Long way home : Come to the light

Gestation longue et douloureuse – financer un premier film n’est jamais chose facile – pour la réalisatrice qui nous offre son premier long-métrage. Depuis 2009, Jordana Spiro avait en tête cette idée de comprendre et analyser ce qui traversait l’esprit de ces enfants et adolescents placés – ou sortant – de familles d’accueils. « Long Way Home » (« Night Comes On » en VO) s’intéresse à l’une d’entre elles. La jeune Angel, dix-huit ans, tout juste sorti de prison après y avoir été incarcéré pour port d’arme illégal – ajouté à cela d’autres délits -. Deux choix s’offrent alors à la jeune femme : combler son désir de vengeance ou prendre soin de sa petite soeur Abby, actuellement en famille d’accueil. 

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Arctic : Températures minimales

Première Séance de minuit pour le 71e Festival de Cannes et qui de mieux que le charismatique Mad Mikkelsen pour ouvrir le bal ? Avec « Arctic », c’est également la première montée des marches pour Joe Penna qui réalise là son premier long-métrage. Un survival polaire minimaliste qui a au moins le chic de faire la belle part à l’acteur danois.

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Yomeddine : Ne fuyez pas le lépreux

Après trois courts-métrages entre 2008 et et 2012, le réalisateur austro-égyptien A.B Shawky ne fait pas les choses à moitié puisque son premier long-métrage Yomeddine se retrouve en compétition officielle. Et le moins qu’on puisse dire c’est que pour un premier essai le jeune homme s’en sort pas trop mal du tout avec un incroyable road-movie aussi touchant qu’il est vivifiant. Lire la suite de « Yomeddine : Ne fuyez pas le lépreux »

[DEAUVILLE 2018] The Kindergarten Teacher : De la passion à l’obsession

De la passion à l’obsession il n’y a qu’un pas. Remake du film israélien « L’institutrice » sorti en 2014, « The Kindergarten Teacher » en reprend les grandes lignes ou l’histoire d’une institutrice qui décèle un don inné pour la poésie chez un enfant de cinq ans et qui se battra contre vents et marées pour que son talent soit reconnu et cultivé. Premier long-métrage de sa réalisatrice Sara Colangelo, « The Kindergarten Teacher » est un film honnête, non sans quelques faiblesses, qui peut compter sur l’aura d’une Maggie Gyllenhaal rafraichissante.

Lisa est professeure des écoles. Passionnée, elle aime profondément son métier et fait tout ce qui est en son possible pour stimuler la créativité des enfants. En parallèle, Lisa prend une fois par semaine des cours de poésie où elle n’excelle pas des masses il faut bien l’avouer. Dotée d’une hypersensibilité et semblant être marginalisée face à une société qui ne jure que par les téléphones portables et les jeux vidéos, Lisa trouve en Jimmy ce qu’elle ne retrouve pas chez les personnes qui l’entoure. Un petit prodige de la poésie bridé par une famille disloquée entre une mère absente, un père aux affaires florissantes et une baby-sitter qui le traite comme un enfant écervelé et qui va devenir petit à petit le centre d’attention de Lisa quitte à ce que la limite professeur/élève soit franchie.

Les traits des abus sur enfants se dessinent petit à petit alors que Lisa est persuadée de faire ce qui est juste pour le petit quitte à s’immiscer bien trop dans sa vie alors que sa propre vie familiale semble partir en vrille entre un mari avec qui la vie sexuelle n’est plus aussi épanouissante qu’avant, un fils qui quitte ses études pour entrer chez les marines et une fille qui a compris qu’elle pouvait réussir en faisant le strict minimum. Ayant l’impression d’être incomprise de tous sauf du petit Jimmy et de son professeur de poésie – incarné par Gaël Garcia Bernal -, Lisa va même jusqu’à s’approprier les poèmes de Jimmy lors de ses cours de poésie pour impressionner son professeur et se sentir enfin valoriser. 

