Antoinette dans les Cévennes : l’aventurière de l’Amour

Et si la surprise de cette rentrée était un road-movie avec Laure Calamy et un âne sur les pas de Stevenson ? Aussi incongru que cela puisse paraître, ce pari de Caroline Vignal semble remporté. Pour son second long-métrage, après vingt ans d’absence, la cinéaste revient avec cette comédie aussi légère que touchante. Un film petit en apparence pour un résultat grandiose.

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Seules les bêtes : Polar et chansonnette

Dominik Moll et Gilles Marchand (Harry, un ami qui vous veut du bien) reprennent leur collaboration et adaptent librement le roman éponyme de Colin Niel sorti en 2017. Déconcertant, leur film propose une succession de points de vue et promet au spectateur une mécanique du suspens bien huilée.

Tu t’en vas…

Non, nous ne sommes pas partis de la salle obscure bien que les premières minutes de ce thriller fragmenté soient assez déroutantes : quelque part en Afrique, un homme porte un animal sur son dos. Il frappe à une porte. Séquence suivante : une route perdue dans les Causses et un prénom qui s’affiche, celui d’Alice (Laure Calamy); c’est le premier chapitre/personnage ouvrant le fiasco hasardeux auquel nous allons assister.

En bref, Alice trompe son mari Michel (Denis Ménochet) avec Joseph (Damien Bonnard), un brave garçon qui ne sait parler qu’à son chien et à son troupeau. Joseph est un « cas social » comme le dit si bien le bourru Michel (qui se sait cocu de surcroît). Tout ce joli monde cohabite sinistrement dans cet endroit reculé lorsque l’on annonce qu’une femme a disparu (Valeria Bruni-Tedeschi). Arrive alors le gentil gendarme (Bastien Bouillon, vu très récemment chez Sébastien Betbeder dans Debout sur la montagne) qui pose plein de questions mais qui (semble-t-il) ne résoudra jamais rien parce que la femme recherchée est morte et que son corps a été déposé dans la cour enneigée de Joseph, le coupable idéal.

Paniqué (mais heureux ?) Joseph cherche donc à faire disparaître le corps de cette belle femme dans la forêt enneigée… mais c’est sans compter sa légère tendance nécrophile et son amour pour la solitude qui le poussent enfin vers la sortie de tout ce bordel terrestre. Avec la morte, Joseph partage de beaux moments de complicité (si, si !) et ensemble, ils écoutent ce standard incontournable de la chanson française qui a pour titre exhaustif « Tu t’en vas ». Oui, c’est à partir de ce moment-là que l’on accroche vraiment et que l’on se dit « c’est complètement glauque mais je reste ».

Engrenage

Mais alors, qui a tué la morte ? Bah oui, on se le demande tout de même ! Après être passé par la case « Alice » puis la case « Joseph », c’est au tour de Marion d’entrer dans la partie. Mais c’est qui Marion ? Eh bien Marion, c’est la jeune amante de la morte. Mais attention parce que la partie se corse lorsque Marion devient Amandine à Abidjan. Amandine, c’est l’arnaque de Michel. Vous suivez ?

Oui, tout ceci est invraisemblable (et drôle) et comme dans le roman, on nous fait passer d’un point de vue à l’autre pour nous emmener – par le biais de l’irrésistible montage alterné – en pleine séance de maraboutage à Abidjan. Et tout ceci n’est que le fruit du hasard, meilleur ami de la malchance qui aura fait quelques dégâts sur son passage ; reste alors à dénouer le tout par une séquence finale assez cocasse, comme le net contraste du calme revenu après la tempête.

En bref, Seules les bêtes promet aux spectateurs une intrigue bien ficelée (car tirée d’un roman) mais si le titre annonce le mystère, le processus de dévoilement de l’intrigue est quelque peu refroidissant, faute de nous emmener plus loin dans la réflexion sur les vanités de l’espèce humaine.

Seules les bêtes, de Dominik Moll. Avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Valeria Bruni Tedeschi, … Sortie le 4 décembre 2019.

Le Dindon : Et là c’est l’indigestion

« Tout le monde peut se tromper » nous l’affiche. Même Jalil Lespert. Celui qui avait brillé de talent avec Yves Saint Laurent et Iris commet ici sa première boulette. Et pourtant, vu le matériau d’origine, il semblait compliqué de ne pas s’en sortir. Pièce mythique de Georges Feydeau, Le Dindon à la sauce comédie française 2019 est un four absolu.

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[CRITIQUE] Roulez Jeunesse : La surprise de cet été

Un boulevard s’ouvre pour la comédie française cet été entre quelques sorties de blockbusters made in USA. Tandis que certains films sont assez attendus (« Au Poste ! », « Neuilly sa mère, sa mère » ou encore « Le Monde est à toi »), on redoute également la sortie d’autres comédies françaises qui sont bien loin de donner ne serait-ce qu’une once d’envie (coucou « Christ(off) » et « Ma Reum »). Et c’est donc dans cette – petite – vague estivale de comédies que débarque Julien Guetta et son premier long-métrage « Roulez Jeunesse ».

Oscillant constamment entre drame et comédie avec une facilité assez déconcertante pour quelqu’un qui réalise là son premier film, « Roulez Jeunesse » tient surtout grâce à la composition d’Eric Judor – absolument sous-estimé l’année dernière avec son dernier film « Problemos » – qui trouve ici certainement l’un de ses plus beaux rôles. Abandonnant ainsi tous ses tics et l’humour qu’on lui connaissait pour nous offrir un véritable rôle de composition qui nous prouve que le bonhomme en a sous le pied, et bien plus qu’on le pense même. À contre-courant de tout ce qu’il a pu nous proposer auparavant – à contrario de son comparse de toujours Ramzy Bedia qui s’est déjà essayé plusieurs fois, avec succès, au drame -, l’acteur de 48 ans trouve dans ce film un nouveau terrain de jeu où le spectateur peut apprécier une palette de jeu époustouflante, beaucoup plus dans la retenue. Eric Judor c’est Alex, 43 ans, dépanneur automobile dans le garage de sa mère, qui se retrouve du jour au lendemain avec deux gosses et une adolescente sur les bras après un coup foireux d’une nuit. 

Corde tendue entre la comédie dans sa première moitié de film avant de basculer un petit peu plus vers le drame avec de vrais moments bouleversants, « Roulez Jeunesse » réussit cependant à rester dans le feel-good movie profondément humain et tendre envers tous ses personnages. D’ailleurs pour l’épauler, Erico judo peut compter sur une belle brochette d’acteurs et actrices dont la formidable Laure Calamy ainsi que le jeune Ilan Debrabant d’une candeur à croquer. 

Véritable surprise de cet été, « Roulez Jeunesse » est une bouffée d’air frais dans la comédie française plutôt indigeste ces derniers temps. En plus de confirmer les talents d’Eric Judor, il permet surtout à Julien Guetta d’imposer sa patte dans le cinéma français avec ce véritable bonbon aussi sucré que subtilement acidulé. 

Roulez Jeunesse de Julien Guetta. Avec Eric Judor, Laure Calamy… 1h24
Sortie le 25 juillet