Gloria Bell : Incandescente

Depuis plus de dix ans, Sebastián Lelio sait filmer comme personne des femmes ordinaires qui prennent leur destin en main peu importe le regard des autres ou les conventions sociales que ce soit avec La Sagrada Familia, Une Femme Fantastique ou Désobéissance. Sortie en 2014, Gloria dépeignait le portrait d’une soixantenaire libre et célibataire qui, après une rencontre avec un homme, voit sa vie bouleversée entre désillusions et les prémices d’un nouveau chapitre de sa vie.

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Crazy Rich Asians : Riches à millions !

On l’attendant impatiemment, c’était le film évènement de cette fin d’année qui m’avait même poussé – en partie – à évoquer la représentation des asiatiques au cinéma (pour lequel j’ai subi la colère de Dieu comme dirait cette chère dame du Petit Journal). Il n’empêche que 25 ans après « Le Club de la chance » (« The Joy Luck Club ») en 1993, Hollywood continue sa lancée à l’image du récent « Black Panther » au casting majoritairement afro-américain en mettant en avant la communauté asiatique et plus particulièrement chinoise à travers l’adaptation du best-seller de Kevin Kwan du même nom sortie en 2013. Mondanité, excentricité et jet-set sont au coeur de « Crazy Rich Asians » qui, à défaut de révolutionner le genre, a le mérite d’enfin mettre sur grand écran une communauté peu représentée (n’en déplaise à certain.e.s) qui s’inscrit définitivement dans une dynamique de diversité au cinéma sur laquelle on ne crache définitivement pas.

Brillante professeure d’économie à NYU, Rachel Chu s’envole à Singapour en compagnie de son charismatique petit ami Nick Young pour le mariage de son meilleur ami – pour lequel il est également témoin -. Seule ombre au tableau, Rachel ne sait rien de la famille de son petit-ami et encore moins le fait que les Young est l’une des familles les plus riches du pays et que Nick est l’un des célibataires les plus convoités. Une fois arrivés là-bas, le couple va devoir faire face à un véritable choc des cultures, des générations et à une famille prête à tout pour les séparer.

Jon M. Chu (« Insaisissables 2 ») s’empare d’un best-seller pour nous offrir à l’écran ni plus ni moins qu’une comédie romantique avec tous ses codes traditionnels mais ce qui offre à « Crazy Rich Asians » son petit plus indéniable c’est son cadre idyllique. Les valises et caméras posées à Singapour, le film plonge immédiatement dans un monde et une culture aux antipodes des Etats-Unis et du New-York dont Rachel avait l’habitude. Comme l’indique le titre du film, ils sont tous riches, extrêmement riches si bien que la famille de Nick peut s’offre des maisons gigantesques dans les collines en hauteur, les dernières créations des plus grands couturiers, les bijoux les plus excentriques et les plus inaccessibles. Tout est absolument démesuré dans le film que ce soit les décors impériaux, les réceptions données ou la – sublime – scène de mariage à la fin. Et au coeur de ce microcosme régit par l’argent, le bonheur y a finalement peu de place que ce soit la mère et la grand-mère aux moeurs encore très traditionnels, Astrid (Gemma Chan) dont le succès – et la fortune – fait de l’ombre à son mari qui n’est qu’un simple auto-entrepreneur ou encore ou le cousin de Nick qui est réalisateur et qui s’entiche d’une jeune femme dont le nombre de neurones n’excède pas le nombre de centimètres de sa jupe et qui a de quoi gêner la famille. Tout n’est finalement question que d’apparence dans cette société où chacun est constamment jugé par les autres.

Avec sa naïveté et sa joie de vivre revigorante, Rachel Wu fait véritablement face à un mur. Une belle-mère qui n’accepte guère que son fils côtoie une jeune femme aux origines modestes (elle a été élevé par sa mère célibataire) et sino-américaine, des prétendantes prêtes à sortir les griffes et lui faire les pires coups pour qu’elle quitte Nick et finalement un univers auquel elle est totalement étrangère. Une vraie confrontation a alors lieu. La lumineuse Constance Wu tient tête face à cette société à laquelle elle n’appartient pas et ne veut pas appartenir tout comme la plupart des protagonistes féminins du film, chacune à leur manière sont de vraies femmes fortes et indépendantes qui ont, au final, chacune leur raison d’être ce qu’elles sont – le réalisateur évite de catégoriser la belle-mère (Michelle Yeoh) et la grand-mère (la fabuleuse Lisa Lu) comme des monstres qui détestent simplement Rachel parce qu’elle n’est pas de leur monde -. 