Sara Colangelo dessine un portrait complexe autant sur le plan psychologique que sentimental d’une femme à un tournant de sa vie, qui aspire à plus que ce que la société lui a donné et, à défaut d’être celle qu’elle aurait voulu être, est prête à tout – littéralement – pour que le petit Jimmy ai la chance d’explorer son talent sans être bridé par un monde qui n’en a que faire de l’art, de la poésie et de l’intellect. Et même si le film souffre de quelques temps morts et sous-intrigues qui n’apportent pas grand chose à l’histoire, « The Kindergarten Teacher » peut compter sur une Maggie Gyllenhaal tout en sensibilité pour porter ce film à bout de bras.

The Kindergarten Teacher de Sara Colangelo. Avec Maggie Gyllenhaal, Gaël Garcia Bernal, Parker Sevak… 1h39

[DEAUVILLE 2018] We The Animals : Poétiquement creux

Adaptation du livre éponyme de Justin Torres – « Une vie animale » en français -, « We The Animals » met en scène le destin de trois gamins un peu obligés de se débrouiller par eux-mêmes pour grandir face à un père aimant mais violent et une mère en proie à la dépression et aux excès aussi colériques qu’amoureux de son mari. Tandis que les deux grands apprennent à vivre dans cette cacophonie familiale, le petit dernier Jonah est le témoin silencieux de la destruction de son cocon familial.

Seul moyen pour lui de survivre, Jonah passe ses nuits à dessiner dans un carnet qu’il a soigneusement caché sous son matelas. Des dessins qui prennent vie tout au long du film pour décrire et accentuer l’état d’esprit du petit garçon encore troublé alors que sa famille se déchire et qu’il découvre sa sexualité. Portrait saisissant d’une famille qui fait partie de cette Amérique oubliée, survivant comme elle peut. La photographie de « We The Animals » est probablement l’une des plus belles qu’on ai eu l’occasion de voir lors de ce Festival. Tout en douceur et poésie contrastant avec la violence dans laquelle baigne le petit Jonah. 

Même si le film transpire la poésie et la vitalité dégagée par les trois acteurs principaux (Josiah Gabriel, Isaiah Kristian & Evan Rosado), le film manque de rythme nous faisant décrocher de l’histoire plus d’une fois sans compter les différentes directions que le film prend tout du long sans jamais s’y plonger réellement.

« We The Animals » est un essai bourré de bonnes intentions mais qui patauge dans un scénario qui tourne en rond malgré quelques envolées prenantes – notamment celle où Jonah explose littéralement face à sa famille -. 

We The Animals de Jeremiah Zagar. Avec Raùl Castillo, Josiah Gabriel, Isaiah Kristian… 1h34

[DEAUVILLE 2018] Thunder Road : Sur la route du succès

Déjà adepte du court-métrage – ils sont tous disponibles sur Vimeo (on ne peut que vivement vous conseiller de les regarder) -, Jim Cummings cumule les casquettes pour son premier long-métrage et puis comme on dit, on est jamais mieux servi que par soi-même. Réalisateur, scénariste, compositeur, monteur et également acteur principal – on est plus à un rôle près -, Jim Cummings débarque à Deauville – après avoir fait sensation à l’ACID à Cannes – avec « Thunder Road », portrait tragi-comique d’un policier texan en deuil après la mort de sa mère. Un premier essai absolument formidable qui nous a touché en plein coeur et qui n’est pas passé inaperçu auprès du jury puisqu’il a été récompensé du Grand Prix donc forcément on est contents.

Jim Cummings pose et s’impose dès le début du film avec ce formidable plan-séquence d’une dizaine de minutes où Jimmy Arnaud rend un dernier hommage à sa mère lors de la cérémonie précédant l’enterrement. Bataillant avec un lecteur de cassettes rose, Jimmy improvisera finalement sa danse sans musique. Scène absolument surréaliste, aussi pathétique que touchante. Le ton est donné. Pendant une heure et demie, le film joue sur les tableaux du drame et de la comédie avec un sens du rythme inné, ne tombant jamais dans l’excès de l’un ou de l’autre. Un tour de main assez brillant lorsqu’on apprend que Jim Cummings réalise là son premier long-métrage et qu’il en est devenu l’acteur principal un peu par hasard. De quoi rendre le bonhomme d’autant plus intéressant que ses talents d’acteurs rappellent la sensibilité d’un Jake Gyllenhaal ou la clownerie d’un Jim Carrey alors qu’il n’a jamais pris aucun cours de théâtre – certains sont mieux servis que d’autres c’est définitif -. Usant de manière intelligente des plans-séquences, « Thunder Road » est une phase de deuil pour un personnage hypersensible qui voit toutes ses relations se détériorer au fur et à mesure que ce soit avec sa fille, son ex-femme ou ses collègues policiers. 

