Leïla et ses frères : le cinéma iranien, à pas de géants

Révélé en 2021 dans l’hexagone par la Loi de Téhéran (sorti en 2019 en Iran), Saeed Roustaee s’est vite vu associer la carte de jeune prodige du cinéma iranien. Alliant virtuosité formelle des grands Friedkin et polars américains, avec la richesse et la rage d’un état des lieux social d’un pays qui bouillonne. Un an plus tard, Leïla et ses frères présenté en compétition officielle du Festival de Cannes 2022, passe la vitesse supérieure et s’élève comme une chronique familiale qui ne laisse aucun doute. La tragédie crée les plus belles œuvres.

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Cogan – killing them softly : l’Amérique qui pleure ses mythes

Un accueil glacial à Cannes en 2012, et peu d’entrées au box office auront fait de Cogan – killing them Softly un film oublié ou tout simplement ignoré. Pourtant, alors qu’Andrew Dominik signe son retour 10 ans plus tard avec son projet de longue date, Blonde, sur Marylin Monroe, il est important de revenir sur ce qui est un des joyaux du cinéma américain de la décennie passée. 

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Decision to leave : le PCW nouveau reste à quai

Un mois et quelques jours d’écarts séparent la sortie de deux films qui sur le papier sont en opposition totale, mais reflètent au fond d’eux la somme des obsessions de leur auteur. Decision to leave de Park Chan-Wook, prix de la mise en scène à Cannes 2022 d’un côté et Crimes of the future de David Cronenberg de l’autre. L’idée même d’un retour à la source de ce qui caractérise leur art, ce qui a fait leur succès et porte la marque d’un questionnement sur la pérennité d’un cinéma ambitieux et enclin à encore raconter des choses.

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Kimi : troubles post confinement

Sans faire le moindre petit bruit de pas, Steven Soderbergh continue ses expérimentations film après film, loin des salles obscures. Kimi, 3e volet du contrat passé entre le cinéaste et la plateforme HBO Max arrive sur nos écrans en VOD. Encore une fois, la fausse simplicité cache un exercice de styles saisissant, qui s’inscrit dans la lignée d’une carrière toujours empreinte à surprendre en gardant la fluidité, l’expérience et la maîtrise de son auteur.

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Massacre à la tronçonneuse : élagage du surplus humain

Attendu sans doute pour de mauvaises raisons face aux résultats et tentatives précédentes, ce Massacre à la tronçonneuse dernier cru arrive pourtant sur Netflix et est prêt a en découdre avec de jeunes influenceur·ses benêt·es. Pour le meilleur d’un plateau de viandes à la cuisson saignante par le boucher Leatherface, et pour le pire d’une bêtise d’un propos qui n’en a rien à faire de son époque. 

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Matrix Resurrections : à la Source, le constat de son époque

Que dire. Oui, à l’écriture de ces lignes sans doute qu’une myriade d’articles, de vidéos de youtubeur·ses gavés au pop-corn de l‘Entertainment et autres avis tranchés pour t’expliquer pourquoi c’est un grand film ou une sombre purge, ont déjà vu le jour. Comment raconter autre chose que ce qui est déjà signifié et martelé ? Que dire de plus ? Pas grand chose de nouveau, sûrement. Pas grand chose qui viendra se placer au-dessus de la mêlée et se sentir plus intelligent·e qu’un·e autre parce qu’on pense avoir tout compris d’un film et que notre vision est de toute façon celle à adopter. Non, l’intérêt c’est de confronter ses idées, de débattre, d’être passionné·e par ce que dit une personne et de revoir un film avec une lecture différente. Il faut juste apporter un témoignage, une réflexion qui remue de l’intérieur, parcourt les tripes, fait frissonner le corps à la sortie d’une séance et procure l’émotion qu’on attend, un moment de cinéma ravageur. 

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Saludos, hombre : Una fragancia de revolución

Avec ses deux premiers westerns, Sollima monte une tension crescendo jusqu’à un Dernier Face à face des plus ravageurs et techniquement impressionnant. Son cinéma à la fois coulant dans la veine italienne de l’époque, politique jusqu’au bout des doigts a tout pour marquer dès le premier visionnage. Œuvres plus complexes que la simple idée du western italien classique, ses films sont la marque d’une part d’auteur·ices engagé·es, qui rehaussent un genre en perdition, pour bâtir une vision propre des affrontements de l’Ouest qui font écho à une situation de l’Europe des années 60. Saludos, hombre, troisième film de ce tryptique de Sollima, vient conclure l’arc du cinéaste dans le genre avec moins de virtuosité mais toujours autant de dynamisme. 

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Colorado : spaghetti sauce Sollima

Cuchillo Sanchez, jeune « péon » mexicain est accusé à tort du viol et du meurtre d’une fillette de 13 ans. Jonathan Corbett, vieux cowboy candidat aux élections sénatoriales et chasseurs de primes au tableau de victimes bien garni, est réquisitionné pour pourchasser le pauvre innocent. Le fugitif et le chasseur surnommé « Colorado », ne tarde pas à se retrouver. Sous ses airs d’énième western spaghetti à la trame et à la profondeur éculée, Colorado de son titre original La resa dei conti (comprendre règlements de comptes) est une œuvre bien plus grande et complexe.