Aidé par un casting fabuleux à part égales, une BO enivrante (on retiendra évidemment l’entêtant Can’t help falling in love » interprété avec émotion par Kina Granis) et des décors somptueux, « Crazy Rich Asians » est avant tout une ode à l’amour, à l’acceptation de la culture de l’autre et surtout un vrai petit moment pop, excentrique et coloré aussi drôle que touchant à l’histoire universelle. Peut-être pas la romance de l’année mais on ne boude pas son plaisir face à cette jolie réussite. 

Crazy Rich Asians de Jon M. Chu. Avec Constance Wu, Henry Golding, Michelle Yeoh… 2h01
Sortie le 7 novembre

A Star is born : Une alchimie renversante

Il y a d’abord eu William A. Wellman en 1937, puis George Cukor en 1954 et Frank Pierson en 1977. Près de quarante ans plus tard c’est au tour de Bradley Cooper de se placer derrière la caméra pour la première fois de sa carrière. Celui qui s’est fait un peu plus rare sur nos grands écrans depuis 2015 (« American Sniper », « À vif ! ») excepté quelques apparitions dans « War Dogs » et « 10 Cloverfield Lane » en 2016; fait un retour fracassant avec ce qui est donc une nouvelle version du désormais cultissime « A Star is born ». Réalisateur, acteur principal, scénariste et également producteur, Bradley Cooper est sur tous les fronts pour cette tragédie hollywoodienne qui a tout pour filer direct aux Oscars même s’il est – bien – loin d’être parfait.

Star de country sur le déclin et plus attiré par les bouteilles d’alcool et les médicaments que par l’adrénaline de la scène, Jackson Maine rencontre la jeune et très prometteuse Ally avec qui une incroyable histoire d’amour commence. Alors qu’elle prend du galon dans le métier et devient LA star du moment, la carrière de Jackson va de plus en plus mal et ce dernier met rapidement péril autant son couple que la carrière de sa femme. 

Le film démarre sur les chapeaux de roue. Le coup de foudre frappe sans prévenir, Jackson Maine tombe éperdument amoureux d’Ally et de sa voix en or. La première partie du film embrasse la romance avec ferveur et excitation, tout comme les sentiments naissants entre eux. On tombe à notre tour amoureux de ce couple qui transcende l’écran de par leur alchimie mais encore plus – et surtout – lorsque les deux se retrouvent sur scène avec une mise en scène dynamique – bravo Cooper – et un score au petit oignons. Mais peut-être que finalement tout va trop vite dans le film, si bien que la première partie condense assez rapidement les préambules de leur relation avec énergie pour laisser une deuxième partie beaucoup plus faible. Déjà de par un scénario connu – une étoile née, une autre meurt – et qui ne fait qu’effleurer des pistes de réflexion qui auraient pu être intéressante : l’amour toxique, l’émancipation de la femme vis-à-vis de son mari, la pression que met l’industrie musicale pour « formater » ses stars… 

Cependant Bradley Cooper nous avait prévenu, « A Star is born » est avant tout une histoire d’amour. Et c’est qu’il arrive à nous transporter dans les moments de joie comme les moments de peine, non pas dans leur vie quotidienne mais bel et bien sur scène. Autant la plupart des scènes ne montrent pas énormément d’intérêt, autant celles où Lady Gaga chante sont absolument transcendantes (notamment la scène de fin bouleversante de justesse). Ce qui nous fait arriver au second point de ce film, les prestations de nos têtes d’affiches. Bradley Cooper surpasse le film avec sa dégaine d’ancienne star déchue et son regard perçant où toutes les émotions transparaissent. Le naturel de Lady Gaga est plus agréable et rafraichissant dans la première partie que dans la seconde avec ses artifices et ses tenues extravagantes – peut-être justement parce qu’on a l’habitude de la voir dans ce registre -. Sam Elliott qui incarne le frère de Jackson tient ici probablement son plus beau rôle tout comme les autres seconds couteaux dont le père d’Ally et sa bande de chauffeurs et leur humour communicatif. 

Les amateurs de love story seront servis quant à ceux qui auraient souhaité un film avec un peu plus de fond, ils devront passer leur tour car « A Star is born » est finalement aussi sincère qu’il est extrêmement convenu. 

A Star is born de Bradley Cooper. Avec Bradley Cooper, Lady Gaga, Sam Elliott… 2h16
Sortie le 3 octobre

[DEAUVILLE 2018] Ophelia : Être ou ne pas être libre, telle est la question

À une époque où la femme prend de plus en plus d’importance dans la société et essaye de s’extirper des griffes du patriarcat, cela fait du bien de voir une jeune réalisatrice ambitieuse – et accessoirement citée par Variety parmi les dix réalisat·eur·rice·s à suivre cette année – reprendre l’une des plus célèbres figures de l’oeuvre de Shakespeare : Ophelia, fille de Polonius et soeur de Laërte, tombant follement amoureuse d’Hamlet avant de sombrer dans la folie et de se donner la mort alors qu’Hamlet a assassiné son père. À bas le règne des hommes, Ophelia est bien plus moderne et devient une femme indépendante sous la caméra de Claire McCarthy. 

