtout par le raz de marée Star Wars.
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[PORTRAIT] : Michelle Williams, égérie mélancolique du cinéma indé

Michelle Williams est l’une des plus belles et des plus talentueuses actrices de ces vingt dernières années.. tout simplement.
A l’aube de ses quarante ans (bon, elle a encore de la marge), la belle blonde s’est constituée une carrière aussi riche en rôles d’envergures que férocement imposante sur la scène du septième art ricain, à tel point qu’elle nous donne férocement l’impression d’avoir vécu plusieurs vies devant nos yeux – souvent – ébahis.
Icône des teenagers, atout de charme auprès de grands cinéastes ou encore représentante de poids du grisant cinéma indé US : l’actrice a tout joué, tout vécue sur le grand écran, comme dans la vie.

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[PORTRAIT] : John Carpenter, un orfèvre engagé

Impossible de ne pas admettre cette putain d’évidence : John Carpenter est l’un des plus grands maitres de l’histoire du cinéma ricain, au même titre qu’un John Ford, un Howard Hawks, un Alfred Hitchcock ou d’un Sam Peckinpah. Un orfèvre du septième art à la filmographie de caractère pourtant souvent plagié, incompris voir même boudé par Hollywood et le public en salles, alors qu’ils vouent un culte sans borne à la plupart de ses péloches (allez comprendre le peuple américain…). Le réalisateur – tout comme l’homme – est une figure à part du cinéma, un auteur très engagé, mais honnête. Et comme toute figure atypique, la carrière de  » Big John  » est parsemée de déceptions, de réussites, et de nombreux hauts et bas.

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[FOCUS] Le Top 15 2017 is ready !

L’année 2017 touche à sa fin et comme à chaque fois, il est l’heure d’annoncer son Top, le graal, les meilleurs films que 2017 nous a offert. Encore une fois fastidieux, le Top 10 s’est finalement transformé en Top 15 (parce qu’il faut avouer qu’il y a eu beaucoup trop de bons films cette année). Avec approximativement 350 films vus, le choix était cornélien mais après moults débats avec moi-même, voici enfin le fameux Top 15 de 2017 : Lire la suite de « [FOCUS] Le Top 15 2017 is ready ! »