La débauche est aussi l’ennemi de la religion. Ou plutôt un moyen d’en sortir par la Porte du Paradis de l’humour. Les « mauvais » films s’y attaquent comme des frelons asiatiques sur une jambe humaine. Mon curé chez les nudistes et Mon curé chez les Thaïlandaises, deux grandes comédies d’un ancien temps, font autant de prouts qu’elles respirent. Les bons vieux curés missionnés pour être confrontés au péché du corps nu, à la perversité des naturistes censé·es se rhabiller pour respecter leur créateur. Est-ce que l’adepte de la religion flanchera ? Côtoiera le diable ? Se laissera glisser dans les vices humains ? Un questionnement moral sur l’Église, sur la relation stable et sincère avec le Tout-puissant… Le curé voyage, qu’il parte dans le sud ou en Thaïlande parisienne, dans un bistrot asiatique à quelques pas de Barbès. C’est une quête émancipatrice, faite de rencontres, de choix cornéliens, de découvertes du quotidien. Le curé est drôle, il sait faire la fête, se détendre, rire de grivoiseries et s’acclimater aux autres. Mais pourquoi montrer ça ? Non, l’amour de Dieu est inébranlable car c’est sous les cloches que le curé demeure. Il résiste face à cette société qui s’ouvre sur ses mœurs et qui compte pervertir chacun·e de ses ouailles, même les plus pieuses. Les plus jeunes d’entre nous n’ont pas vocation à constater que leur curé du village est peut-être réellement au fond de lui le versant biblique de Patrick Sébastien.

Guide de la bonne philosophie après trois tournées au comptoir
Si on parle d’existence, de théories qui rebattent les cartes de la place de l’humain·e comme le/la roi/reine des animaux, la philosophie tient son rôle de grande reine. Gilles Deleuze disait « La philosophie est la discipline qui consiste à créer des concepts ». Que faire de Descartes, Freud, Platon, Kant, Rousseau… ces figures ne sont qu’une trace d’un ancien monde qui ne correspond plus aux idées du présent. La philosophie se doit de créer, dialoguer avec son public pour lui dévoiler des vérités qu’il ne voudrait entendre. Si elle est la discipline du concept, Eaux Sauvages (1979) est son porte étendard. Deux lignes de synopsis « Une bande de citadin·es partis faire du rafting au Grand Canyon se retrouve poursuivie par un psychopathe ». Deux lignes qui renferment pourtant toute la sève du mouvement hippie des années 70 dans ses plus grands excès. Voici le slasher-survival hippie qui se pose comme un pionnier du genre. Le penchant intello-éducatif du Delivrance de John Boorman. Le slasher qui détourne déjà ses codes pour simplement tuer son/sa spectateur·ice avant ses personnages. Car Eaux Sauvages est un objet unique qui dérive chaque phrase en débat, chaque discussion en explication interminable, chaque petit bruit en leçons de vie. Une grammaire visuelle qui écrit aussi bien qu’elle réussit son doublage. C’est un film d’apprentissage, d’une société qui mute, un uppercut au nez des puissant·es pour une écologie protégée. Il ne faut pas faire caca derrière des buissons, car l’effet fertilisant serait si puissant qu’il dérèglerait le cycle total de la nature. Alors, il faut faire caca sous une tente.

La vie en communauté pendant près d’1h30 sur le bavardage, la cuisine, la descente en rafting dans un cours d’eau… rien ne se passe mais le moment devient une expérience inédite. On se demande si Messmer n’a pas hypnotisé un cerveau à distance avant qu’autour d’un saladier et d’un taboulé délicieusement préparé, une discussion jongle de la finance jusqu’à l’explication de « Qu’est-ce que le karma ? » en combinant un chien, la police, une enquête et une arrestation dans notre propre maison. Mais le mouvement Hippie, sa quête utopique d’idéal, de rejet de la réussite professionnelle, de contestation du consumérisme et d’envie de liberté, se trouve mis à mal par ce retour à la nature. Le meurtre en milieu forestier qui condamne une petite communauté composée d’hommes et de femmes qui ne se connaissent pas. Parmi elleux, il y a des péchés qui se trainent. Des actions en bourse, un obèse guidé par la consommation à outrance, un rejet des étrangers, une misogynie ambiante, un manque de cohésion de groupe et des incompréhensions d’états d’esprits. Eaux Sauvages constate que le/la hippie a peur de l’autre, d’un·e noir·e qu’iel appelle « le/la noir·e » sans prénom. Par la satire et ses personnages qui ne se comprennent pas, le film se pose comme la réponse de son époque, cette génération Hippie qui n’arrive finalement qu’à trouver très peu de finalité aux discussions confuses, à imposer des idées et convictions partagées par tou·tes. Car derrière le physique et la carapace humaine, l’âme se veut parfois loin de ce qu’on imaginait. En 1979, c’est la fin d’une ère, d’un monde rêvé qui s’écroule devant une nature qui tue à deux pas d’une tente à caca. Bouleversant, à condition d’actionner la VF pour une immersion radicale.
La philosophie est un acte qui pousse à sa réflexion intérieure pour extirper les démon·es qui rendent la vie difficile. Se remettre en question est un moyen pour un·e auteur·ice de repartir de l’avant, de livrer ses émotions, de se décharger d’un poids qui lui pèse sur l’esprit et l’empêche d’avancer. Nos intellectuel·les français·es sont des hommes et femmes comme les autres, et non des demi-dieux/déesses qui irriguent la nature pour la rendre verdoyante de leurs témoignages et connaissances. À force de trop réfléchir sur diverses choses de la vie, iels en viennent à vouloir extérioriser leurs pensées les plus profondes sans prévenir à l’avance des répercussions. Mais même là, l’incompréhension subsiste parfois. Prenons un exemple précis : Le jour et la nuit (1997) de Bernard-Henri Lévy. Facile de se moquer de ce qui est considéré par toute une frange de la population comme un des pires navets de l’histoire du cinéma.