Plus totalement enfant et pas encore totalement adulte non plus, Jimmy Arnaud montre de vrais problèmes pour communiquer avec les autres et pour exprimer ce qu’il ressent jusqu’à ce que ce trop plein d’émotions explosent pour nous offrir une scène sur le parking du poste de police absolument mémorable. À travers le film, Jim Cummings montre également une autre face de l’homme, une face plus fragile, celle bien loin des stéréotypes des grands gaillards policiers qui n’ont peur de rien. Jimmy a peur de tout, surtout de perdre la garde de sa fille. Cette sensibilité à fleur de peau traverse le film de bout en bout. On pleure, on rit, parfois même les deux en même temps jusqu’à ne plus savoir si on veut rire ou pleurer. Mélange des émotions, mélange des styles, « Thunder Road » est une véritable réussite et incroyablement surprenante dans le paysage du cinéma indépendant américain. 

« Thunder Road » est à la hauteur de son chef d’orchestre Jim Cummings, bourré d’humour, d’amour et de sensibilité qui nous frappe en plein coeur avec intelligence, force et une bonne part de culot. En tout cas, on attend la suite avec impatience. 

Thunder Road de Jim Cummings. Avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson… 1h31
Sortie le 12 septembre 

Blindspotting : Petit bijou pop

« Blindspotting » avait déjà fait son petit effet à Sundance et l’exploit semble bel et bien réitéré à Deauville où le film était présenté en compétition. Le cru des premiers longs-métrages dépasse largement nos espérances et Carlos Lopez Estrada s’inscrit tranquillement parmi les réalisateurs sur lesquels il faudra compter à l’avenir. Univers singulier rétro/pop/comique/engagé, « Blindspotting » est une très belle révélation.

Après avoir purgé une peine de deux mois pour avoir cramé un hipster dans une boîte de nuit pour laquelle il travaillait, Collin se voit en liberté conditionnelle pendant un an. À trois jours de la fin de sa conditionnelle, Collin est témoin d’une bavure policière qui ne peut le laisser indifférent. Commence alors une lente descente aux enfers avant que le jeune homme prenne conscience de la société dans laquelle il baigne et choisisse un nouveau départ. 

Rafael Casal et David Diggs portent ce projet depuis un moment si bien qu’ils en sont les co-scénaristes mais également producteurs en plus de jouer les rôles principaux. Et là où « Monsters and Men » – également en compétition – rate le coche, « Blindspotting » s’illustre avec brio dans l’évocation des bavures policières et notamment celles commises contre les noirs à travers le personnage singulier de Collin. Bien décidé à respecter sa conditionnelle, revenir dans le droit chemin et possiblement reconquérir son ex petite-amie, Collin gagne honnêtement sa vie en travaillant comme déménageur avec son meilleur ami Miles qui s’avère avoir une mauvaise influence. Et si ce sujet a pu être rabâché déjà de nombreuses fois dans des films plus ou moins récents, « Blindspotting » frappe très fort esthétiquement parlant. Virant de temps en temps au trip psychédélique – le rêve que Collin fait après avoir vu le noir se faire abattre est exceptionnel – en passant par un sens de la mise-en-scène minutieuse rappelant de temps à autre le cinéma de Wes Anderson – rien que ça -, le rythme est là du début à la fin en jouant autant sur la comédie avec de vrais moments loufoques – la scène des flingues dans un Uber sorti tout droit d’un Fast & Furious sous LSD – que sur le drame avec des passages bouleversants. Les mots plutôt que la violence serait le credo de ce film, d’ailleurs les acteurs principaux qui sont également rappeurs n’hésitent pas à montrer toute l’étendue de leur talent. Le monologue de Collin à la fin est d’une intensité assez rare et incroyablement intelligent dans ses mots employés.