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Le Dernier Face à face : autopsie de la nature humaine

Facia a Facia, visage contre visage, l’opposé qui se regarde, se fait face, apprend de l’autre, la conscience qui évolue. Colorado sorti quelques mois plus tôt en 1966, ouvrait une réflexion sur la lutte des classes, la violence et l’emprise commises par les dominants sur le petit peuple, la figure du cow-boy face à ses décisions, ses intentions. Le bien et le mal déconstruit, avec une frontière qui n’est pas établie sur qui est le symbole de la justice, de la liberté, et l’autre voué à ne rester qu’une poussière dans une étendue désertique. Dans sa trilogie du western-politique, Sollima trouve un point d’incandescence avec Le Dernier Face à face.

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Les Éternels : décollage manqué

Antoine de Saint-Exupéry a dit : « les vrais miracles font peu de bruit ». Avec tout cet orchestre braillard qui ne cesse d’hurler à l’œuvre novatrice, à la claque esthétique, le miracle signale trop sa présence pour être crédible, avant même de découvrir son contenu. Il y avait pourtant une idée avec Les Éternels, quelque chose qui pouvait sembler différent. Un récit cosmique, fait de demi-dieux/déesses qui prônent le gigantisme, les astres, une bataille beaucoup trop grande pour qu’un simple être humain y participe. Enfin, les aéroports et autres entrepôts de pays de l’Est sont délaissés pour un peu de composition. Au bout de 2h37, la déception est encore là. Mais pourquoi parler de déception chez Marvel, alors que la même soupe passe toujours mal à la digestion ? C’est le mystère d’une industrie qui te laisse croire. Le résultat est là, Les Éternels n’est pas la révolution d’un univers qui en a marre de raconter constamment la même chose, ni la singularité qui souffle un vent de fraîcheur. Un courant d’air anodin qui se dissipe en quelques instants. 

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Tout s’est bien passé : Mortelle platitude

Versatile dans ses choix et dans le déroulé de sa carrière, François Ozon surgit pour prendre toujours au dépourvu. Une sorte de Soderbergh français dans sa manière de moduler ses genres avec une certaine aisance. Du très bon, du passable et du tristement loupé pour un rythme de croisière de quasiment une œuvre par an. En étant aussi prolifique, difficile d’être constant dans la qualité. Pourtant, après un éblouissant Grâce à Dieu, et l’estivalier premier amour Été 85, Tout s’est bien passé arrive pour être le résultat d’un tiercé gagnant. Il n’en est rien face à une pâle fiction sans intérêt et platement filmée. 

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Shang-Chi et la Légende des Dix Anneaux : made in Feige

Nouvelle phase lancée, du nouveau beau monde qui pointe le bout de son nez. Après avoir achevé les aventures de Black Widow, personnage le plus intéressant et complexe de l’univers Marvellien, dont iels ne savaient quoi faire mis à part jouer la caution féminine, Kevin Feige et ses sbires s’attachent à trouver un héros de demain. C’est du côté asiatique et sa mythologie singulière, que Shang-Chi déambule, telle une histoire qui se répète sans cesse et un cinéma qui n’est que marketing vomitif. 

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L’Origine du Monde : panne de cœur et mal de mère

Dans la grande classe de la comédie française je voudrais l’élève turbulent. Oui, vous savez celui qui est au fond tout proche du radiateur. Il ne veut pas faire comme les autres, et au lieu de dessiner les belles lettres du conformisme avec son stylo plume et suivre la masse, il préfère piquer virulemment sa feuille grand carreaux avec le bic pour froisser le travail académique. Quitte à se faire remarquer, il ira jusqu’à mâchouiller le plastique pour jeter de l’encre sur ses camarades. Il ose tout l’élève turbulent, et ce n’est pas Laurent Lafitte avec son Origine du Monde qui dira le contredire.

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BAC Nord : Marseille, jungle hostile

Il y a de ces films dont la sortie n’est pas celle qui va couler des jours heureux. De par leurs sujets, leur traitement, la manière de comprendre et appréhender les choses, les mettre en forme, ils sont remuants, divisent, énervent, offrent des débats enflammés et passionnés. BAC Nord n’est clairement pas une réussite de tous les niveaux, mais est un exemple intéressant des dysfonctionnements qui surgissent dans le traitement douteux d’un fait divers et des visions de la société, qui salissent une forme pourtant ambitieuse et pleine de promesse. 

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Spirale, l’héritage de Saw : on en prend d’autres et on recommence

Le torture porn, sous-genre de l’horreur qui trouve son point culminant dans les années 2000 est un objet bien étrange. Le goût pour le malaise, les cris, le plaisir de la souffrance, du sang, de laisser un faux espoir de liberté à une victime à l’agonie. La saga Saw, à la renommée mondiale auprès du public, en est la vitrine principale. Depuis 2005, elle aura utilisé tous les pièges possibles et imaginables pour martyriser un paquet d’acteur·ice·s de DTV, et liquéfier des esprits devant l’écran. Une qualité douteuse, qui tombe de plus en plus bas au fil des épisodes et patauge dans la crétinerie impériale. Après une tentative de prequel-reboot-mongoloïde avec Jigsaw, Spirale est présenté comme un spin-off, qui vient tenter de remettre un coup de projecteur sur un univers éteint. Un renouveau ou une continuité bien tâche ? 

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