« Le plus mauvais film français depuis 1945 » – Les Cahiers du cinéma
« BHL pédale dans le guacamole » – Libération
« C’est comme si un mauvais génie avait poussé BHL à justifier l’hypothèse de l’imposture. S’il ne cesse de clamer que le cinéma lui offre une nouvelle vie, artistiquement pourtant son film est un suicide. » – Les Inrockuptibles
Malgré les critiques assassines, BHL croit à son projet lorsqu’il déclare sur le plateau de Bouillon de culture : « Si je regrette une chose, c’est d’avoir été un peu mégalo… J’ai fait trop grand, trop fort, trop beau, trop tout… l’erreur est probablement là ». Oui, BHL est un homme qui a entièrement confiance en ce qu’il fait, c’est là toute la beauté du geste. Croire que son œuvre est tellement en avance sur son temps qu’elle fait reculer toutes les pensées voisines. Si le public à mal reçu un film, c’est qu’il n’a pas les codes, l’intelligence d’en comprendre la portée. Pourtant, Le jour et la nuit à tout d’un scénario qui passionne la populace, du/de la plus petit·e au/à la plus grand·e, du/de la plus amoureux·se du cinéma français à celuiel qui exècre la pétillance du Café de Flore. Un écrivain vieillissant, retranché au fin fond du Mexique, qui trompe l’ennui par la boxe, l’alcool, les femmes, et sa Montgolfière… Jusqu’au jour où un producteur veut racheter les droits de son premier roman pour en faire un film et proposer une sublime créature comme actrice. La tentation est alors palpitante. Il n’y a qu’à froncer un sourcil pour comprendre qu’il s’agit d’un rêve d’une vie, le fantasme d’une fin de carrière. Quoi de plus stimulant pour BHL que de se déguiser en monstre de la culture française et de mettre en scène Alain Delon sur les côtes mexicaines, regardant des femmes nues défiler sous ses yeux, buvant à n’en plus soif et prenant de la hauteur sur les petites gens du bas dans sa Montgolfière gonflée par sa modestie. Le jour et la nuit n’est rien d’autre que la belle France qui s’exporte, la France qui baise, qui aime la chair, qui aime profiter après avoir tant donné pour son pays. Par des analyses fines, poussées, et essentielles au bon fonctionnement des institutions, il est maintenant temps de se reposer pour ses penseurs. Une œuvre sur la création, cette incapacité à trouver quoi dire lorsqu’on en a plus l’envie, quoi faire, mais à quand même avoir un avis à partager sur la politique, la morale, ce qu’est le monde. Il suffit d’une femme sensuelle qui débarque dans la vie d’un vieil écrivain pour que tout reparte. L’attaque frontale contre un monde qui perd ses plaisirs simples, de gens qui ne saisissent pas qu’on puisse épouser la liberté, le droit de tromper, d’avoir des amant·es, de mettre des fessées comme on pétrirait un pain de campagne, de faire l’amour à chaque instant. Un peu d’échappatoire dans ce microcosme qui subit la dureté de ne plus savoir quoi « créer » et qui pratique « l’école de la vie » comme doctrine.
Eaux sauvages, de Paul Kiener. Écrit par Kipp Boden. Avec Gill Van Wagoner, Ron Berger, Bridget Anew…1h39
Le jour et la nuit, de Bernard-Henri Lévy. Écrit par Jean-Paul Enthoven et Bernard-Henri Lévy. Avec Alain Delon, Arielle Dombasle, Lauren Bacall…1h50
[…] s’offrir autre chose qu’un culte à lui-même. En France, ça s’appelle faire une BHL, mais visiblement on ne voit pas le rapport parce que couillon vantard-là fait mumuse dans les […]