Proposition aussi culottée sur la forme que sur le fond, « Blindspotting » est une jolie pépite à l’univers bien singulier, navigant dans les genres pour mieux dénoncer avec une énergie contagieuse. Un vrai petit bijou punchy comme le ciné indé a besoin. 

Blindspotting de Carlos Lopez Estrada. Avec Rafael Casal, David Diggs, Janina Gavankar… 1h35
Sortie le 3 octobre

[DEAUVILLE 2018] Dead Women Walking : Dead or alive

Depuis 1977, seulement 16 femmes ont été condamnées à mort – la dernière remonte au 30 septembre 2015 – sur les 1481 exécutions réalisées aux Etats-Unis. Un nombre peu conséquent finalement mais une sentence ultime qui a des répercussions sur ces quelques femmes et leur entourage. À travers neuf vignettes, neuf portraits de femmes dans le couloir de la mort, la réalisatrice Hagar Ben Asher cherche un peu d’humanité dans les tréfonds les plus sombres de l’être humain et de ce qu’il est capable de faire dans un élan de folie. Sans juger ni même leur chercher des excuses, la réalisatrice s’attarde avant tout sur ces femmes, leur famille, leurs amis mais également ceux qui travaillent là-bas et qui côtoient la mort de près ou de loin tous les jours.

Le film commence avec Donna, forte tête qui n’en a que faire des conseils de son avocat qui lui recommande de ne pas sourire alors qu’elle fait la une d’un magazine avec en gros titre « Le sourire d’une meurtrière ». Bien décidée à n’en faire qu’à sa tête, Donna sourit une nouvelle fois aux journalistes. Pleurer ? Elle ne pleure pour personne, jusqu’à ce qu’elle croise son fils dans la salle d’audience alors qu’elle avait tout fait pour que son fils l’oublie et pense qu’elle est décédée. Premier coup de poing dans la tronche pour le spectateur, les larmes de Donna alors qu’elle quitte la salle d’audience et qu’on lui a refusé une nouvelle fois sa demande de grâce. Juste après un encart noir avec son prénom : « Donna. Condamnée pour le meurtre de son mari et de ses parents ». La compassion qu’on avait quelques minutes avant pour elle est toujours là même si une infime partie de nous comprend pourquoi elle se retrouve là. 

Et c’est ainsi qu’Hagar Ben Asher marche sur ce fil tendu tout au long du film entre compassion pour ces femmes aux portes de la mort et réalité des charges bien trop lourdes pour ne pas être condamnées. Certaines vignettes apparaissent plus faibles que d’autres ou jouent sur d’autres tableaux que l’émotion mais s’il fallait retenir deux portraits ce serait celui de Wendy, dévastée alors qu’elle réalise que sa famille ne viendra pas. Dire qu’elle avait expressément marqué sur son habit « I love mum ». Une lueur d’humanité traverse les gardiens qui lui laisse jouer aux cartes avec son ami une dernière fois. Rires, chamailleries, tricheries, une dernière fois profiter de ce semblant de liberté avant des adieux déchirants. Wendy a été condamnée pour avoir tué son mari et son bébé. 

Le portrait d’Helen est probablement celui le plus intense émotionnellement parlant lorsqu’elle rencontre pour la première fois son fils – dont elle a accouché en prison – et qui a désormais 18 ans. Une rencontre forte, un moment de rédemption, d’apaisement et d’amour entre un fils et une mère qui ne s’étaient jamais rencontré et qui ne se reverront jamais. Elle ne l’a jamais oublié, elle l’a imaginé des centaines de fois dans sa tête, elle l’a dessiné et lui a écrit des lettres. Tout en pudeur et en retenu, cette scène nous tire plus de larmes que ce ne serait permis. Helen est condamnée pour avoir tué un couple et leur bébé.

