[FOCUS] Mauvais films : et si on en oubliait un message important ? (partie 3)

Métissage cuculturel

Mais que va-t-on laisser à nos générations futures ? Imaginez un seul instant un monde qui s’écroule, des œuvres culturelles qui se consument à quelques 451 degrés Fahrenheit. Plus d’originales, mais désormais que des adaptations. Un·e jeune enfant qui souhaite découvrir l’aventure, ne saura peut-être même plus que Les Trois mousquetaires était un roman de cape et d’épées d’Alexandre Dumas, mais un film de Paul WS. Anderson – ou, plus récemment, une bousasse de Martin Bourre-boulon -. Iel pensera que Milady s’appelle Jovovich, muse de son auteur. Iel dira « Papa, maman, pourquoi aujourd’hui il n’y a plus de bateaux qui volent dans le ciel et qui se tirent dessus alors qu’à l’époque c’était monnaie courante ? ». « Eh bien mon fils, ce sont les Américain·es, iels inventent des choses qui n’existent pas ». La force de l’Oncle Sam, son impérialisme pour agripper la culture française, s’essuyer les pieds sur le paillasson « Paris, i love you » et pondre un mélange difforme sous le sigle « divertissement ».

© UGC Distribution

Pour en mettre plein la vue, Anderson tripatouille tout ce qu’il peut, imagine ses héro·ïnes entraîné·es en gymnastique olympique capables de se battre en sautant dans tous les sens, décimant une flopée d’adversaires à la seule pointe d’une épée. Costumes fluos, chevelures laquées comme dans un faux bal costumé d’une émission Secrets d’histoire. Une modernisation de l’époque qui passe par des complots en tout genre, des combats dans le ciel et un effet fashion, comme des gravures de modes ravies de montrer ce qu’est le « charme français ». Les Trois Mousquetaires ressemble à un Palais Vivienne de Chalençon. Beaucoup trop pour être vrai mais très drôle car hors-sol. Anderson prend comme prétexte le livre de Dumas pour laisser jacqueter sa fantaisie et son cri du cœur, engager une farce sur la culture française qui manque de poigne et d’explosions. « Vous et vos costumes, vous et vos chapeaux, vous et votre terroir, vous et votre style d’époque, voilà ce que j’en fais ». Une étude visuelle d’un metteur en scène qui pense réaliser un grand film d’aventure, après avoir bouquiné tranquillement au coin du feu sous drogues dures. 

D’Artagnan et sa compagnie semblent avoir du mal à se faire bien voir aux yeux du cinéma. Peter Hyams avait pourtant tout essayé pour rendre ses lettres de noblesse au roman de Dumas. Jusqu’à engager Catherine Deneuve en merveilleuse reine et Jean-Pierre Castaldi. Mais son d’Artagnan (2001) a fait un flop, incompris dans son intention de transformer la mythologie et la littérature française en guerre du Far-West. Hyams rêverait de créer un western mixé aux influences du Wu xia pian. En ayant entendu « cape et épées » il ne peut s’empêcher de mettre à l’écran un étrange combat sur échelles comme un plagiat parodique de Tsui Hark et son Il était une fois en Chine.

© UGC Distribution

C’est toute cette volonté de métissage culturel qui fait parfois défaut. Il n’y a qu’à voir Samouraïs de Giordano Genderlini, à la fois comédie française et film de kickboxing. Personne n’a pu apercevoir la déclaration d’amour lancée envers la mixité des peuples, des cultures, du sens du spectacle. Une main tendue, un high kick reçu en retour. Malheureusement, c’est peut-être le mauvais film au mauvais moment. Le public n’était pas prêt à voir ses banlieues aux prises avec des Japonais vénères. Le film est un gros bras d’honneur à celleux qui ne pensaient pas capable les français·es de venir jouer dans la cour des grands de l’action, de la chorégraphie au millimètre, des pieds en l’air et des grands écarts sans échauffements. Quel est le résultat entre la bouffonnerie, les blagues potaches, le mauvais goût et les arts-martiaux ? Un objet improbable et hallucinant, comme une sortie de route qu’on ne pourrait plus faire aujourd’hui. Il y a Omar Sy à l’intérieur, il a certainement oublié sa présence. Il y a Giordano Genderlini à la réalisation, scénariste des années plus tard des Misérables de Ladj Ly. 

© Thibault Grabherr

Une enfance maltraitée

Des hommes, des femmes, des acteurs, des actrices, des cinéastes… On en oublie l’essentiel. Là où tout commence, où les informations sont enregistrées pour parfaire notre éducation. Les enfants font partie intégrante du mauvais film et il est terrible de croire qu’iels sont simplement utilisé·es comme des robots. Le cinéma peut les aider à se sentir moins manipulé·es par les autres, moins manipulé·es par la société qui leur veut du mal. Car avec ce petit côté naïf, l’enfant n’a pas le juste regard sur les choses. À commencer par le Père Noël.

On dit qu’il faut laisser à son enfant la liberté de croire au Père Noël. Qu’avant un certain âge il n’y a pas intérêt à révéler que c’est en fait Papy qui crève de chaud sous la combinaison, que maman transpire à grosses gouttes quand elle reçoit la liste de cadeaux et que le/la banquier·e va sûrement appeler en disant « ce n’est pas TOUT le reste avec Mastercard ». Le rêve de croire, l’enfant y a droit. Mais en fait, est-ce que Papa Noël en a quelque chose à faire des bambins ? Est-ce qu’il ne se vend pas au plus offrant ? Le Père Noël contre les Martiens en 1964 tente de faire croire que Santa Claus a été enlevé par des hommes difficilement identifiables comme venant de l’espace. Alors qu’il est tranquillement dans une soucoupe volante en train de distribuer son amour, ses jouets et son tract consumériste à d’autres peuples. Alliénés par la télévision, fascinés par ce gros bonhomme rouge, les martiens se saisissent de la culture mondiale qui a parcouru toutes nos années, de la magie hivernale et en viennent à dépouiller toute une population. Sous couvert d’un conte de Noël enfantin, Le Père Noël contre les Martiens est en fait une violente critique envers un folklore qui ne signe même pas un contrat d’exclusivité avec ses principaux consommateurs. Tout se vend, se monnaye, l’industrie du cinéma est prête à tout pour utiliser ses plus célèbres figures comme outil de crossover et d’univers étendus. Même depuis 1964. Le « mauvais film » peut parfois venir toucher en plein cœur, faire remonter de vieux souvenirs, et se dire que Papa Noël derrière le sourire béat quand il te donnait une boîte de jeux, il avait finalement la belle tête de l’hypocrite. 

Les trois mousquetaires, de Paul W.S Anderson. Écrit par Andrew Davies et Paul W.S Anderson. Avec Milla Jovovich, Orlando Bloom, Juno Temple… 1h50
Sorti le 12 octobre 2011

Samouraïs, de Giordano Gederlini. Écrit par Matt Alexander et Giordani Gederlini. Avec Cyril Mourali, Omar Sy, Yasuaki Kurata… 1h30
Sorti le 19 juin 2002

Le Père Noël contre les martiens, de Nicholas Webster. Écrit par Paul L. Jacobson et Glenville Mareth. Avec John Call, Leonard Hicks, Vincent Beck… 1h21

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