Le Goût du riz au thé vert : Mariage à ranger

Aparté : Dans un soucis de fluidité dans cette retrospective dédiée au cinéaste Yasujirō Ozu, nous avons décidé de ne pas composer d’article sur le film Eté précoce (1951). En effet, ce dernier – bien que majeur dans l’oeuvre du monsieur – a une histoire, un cheminement narratif ainsi qu’un contexte de production très similaire au précèdent long-métrage abordé : Printemps tardif. Pour autant, nous vous recommandons fortement son visionnage. Déjà car c’est une nouvelle occasion d’admirer Setsuko Hara au sommet de son art dans le rôle d’une autre « Noriko », mais surtout car Eté précoce permet d’élargir le portrait du Japon déjà détaillé dans le film précèdent notamment par une plus grande galerie de personnages délicieux, toujours composés avec l’aide de Kōgo Noda à l’écriture.

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Récit d’un propriétaire : Chronique des gens ordinaires

Nous continuons d’explorer la filmographie de Yasujirō Ozu avec son premier film de l’après-guerre, sorti en 1947 : Récit d’un propriétaire. Affublé du sous-titre « Chronique des gens ordinaires » sur notre territoire, le film narre l’arrivée d’un garçon chez une femme âgée après qu’il se soit égaré lors d’une promenade avec son père.

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Il était un père : Il était une oeuvre

Visionner Il était un père juste après Le fils unique est une expérience fascinante. Les films semblent être les deux faces d’une même pièce, d’un diptyque sur le sacrifice parental. Le portrait de la mère dessiné dans le second laisse place à celui d’un homme, figure paternelle essentielle chez Ozu et qui est ici plus-que-jamais au coeur de son récit.

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Le Fils unique : La Mère universelle

Dans les années 30, un miracle a lieu. Soudain, les films deviennent parlants. C’est toute une industrie qui doit évoluer, ou mourir. Un art qui, jusqu’à présent, était pur langage de l’image, doit aussi converser avec la voix. Si Chantons sous la pluie, de par son sujet – non par son époque -, arrive à saisir l’ampleur de cette révolution, on peut aussi la découvrir par le biais des premières œuvres parlantes d’auteurs ayant fait leurs preuves. Et comme l’on s’est déjà intéressé à l’œuvre du prolifique Yasujiro Ozu, on découvre aujourd’hui son premier long-métrage parlant : Le Fils unique.

On le sait, Ozu n’est pas réellement un cinéaste du fond. Il n’a pas pour habitude de raconter de grandes histoires, tant de grands récits lui suffisent. D’un scénario qui n’est pas le sien, il se saisit pourtant encore une fois de toute la grâce cinématographique d’une relation parent-enfant et particulièrement de la figure de la mère, encore assez peu récurrente dans sa filmographie de l’époque. Cette figure de la mère, elle va de pair avec celle de son enfant pour qui elle s’est sacrifiée afin qu’il puisse aller au lycée et avoir un avenir à Tokyo. On les retrouve ensuite, tous deux, douze années après, et faisons le point sur la situation et la réussite de cet enfant à qui elle a tout donné.

Un nouveau film d’Ozu comme un nouveau prétexte pour dessiner l’impossible culturel, économique, social. Un impossible qui prend racine dans la différence structurelle entre la campagne japonaise, où la mère tisse de la soie toute sa vie, et ce Tokyo de 1936, encore bien loin d’être le Gargantua que l’on connait aujourd’hui. L’idée d’une promesse, qui ne tarde pas à devenir déception. Le réalisateur japonais filme le rêve qui s’effrite dans les yeux d’une mère tandis que son fils n’arrive plus à lui cacher la dure réalité de ce qu’il est devenu – professeur à mi-temps au Japon. Pourtant, sa vie n’est pas médiocre, elle est juste décevante au regard des promesses, des sacrifices. « Je n’aurai pas du venir à Tokyo » se permet-il même de déclarer à sa mère. Une vie moyenne à la campagne est justifiée, là où une vie moyenne à Tokyo, est un échec.