Hagar Ben Asher ne cherche pas à pardonner ces condamnées à mort. On ne tue pas des gens au hasard, on n’étrangle pas la personne qu’on aime mais à quelques heures de la mort est-ce que la rédemption ne serait pas possible ? La réalisatrice questionne des passants sur la peine de mort. Question sujet à bien des débats. Faut-il tuer ceux qui ont tué ? Faut-il leur faire subir la même chose ? Mettre à mort un meurtrier ne reviendrait-il pas à devenir soi-même un meurtrier ? Le film n’apporte pas de réponses, le film n’en cherche pas. Tout ce qu’on peut apprécier c’est la sincérité et l’humanité qui s’en dégage, la rédemption que ces femmes essaient de trouver, l’humanité de ces gardiens qui sont les derniers à être auprès d’eux avant la fin et ces quelques personnes qui essaient de leur adoucir le quotidien ne serait-ce que par une main tendue, une cigarette, un sourire… Et si, comme disait le prêtre interrogé, la peine de mort n’était qu’une astuce de la société pour se débarrasser de ceux qui dont elle ne voulait plus. 

La réalisatrice israélienne réalise là un long-métrage d’une intelligence rare, sur un sujet finalement peu évoqué avec une extrême pudeur sans jamais prendre parti pour nous compter neuf destins aussi émouvants les uns que les autres et qui fait avant tout appel à notre capacité de compréhension face à des vies brisées – loin de nous l’idée de pardonner leurs actes atroces mais comprendre ce qui a pu provoquer ça -. « Dead Women Walking » est un bouleversant documentaire où s’entremêlent violence et humanité avec retenue et élégance. 

Dead Women Walking de Hagar Ben Asher. Avec June Carryl, Ben Zevelansky, Joy Nash… 1h41

[DEAUVILLE 2018] Monsters and men : I am Darius Larson

Ce qui était l’une des plus grosses attentes de ce Festival s’est avéré être l’une des plus grosses déceptions, et pourtant Dieu sait qu’on y allait de bon coeur et qu’on y croyait à ce film. Avec un sujet plus que jamais d’actualité, Reinaldo Marcus Green s’attarde sur les destins croisés de trois hommes : un jeune père de famille qui a filmé le décès de son ami Big D alors qu’il se faisait arrêter par des policiers, un policier afro-américain qui travaille avec celui soupçonné d’avoir assassiné Big D et un adolescent en passe de signer dans une équipe de baseball. Chacun d’entre eux sont touchés de manière directe ou non par cette tragédie alors que deux choix s’offrent à eux : se taire pour survivre ou élever la voix pour réparer cette injustice.

Le film s’ouvre sur ce qui pourrait apparaître comme une routine : Dennis Williams se fait arrêter au volant de sa voiture pour un contrôle des papiers. Il est noir, le policier est blanc. Sauf que le bonhomme est de la maison, peu importe Dennis en est à son sixième contrôle routier alors que nous sommes en juin. Combien de fois s’est fait contrôler sa co-équipière ? Aucune. 

Dans la soirée, Many est témoin de l’arrestation musclée de son ami Darius Larson aka Big D. Seul contre six policiers, Many filme toute la scène alors qu’un coup de feu retentit. Témoin d’une bavure policière, ce dernier met en ligne la vidéo. Un vent de protestation naît alors que Many se fait arrêter et que le jeune Zyrich prend conscience de l’ampleur du problème et qu’il se décide à s’engager aux côtés d’une amie qui prépare une manifestation. À travers ces trois destins d’afro-américains, le réalisateur pointe du doigt une société où l’afro-américain n’est toujours pas l’égal de l’Américain caucasien que ce soit dans le monde civil qu’au sein d’instances plus importantes et où les violences policières contre les jeunes noir·e·s. En 2017, 23% des personnes tuées par des agents de police étaient noires alors qu’elles ne représentent que 6% de la population. Une disproportion qui semble encore plus d’actualité sous le gouvernement Trump. 

