Printemps tardif : Bonheur égoïste

Certains critiques, y compris parmi la rédaction, ont pour habitude de prendre des notes pendant le visionnage d’un film. On place délicatement un petit carnet entre ses deux jambes et on reste à l’affut de chaque petit détail qui aurait l’honneur de trôner sur les pages de celui-ci. On s’attèle à la tâche avec minutie, on y note le nom du film, son année de production, ses acteurs principaux. Son contexte aussi, des réflexions sur le déroulé de l’intrigue, sur l’esthétique de l’œuvre. Un jour, nous découvrons Yasujirō Ozu, et quand, le film terminé, nos yeux se posent sur nos écrits, nous sommes bien embêtés : presque tout les mots ont été balayés par nos larmes.

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Récit d’un propriétaire : Chronique des gens ordinaires

Nous continuons d’explorer la filmographie de Yasujirō Ozu avec son premier film de l’après-guerre, sorti en 1947 : Récit d’un propriétaire. Affublé du sous-titre « Chronique des gens ordinaires » sur notre territoire, le film narre l’arrivée d’un garçon chez une femme âgée après qu’il se soit égaré lors d’une promenade avec son père.

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Il était un père : Il était une oeuvre

Visionner Il était un père juste après Le fils unique est une expérience fascinante. Les films semblent être les deux faces d’une même pièce, d’un diptyque sur le sacrifice parental. Le portrait de la mère dessiné dans le second laisse place à celui d’un homme, figure paternelle essentielle chez Ozu et qui est ici plus-que-jamais au coeur de son récit.

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Douceurs du hasard et fantaisies douces

Quelques mois seulement après Drive My Car, multiplement récompensé, Hamaguchi Ryusuke revient avec Contes du hasard et autres fantaisies, traduction de Gūzen to sōzō, « hasard et imagination », dont le film sera l’exploration conceptuelle. Après une adaptation de trois heures d’une nouvelle de Murakami, place à trois petites histoires juxtaposées.

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Herbes Flottantes : fraicheur de la mer, chaleur humaine

En fin de carrière, Ozu Yasujirō se lance dans le cinéma en couleur. Entre 1958 avec Fleurs d’Equinoxe et 1962 avec Le Goût du saké, il sort six films, qui servent de testament d’une œuvre débutée en 1927. Pourtant, les histoires que nous racontent Ozu et Kogo Noda, son fidèle scénariste, relèvent souvent des mêmes thèmes, des mêmes ressorts et de la même esthétique. Seulement, Herbes Flottantes, sorti en 1959, la même année que son Bonjour, est à bien des égards assez original dans une immense et riche filmographie.

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Blood and Bones : Kitano est un salaud

Blood and Bones, c’est l’adaptation d’un roman coréen semi-autobiographique de Yang Sok-il et réalisée par Yoichi Sai… avec Kitano Takeshi dans le rôle principal. Un film difficile mais puissant.

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[PIFFF 2021] Séances interdites : Le bon goût en toutes circonstances

Parmi les impératifs de nos éditions du PIFFF, la Séance Interdite est un peu comme celle de minuit (tronquée contre la Nuit de 10 ans cette année, présentant trois long-métrages cultes. On ne se plaint pas !), l’incontournable où les plus assidu·es viennent prendre leur lot de sensations fortes, de rations d’hémoglobine et de bizarreries en tous genres. Cette année, double programme venu d’Asie, ce sont les fameux Ebola syndrome (1996), et Evil dead trap (1988) qui offrent les hostilités de ce vendredi soir. Deux propositions bien différentes, mais qui partagent un amour pour l’hors-normes.

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Prisoners of the Ghostland : Cage-simir et le gloubiboulga

Pour les amateur·ices de cinéma nippon moderne, Prisoners of the Ghostland nourrit tous les fantasmes. Présenté à l’Étrange Festival, il représente les retrouvailles avec Sono Sion, auteur qu’il est souvent difficile de qualifier tant il peut osciller entre le génie absolu et le foutraque malhabile (mais qui n’en possède pas moins de charme). Rencontre entre le Japonais et Nicolas Cage, pour une association qui suscite autant d’excitation que d’appréhension, l’acteur étant lui aussi une boîte à surprises, qui peut émerveiller, ou énerver. Comme toujours avec le réalisateur, il faut venir préparé·e, même si cette fois, au-delà de l’expérience éprouvante, la qualité est difficilement au rendez-vous.