Mais c’est véritablement la forme qui nous intéresse là. Si ses premiers films ressemblent déjà tant à son auteur, c’est davantage pour leurs thématiques que pour la précision de leur traitement. Le propos est déjà là mais c’est avec ce film que l’on comprend enfin comment la sensibilité de la caméra de ce bon Yasujiro a pris forme. S’il filmait déjà au ras des tatamis, c’est dans ce film qu’il s’y pose suffisamment pour que cette idée prenne tout son impact. S’il contemplait déjà deux figures assises dans l’herbe et qui ne se disent mot, c’est dans ce film que ses figures deviennent personnages de cinéma. Comme s’il eut seulement fallu à Ozu un peu de verbe et un peu de musique pour insuffler à ses images déjà très belles, une âme folle au service du drame d’une époque, d’un pays au peuple lésé, mais dont le courage de vivre rayonne toujours.


Le Fils unique, de Yasujiro Ozu. Avec Chôko Iida, Shin’ichi Himori, Yoshiko Tsubouchi… 1h27. Film de 1936, sorti en France en DVD et Blu-Ray le 6 novembre 2019

L’étang du Démon : Sauvés par le gong

Jamais édité en vidéo, ni diffusé à la télévision, L’étang du Démon a eu le droit à une restauration à l’été 2020. Grande chance que de rendre des raretés accessibles au grand public. C’est une sorte de magie du cinéma qui existe à travers des passionnés et entre autre de nombreux membres de l’équipe du film. 1979, shinoda décide d’adapter l’œuvre du romancier Kyōka Izumi. Il en ressort un film fortement inspiré du théâtre japonais communément appelé Kabuki. On y retrouve l’acteur Bandō Tamasaburō qui est un Onnagata, c’est à dire acteur qui joue une femme. De nombreux codes du Kabuki nourrissent l’œuvre de Masahiro Shinoda qui propose ainsi quelque chose de singulièrement intéressant

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Silence : Dieu mutique

Réalisateur inhérent à la Nouvelle Vague japonaise, Masahiro Shinoda livre avec Silence (1971), la première adaptation du roman historique de Shūsaku Endō, illustrant les différents questionnements religieux des missionnaires jésuites dans le Japon du XVIIème siècle, lors des persécutions résultant de l’interdiction de pratiquer le christianisme. Présenté en compétition au Festival de Cannes de 1972 et ayant remporté le prix Mainichi du meilleur film, le métrage de Shinoda permet, 45 ans avant le récent film de Martin Scorsese, une première introduction sur le statut particulier que possède la religion au pays du Soleil-Levant et l’histoire violente qui en découle.

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Gosses de Tokyo : Petit Papa-Modèle

Si Yasujiro Ozu fait aujourd’hui partie des grands noms du cinéma japonais des années 30 aux années 60, c’est parce qu’il a su faire valoir au fil des années une œuvre aussi juste que rigoureuse, dont le message de rébellion a su éviter la censure en se cachant derrière les sourires narquois d’enfants malicieux tels qu’ils sont dépeint dans Gosses de Tokyo : un métrage aussi symboliquement riche qu’elle ne cesse d’émerveiller les différents cinéphiles s’étant déjà penchés sur la filmographie du cinéaste.

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Chœur de Tokyo : La fierté des pauvres

Aussi prolifique qu’ait été la carrière de Yasujiro Ozu avec plus d’une cinquantaine de métrages en à peine une trentaine d’année, triste est de constater que la plupart de ses oeuvres de jeunesse comme Le sabre de pénitence ou encore Épouse Perdue ne soient aujourd’hui tout simplement plus accessibles. Mais s’il y a bien un film qui a su résister à l’épreuve du temps et qui est aujourd’hui visionnable dans des conditions très correctes, c’est Chœur de Tokyo, sorti en 1931 au Japon.

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[CRITIQUE] Mary et la fleur de la sorcière : Un conte enchanteur

Après de bons et loyaux services dans le célèbre Studio Ghibli pendant 18 ans, Hiromasa Yonebayashi a décidé de changer de maison pour pour créer avec Yoshiaki Nishimura le Studio Ponoc où il sort son troisième long-métrage (après Arietty Le petit monde des chapardeurs et Souvenirs de Marnie) : Mary et la fleur de la sorcière. Une épopée fantastique où la patte Ghibli se fait toujours un peu sentir mais qui nous entraîne facilement dans son monde enchanteur. Lire la suite de « [CRITIQUE] Mary et la fleur de la sorcière : Un conte enchanteur »

[CRITIQUE] Harmonium : Beaucoup filmer pour ne rien dire

Prix du jury dans la catégorie Un Certain Regard au Festival de Cannes l’année dernière, Harmonium suit l’histoire et les déconvenues de Toshio, sa femme Akié et leur fille Hotaru. Elles se préparent pour un concert d’harmonium tandis que le père de famille partage sa vie entre son atelier et des repas où il ne communique jamais avec sa fille et sa femme jusqu’au jour où débarque Yasaka, un ami de longue date de Toshio qu’il engage et loge chez lui au grand dam de sa femme. Sauf que petit à petit, Yasaka s’immisce dans cette famille, donne des cours d’harmonium à leur fille et se rapproche dangereusement d’Akié.

