[BILLET D’HUMEUR] Laisse pas traîner ton Faf

Dans Matrix Resurrections, Neo et Trinity doivent traverser un bout de ville sur la moto de cette dernière. Alors que la caméra s’élève pour que les immeubles les surplombent, nous voyons leurs vitres se briser et des individus tenter le grand saut pour empêcher le duo motorisé d’aller à son point B. Ces mêmes individus ne sont jamais caractérisés mais la description qu’en fait l’Agent Smith, qui ordonne leur suicide, est particulièrement éloquente : il ne s’agit non pas de programmes mais bien d’humains enchaînés à la matrice, qui ont conscience de sa fausse réalité mais préfèrent y rester. Il leur est promis une vision passéiste d’un Eden à protéger à tout prix.

Warner bros

Furiosa : Une Saga Mad Max remet en scène la figure guerrière du précédent opus de la saga, Fury Road, à travers les War Boys. À l’écran, ce sont des êtres chauves, plus blancs que blancs (ils se couvrent de boue blanche pour pâlir plus encore leur teint avant d’agir) et effectuant leurs actions en masse qui nous sont présentés. Dans un diptyque où le langage se tord dans une novlangue ultra-simplifiée, ils sont les plus biaisés et leur capacité au dialogue fait un parallèle avec leur incapacité à réfléchir. Lorsqu’ils sont hors des actions violentes qu’on leur ordonne, les plus solaires font office de gentils cons, forcément malléables. Les retrouvailles avec ces derniers lors de la redécouverte de la citadelle dans Furiosa s’ouvrent par le suicide de l’un d’eux, obéissance à un simple ordre de leur gourou.

Warner bros

Loin de nous l’idée de penser que si ces deux films – excellents au demeurant – n’avaient pas été aussi boudés, nous aurions vu des signes. S’ils touchent à une universalité qui fait écho à la situation politique actuelle, ils n’ont pas fonction d’alarme, arrivant bien tard. Ils se veulent plus témoins, commentaires d’un monde qui a flanché. Mais le parallèle qu’ils dressent après les résultats des élections européennes est évident. Sur les réseaux sociaux, bulle à la fois hors et inter-réalité qui passionne Lana Wachowski, la moindre tentative de réflexion est parasitée par des trolls d’extrême droite, eux immédiatement dans l’insulte, la menace et la déstabilisation. Le RN frappe aux portes des bancs bruxellois et déjà, dans les rues lyonnaises par exemple, les War Boys de George Miller reprennent leurs ratonnades et se pâment quant aux futures possibilités de leurs violences le 8 juillet. Vous nous pardonnerez de faire un miroir naïf et exagéré plutôt que de rester silencieux. L’extrême droite est à nos portes et nous le voyons bien, ses méthodes n’ont pas changé. Peu importent les discours, les promesses, la soi-disant image bien modérée, notamment au niveau de l’électorat, que l’on nous vend : le noyau dur est intact, ce sont les fachos, et ce sont eux qui se sentiront tout permis si le RN passe. Les “modérés”, eux, pleureront avec nous de s’être fait duper, mais il sera trop tard. Vous ne voulez pas de ça ? Pas une voix pour le RN. Pas une seule.

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