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Les amants crucifiés : lié·e·s par le sort

Lutte des classes, portrait de la condition des femmes dans un pays oppressant, libération par l’amour, dénonciation de l’hypocrisie du Japon féodal. Quelques années avant son trépas, Mizoguchi Kenji offre avec Les Amants Crucifiés un film-somme, témoin des nombreuses thématiques qu’il a déjà abordées, et met sa maestria au profit d’une histoire tragique, qui emporte.

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Demon slayer : Un ticket pour Le train de l’infini

Parmi les sorties cinéma du retour des salles, on peut trouver Demon Slayer : le train de l’infini, film issu de la franchise nippone qui bat des records d’audience et de popularité depuis environ trois ans, que ce soit en manga (écrit et dessiné par Koyoharu Gotoge) ou en anime. Sorti en salle au Japon en octobre 2020, le film est devenu depuis le plus gros succès au box-office, devant Le Voyage de Chihiro. Il fait suite à la saison 1 de l’anime sortie en 2019, déjà de bonne facture visuelle et au scénario attachant malgré son classicisme qui coche toutes les cases du nekketsu. Qu’en est-il du film ?

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Fin d’Automne : l’histoire d’un crépuscule ?

S’il a toujours cherché à filmer la vie en un ensemble de relations sociales codifiées, Ozu s’est particulièrement concentré à la fin de sa vie sur la question de la vieillesse. Fin d’Automne est le premier film de cette sorte de « trilogie » de la vieillesse, avec Dernier Caprice et Le goût du saké.

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Lady Snowblood : magnificence japonaise

Le film de vengeance a souvent trouvé ses lettres de noblesse au Japon. Illustrée dans l’horreur – on pense à Audition, de Miike Takashi –, par des aspect sociaux – Les Salauds Dorment En Paix, de Kurosawa Akira, par exemple – ou simplement dans le film de sabre traditionnel, la vengeance irradie le cinéma nippon, qui la décline sous plusieurs formes. En adaptant le manga de Koike Kazuo et Kamimura Kazuo, Fujita Toshiya mêle son récit empruntant à ses maîtres Kurosawa et Kobayashi mais y ajoute une dimension pulp, et une volonté de créer une mise en scène tant inspirée que ludique.

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Savourer « Le goût du saké »

Un shōji s’ouvre. On pénètre dans la pièce, mais il ne faut évidemment pas oublier de se déchausser avant de pénétrer sur le tatami. On s’installe autour de la table, pour déguster, entre amis, un verre de saké – le nihonshu, comme on dit plutôt au Japon. La conversation commence, le film aussi. On est bien chez Ozu.

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Souvenirs de Marnie : Testament émotionnel

Voilà déjà sept longues années que le Studio Ghibli nous a offert l’adaptation du roman de Joan G. Robinson : Souvenirs de Marnie, second long-métrage du réalisateur Hiromasa Yonebayashi, après un Arrietty, Le Petit Monde Des Chapardeurs globalement bien accueilli par la presse et les spectateurs. Dernière production du studio nippon, jusqu’au prochain Aya Et La Sorcière annoncé courant 2021 et déjà présenté en séance spéciale au Festival de Gérardmer.

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Dark Water : réparez-moi ce dégât des eaux…

Le Japon est largement associé aujourd’hui, pour le large public, à une pop culture issue des jeux vidéo, du manga et de l’anime, tantôt colorée et outrancière tantôt liée au calme onirique de la nature préservée.

Pourtant, une immense tradition horrifique habite le même pays depuis les yokai du shintoïsme jusqu’aux légendes frissonnantes contemporaines qu’entourent certains lieux – il suffit de penser à la forêt d’Aokigahara, connue pour son nombre important de personnes retrouvées mortes par suicide. Dark Water, de Nakata Hideo, est un parfait représentant de cette tradition… Oppression garantie.

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