[CRITIQUE] When the light breaks : Un nouveau jour se lève

Suite à un traumatisme, le chemin menant au bout du tunnel peut paraître long, interminable. Celui des personnages de When the light breaks prend une tournure inattendue lorsque Diddi meurt brusquement dans l’explosion d’un tunnel. La fin de son voyage signifie le début du périple de ses proches, de sa petite-amie et de son amante qui doivent faire l’expérience du deuil collectif et individuel. 

Miroir, mon beau miroir, laisse-moi exprimer ma peine. Rúnar Rúnarsson déploie un récit de deuil classique à travers une mise en scène qui ne cesse de se répondre. Son film commence sur un long plan en contre-plongée laissant défiler les lumières du tunnel jusqu’à l’explosion de ce dernier. Il se termine par un long plan en plongée laissant défiler la mer et son coucher de soleil. Le début marque la fin, qui elle marque une renaissance. Ce n’est qu’à ce moment-là que les pièces du puzzle se mettent en place, tout n’est que réponse et jeux de miroir. Les couchers de soleil se suivent mais ne se ressemblent pas. Le premier est celui d’Una, adolescente en école d’art qui vit une histoire d’amour passionnée mais secrète avec son camarade de classe Diddi – déjà en couple avec Klara qu’il compte quitter incessamment sous peu -. Le décès soudain du jeune homme bouleverse leur plan. Il est l’heure du deuil pour tout le monde mais Una est obligée de cacher le sien par respect pour Klara. Tout le monde pleure la petite-amie effondrée mais qui pour consoler l’amante ? 

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Le réalisateur construit son récit progressivement, embrassant ses personnages et cette journée de deuil interminable avec une photographie douce et chaleureuse rappelant paradoxalement les meilleurs souvenirs de vacances. Le grain de l’image offre une texture palpable, adoucissant les traits comme une caresse accompagnant ces personnages endeuillés. Rúnarsson les aime tellement qu’il se refuse à les faire souffrir plus que de raison, préférant célébrer l’amour que la haine à travers un geste extrêmement furtif : Klara trouve les chaussures d’Una laissées chez Diddi la veille et les pose devant elle. Pas un mot, ni un regard insistant, Klara a compris que l’amie était également amante. La réconciliation et le deuil commun d’un amour perdu peut désormais se faire devant un autre coucher de soleil. Une autre image cristallise ce besoin de faire surgir l’amour plutôt que la colère lorsque les deux jeunes femmes se regardent au travers d’une vitre : Klara est à l’intérieur, Una à l’extérieur, leurs regards se croisent et la caméra se déplace lentement pour superposer leurs visages. Si les statuts amoureux diffèrent, la peine est la même.

Pour ne pas distiller la force de son sujet, Rúnar Rúnarsson concentre son récit et son action sur une seule journée. Il s’agit pour lui de capter le vif, l’intensité de sentiments impossibles à contenir et il compte pour cela sur la performance flamboyante d’Elín Hall, qui ne fait transparaître sa douleur que par des regards désespérés. Lorsqu’une scène de danse la met dans une position cathartique, c’est l’explosion de larmes, qu’elle s’efforce de contenir. Jamais didactique dans son approche des différentes étapes qui constituent le deuil – ce qui pourrait être un terrain fertile pour le pathos en appuyant son récit de larmes et de violons -, le film laisse ses personnages s’exprimer (avec finalement très peu de dialogues), se trouver, expérimenter la douleur et la résilience, avec tant de maladresse que de sincérité.

Le deuil est un processus complexe et éreintant dont on est jamais sûr·es de sortir indemne. Rúnar Rúnarsson rend vulnérable ses protagonistes et ses spectateur·ices pour leur faire accepter la douleur afin de mieux avancer. Demain sera un jour meilleur.

When the light breaks écrit et réalisé par Rúnar Rúnarsson. Avec Elín Hall, Katla Njálsdóttir, Ágúst Örn B. Wigum… 1h22
Sortie le 18 décembre 2024

Présenté au festival de Cannes 2024 dans la catégorie « Un certain regard ».

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