Fille de roturier, Ophelia devient la dame d’honneur de confiance de la reine Gertrude après un drôle de concours de circonstance. Largement détestée par les autres dames de compagnie de la reine, la beauté d’Ophelia n’a d’égal que sa douceur et son intelligence. De quoi attirer les regards et notamment celui du prince Hamlet fraîchement revenu au Royaume. Une relation secrète naît entre eux alors que le Royaume est en danger et que la jeune femme est tiraillée entre préserver cet amour ou protéger sa propre vie. 

La musique médiévale, les décors verdoyants à perte de vue, la princesse vêtue de blanc, tous les éléments sont présents pour faire de « Ophelia » un film grandiose à la dimension épique avec en son épicentre la déesse Daisy Ridley qui irradie de beauté mais pas que. Parce que dès les premières minutes du film sa voix nous explique bien que cette histoire n’est pas la sienne. Ophelia ne sera pas la victime de cette histoire. Aussi intelligente que extravertie, la jeune femme rentre rapidement dans les bonnes grâces de la reine Gertrude et tombe sous le charme de son fils Hamlet. À ce moment-là le film glisse vers la romance historique très convenue et bourrée de clichés avant de se rattraper dans sa dernière partie où la réalisatrice renverse les codes et va là où on ne l’attendait pas forcément.

Mélange des genres et des contes – un soupçon de Cendrillon, de Roméo & Juliette, de Petit Chaperon Rouge… -, « Ophelia » peut se targuer d’être une revisite moderne de la pièce de Shakespeare avec notamment son dernier quart d’heure absolument épique et prenant, venant confirmer une nouvelle fois le talent de Daisy Ridley ainsi que le fait que Claire McCarthy est indubitablement une réalisatrice à suivre ces prochaines années si ses futurs long-métrages sont du même acabit que celui-ci. 

Ophelia de Claire McCarthy. Avec Daisy Ridley, Tom Felton, Naomi Watts… 1h46

 

[CRITIQUE] C’est Qui Cette Fille : La psychologie et le sensoriel à travers la comédie noire.

Originalement nommé Thirst Street, on se demande pourquoi le nom a été changé radicalement pour sa sortie française. Mais une fois le film en tête, on comprend peut-être mieux pourquoi. Dernier film en date du jeune réalisateur Nathan Silver, C’est Qui Cette Fille raconte l’histoire de Gina, une hôtesse de l’air américaine qui tombe amoureuse d’un barman débauché parisien, Jérôme, lors d’une escale dans la ville de l’amour. Ce qui est amusant avec ce film qui dans les premières lignes semble tout avoir de la parfaite comédie romantique, est qu’il se trouve être l’exact contraire.

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[CRITIQUE] How to talk to girls at parties : Never mind the Buzzcocks

L’imaginaire de Neil Gaiman semble infuser de plus en plus les écrans. Après Coraline et American Gods, le public peut enfin découvrir How to talk to girls at parties, une adaptation d’une nouvelle de l’auteur britannique réalisée par John Cameron Mitchell.

Difficile de bien représenter la fougue et l’énergie punk via un écran de cinéma. Difficile d’égaler les uppercuts distordus assénés par Shinya Tsukamoto (Tetsuo, Bullet Ballet) ou les violentes fulgurances de Tueurs nés. Mais soyons clair, ce n’est pas ce qui intéresse le réalisateur, John Cameron Mitchell. Selon ses propres dires, il voulait plutôt « faire un film pop sur l’amour ».  Et c’est bien une œuvre haute en couleur que nous offre le cinéaste anglais.

A Croydon, en 1977, Enn et ses deux amis sont des losers parmi les marginaux. Personne ne s’intéresse réellement à eux, et encore moins à leur fanzine. Après un concert, les trois garçons se retrouvent à frapper à la porte d’un étrange manoir habité par des aliens. Les locataires habillés en latex multicolore pratiquent une danse collégiale chorégraphiée. Parmi ces extra-terrestres au look de sci-fi vintage se trouve Zan (Elle Fanning) qui compte bien suivre les trois amis pour découvrir le monde des terriens, ses mœurs et ses rébellions.

Le film commence en transpirant l’esthétique punk par tous les pores, et nous présente l’environnement dans lequel évoluent les personnages : Croydon, ses briques rouges et ses concerts underground. Tout sent la bière et le parquet qui colle. Puis en entrant dans le manoir des extra-terrestres, le métrage opère un changement stylistique et nous plonge dans une atmosphère de galerie d’art contemporain sous fond de krautrock. Le film continuera ces ruptures visuelles tout le long, allant même jusqu’à invoquer une version baroque des visions hallucinées d’Altered States (de Ken Russell) dans une scène de concert endiablée. C’est d’ailleurs pendant cette scène que Enn contaminera Zan avec le virus de la révolte et que l’on comprendra les réelles intentions des aliens.