Alors qu’il est actuellement à l’affiche du formidable « BlacKkKlansman », John David Washington nous prouve une nouvelle fois son engagement en incarnant ce policier tiraillé entre son statut moral envers ses co-équipiers alors qu’un des policiers est soumis à une enquête fédérale et ses propres convictions en tant qu’afro-américain. Un rôle aussi profond que complexe qui aurait pu être l’arc principal du film mais qui se perd finalement avec les deux autres personnages principaux dans un film qui manque terriblement de cohérence et de liant alors qu’il avait clairement tout pour être un véritable film coup de poing. Gagnant en intensité de temps à autre notamment dans cette formidable scène de la manifestation qui a réussit à nous hérisser le poil, le film en perd tout aussi rapidement lorsque les scènes s’enchaînent sans fil rouge jusqu’à sa fin qui – pour le coup – nous laisse véritablement sur notre faim. Il n’empêche que les prestations d’Anthony Ramos – qu’on retrouvera prochainement dans « A Star is born » et « Godzilla : King of the monsters » – et de Kelvin Harrison Jr – aperçu dans « It Comes at night » sont à saluer tant par leur prestation impeccable que par les tripes qu’ils ont mis.

« Monsters and men » avait tout du film qu’on attendait tous au vu de la bande-annonce prêt à dénoncer les abus policiers envers les afro-américains mais le film souffre d’un sérieux manque de rythme et de cohérence malgré des personnages intéressants – mais absolument sous-exploités – alors qu’on a plus que jamais besoin d’entendre leurs voix. Reinaldo Marcus Green nous offre un film extrêmement sincère et engagé et rien que pour ça on peut l’en remercier. 

Monsters and men de Reinaldo Marcus Green. Avec John David Washgton, Anthony Ramos, Kelvin Harrison Jr… 1h35
Sortie prochaine

[DEAUVILLE 2018] Ophelia : Être ou ne pas être libre, telle est la question

À une époque où la femme prend de plus en plus d’importance dans la société et essaye de s’extirper des griffes du patriarcat, cela fait du bien de voir une jeune réalisatrice ambitieuse – et accessoirement citée par Variety parmi les dix réalisat·eur·rice·s à suivre cette année – reprendre l’une des plus célèbres figures de l’oeuvre de Shakespeare : Ophelia, fille de Polonius et soeur de Laërte, tombant follement amoureuse d’Hamlet avant de sombrer dans la folie et de se donner la mort alors qu’Hamlet a assassiné son père. À bas le règne des hommes, Ophelia est bien plus moderne et devient une femme indépendante sous la caméra de Claire McCarthy. 

Fille de roturier, Ophelia devient la dame d’honneur de confiance de la reine Gertrude après un drôle de concours de circonstance. Largement détestée par les autres dames de compagnie de la reine, la beauté d’Ophelia n’a d’égal que sa douceur et son intelligence. De quoi attirer les regards et notamment celui du prince Hamlet fraîchement revenu au Royaume. Une relation secrète naît entre eux alors que le Royaume est en danger et que la jeune femme est tiraillée entre préserver cet amour ou protéger sa propre vie. 

La musique médiévale, les décors verdoyants à perte de vue, la princesse vêtue de blanc, tous les éléments sont présents pour faire de « Ophelia » un film grandiose à la dimension épique avec en son épicentre la déesse Daisy Ridley qui irradie de beauté mais pas que. Parce que dès les premières minutes du film sa voix nous explique bien que cette histoire n’est pas la sienne. Ophelia ne sera pas la victime de cette histoire. Aussi intelligente que extravertie, la jeune femme rentre rapidement dans les bonnes grâces de la reine Gertrude et tombe sous le charme de son fils Hamlet. À ce moment-là le film glisse vers la romance historique très convenue et bourrée de clichés avant de se rattraper dans sa dernière partie où la réalisatrice renverse les codes et va là où on ne l’attendait pas forcément.

Mélange des genres et des contes – un soupçon de Cendrillon, de Roméo & Juliette, de Petit Chaperon Rouge… -, « Ophelia » peut se targuer d’être une revisite moderne de la pièce de Shakespeare avec notamment son dernier quart d’heure absolument épique et prenant, venant confirmer une nouvelle fois le talent de Daisy Ridley ainsi que le fait que Claire McCarthy est indubitablement une réalisatrice à suivre ces prochaines années si ses futurs long-métrages sont du même acabit que celui-ci. 

Ophelia de Claire McCarthy. Avec Daisy Ridley, Tom Felton, Naomi Watts… 1h46