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Un film inégal

Difficile d’accrocher à ce film qui se scinde en deux parties. La première où l’on découvre cette famille qui, malgré l’apparence d’une famille on ne peut plus normale, est bien plus déchirée qu’il n’y parait. En témoigne les repas de « famille » où Akié et sa fille discutent et prient alors que le père se contente de manger en silence. Un quotidien rapidement bouleversé par l’arrivée de cet homme, Yasaka. Et puis petit à petit on y découvre un ménage à quatre avant qu’un drame survienne avec la petite. Cette seconde partie du film où les parents d’Hotaru cherchent à venger leur fille aurait mérité d’être plus exploitée pour éviter de nous laisser une sorte de thriller dramatique où rien ne se passe vraiment.

D’ailleurs Harmonium c’est un film où il se passe jamais vraiment quelque chose. Enchaînant les séquences et les plans dans un décor triste et monotone, cette morosité ambiante semble se répercuter sur les personnages qui ne sont ni gentils ni méchants mais juste invisibles.

Dommage car le film se lançait sur des pistes intéressantes qui auraient pu donner au film un vrai côté thriller. Qu’est-ce qui est arrivé à la fille d’Hotaru (chose qu’on ne saura jamais au final) ? Où est passé Yasaka ? Sans compter la relation entre Ysaka et Toshio que le réalisateur balance en pâture comme ça sans donner d’explications.

Deux heures de film c’est long. Deux heures de film pour ne rien dire c’est encore plus long et l’intérêt suscité par la seconde partie n’arrive pas à rattraper une première partie soporifique.

Ma note : ★★★★

[CRITIQUE] Your Name : Une pure merveille !

C’est le plus gros succès au Japon de l’année 2016. D’ailleurs son réalisateur Makoto Shinkai est annoncé comme le prochain Miyazaki. D’ailleurs Your Name s’est glissé avec une sacré aisance à la deuxième place des plus gros films japonais juste après Le Château Ambulant de Miyazaki. Et franchement, ce n’est pas pour rien !

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Visuellement splendide

Dès les premières secondes, Your Name vous scotche sur votre fauteuil. C’est beau, c’est poétique et cette scène tout autour du ruban prend tout son sens au fur et à mesure. Différentes techniques sont utilisées à bon escient et offrent à chaque fois des émotions folles que ce soit les paysages japonais d’une splendeur inégalée ou cette fameuse scène de la comète (mais je n’en dirai pas plus chut) qui est à couper le souffle. Un joli contraste entre le Japon moderne avec sa mégalopole Tokyo et le Japon campagnarde dans des terres plus reculées.

Un scénario époustouflant

Makoto Shinkai frappe fort, très fort. Your Name mêle habillement histoire d’amour, adolescence et fantastique tout en gardant une certaine poésie et quelques twists qui vous laisseront sur le cul très probablement. C’est un scénario malin qui nous fait passer par toutes les émotions possibles et imaginables pour au final nous laisser sortir de là encore sous le choc.

Qu’est-ce qui peut bien relier deux adolescents que tout oppose tant par le mode de vie que par la distance ? Pourquoi et comment peuvent-ils échanger de corps de manière aléatoire ? Une belle réflexion sur ce qu’on est, ce qu’on cherche et l’occasion de nous offrir quelques scènes fortes cocasses et parfois même hilarantes. Alors oui le scénario et le pourquoi du comment du film peut-être complexe à comprendre aux premiers abords alors si vous la comprenez tant mieux, sinon on s’en fout, appréciez juste ce moment.

Ajoutez à cela une bande originale qui amène du rythme et du vrai punch au film et on obtient là un grand, un très grand film d’animation japonaise. Vous savez quoi ?2017 commence plutôt très bien.

Ma note : ★★★★★