La métaphore sous-jacente qui irrigue le récit apparaît assez rapidement. On décèle tout de suite que les mœurs des extra-terrestres représentent le conservatisme de l’Angleterre dans laquelle vivent Enn et ses amis, les figures d’autorité aliens portant des imperméables aux couleurs de l’Union Jack. Le parallèle allant même jusqu’à représenter la Reine dans une figure démiurgique androgyne tout de blanc vêtue. Zan, dans sa volonté de briser les règles établies par ses aînés, arrivera à trouver une nouvelle voie, celle du cœur, et ainsi entraînera la chute d’un système millénaire en le détruisant de l’intérieur.

« LE PUNK, C’EST DU BLUES QUI SE BARRE EN COUILLES »

Si le point d’orgue reste la séquence du concert, le film regorge de trouvailles visuelles, la plus amusante étant l’extra-terrestre avec un double majeur, sorte de double doigt d’honneur à l’establishment. La mise en scène de la romance entre Enn et Zan offre des moments de douceurs captivants et les conflits internes qui animent les personnages sont retranscris avec justesse. On jubile devant les excentricités des extra-terrestres et la flamboyance du personnage de Nicole Kidman, sorte de guerrière moderne aux répliques qui font mouche. Mais même si le film propose un récit distrayant et un sous texte intéressant quoique facile, le tout reste un peu vain. On aurait aimé plus de fureur dans cette quête initiatique gentiment subversive. Car en délaissant la fantaisie rock’n’roll de la mise en scène pour l’injecter dans sa narration plutôt bordélique, John Cameron Mitchell laisse son spectateur sur sa fin. Mais finalement, est-ce que ce n’est pas ça, l’esprit punk ? S’affranchir des codes sans s’occuper du reste ?

How to talk to girls at parties de John Cameron Mitchell. Avec Elle Fanning, Alex Sharp… 1h42
Sortie 20 juin

[FOCUS] Analyse de Call me by your name

Sorti fin février dernier, Call me by your name était le petit évènement ciné de ce début d’année après un bouche-à-oreille qui aura duré près d’un an et qui aura permis au film de rencontrer un joli succès autant critique que public et de rafler au passage l’Oscar du meilleur scénario adapté. Avec sa sortie en DVD et Blu-Ray prévue pour le 4 juillet prochain, l’occasion était trop belle – et puis faut-il vraiment une raison pour parler de ce film ? – pour revenir plus en détail sur l’un des plus beaux films de cette année, d’en faire une petite analyse en bonne et due forme et peut-être vous dévoiler quelques petits détails qui vous ont peut-être échappé. Lire la suite de « [FOCUS] Analyse de Call me by your name »

[CANNES 2018] Carmen y Lola : Prends garde à toi

Déjà réalisatrice de huit courts-métrages et documentaires, l’espagnole Arantxa Echevarría débarque à la Quinzaine des réalisateurs avec son premier long-métrage Carmen y Lola, une histoire d’amour entre deux femmes au coeur d’une communauté gitane qui rejette en bloc l’homosexualité. Un premier film loin de prétendre à être un grand film mais qui a le mérite de mettre en lumière un problème quasiment invisible dans une communauté régit par des « traditions » que la jeunesse commence à rejeter. Lire la suite de « [CANNES 2018] Carmen y Lola : Prends garde à toi »

[CANNES 2018] Monsieur : Les choses les plus simples sont souvent les meilleures

Premier long-métrage pour la réalisatrice indienne Rohena Gera où on en attendait pas forcément grand chose de cette apparente romance indienne mais parfois comme on dit, les choses simples sont souvent les meilleures. Une histoire d’amour comme il s’en fait des dizaines aussi bien au cinéma qu’à la télé et pourtant Monsieur a le mérite de dégager une douceur presque salvatrice, les sourires sont au rendez-vous en fin de séance. Lire la suite de « [CANNES 2018] Monsieur : Les choses les plus simples sont souvent les meilleures »

[CRITIQUE] Les Bonnes Manières : Loup y es-tu ?

Fraîchement récompensé au Festival de Locarno par le prix du Jury et à l’Etrange Festival par le pix du Public, Les Bonnes Manières du duo Marco Dutra et Juliana Rojas est un petit ovni dans ce que l’industrie cinématographique peut nous offre en ce moment. En s’attaquant à de véritables problèmes sociétales au Brésil par le biais d’une romance fantastique, le film réussit le joli tour de force d’être multi-genre sans jamais tomber dans l’excès. Lire la suite de « [CRITIQUE] Les Bonnes Manières : Loup y es-tu ? »