The Dead Don’t Die : les morts-vivants sont endormis

Le réalisateur américain Jim Jarmush est de retour avec son dernier film : The Dead Don’t Die. Une relecture du mythe du zombie portée par un casting quatre étoiles : Bill Murray, Tilda Swinton, Adam Driver, Chloë Sevigny, Steve Buscemi, Danny Glover, Caleb Landry Jones, Iggy Pop, Selena Gomez et RZA. Présenté en ouverture du Festival de Cannes, et en compétition pour la Palme, The Dead Don’t Die a reçu un accueil plutôt froid. Critique.

Lire la suite de « The Dead Don’t Die : les morts-vivants sont endormis »

Suspiria : Reprise aussi passionnée que passionnante

Avant même que le film n’ai le droit à une quelconque bande-annonce ou teaser, le projet « Suspiria » de Luca Guadagnino soulevait bien des interrogations et des frayeurs. Celui qui a attiré tous les regards en début d’année avec son fabuleux « Call me by your name » revient en cette fin d’année « Suspiria » du même nom que celui de 1977 réalisé par Dario Argento et qui s’est rapidement hissé au rang d’incontournable pour les cinéphiles les plus aguerris. De quoi effrayer encore plus les fidèles amoureux de la version d’Argento. Pour sa version 2018, Luca Guadagnino reprend les mêmes ingrédients (même histoire) pour réussir à y insuffler sa patte. Radicalement différent.

Et si le secret était que Luca Guadagnino était fan du « Suspiria » de Dario Argento ? Loin de vouloir simplement surfer sur le nom de ce chef-d’oeuvre, le réalisateur italien qui a découvert le film lorsqu’il avait 6 ans nous en offre sa propre vision. Certains éléments restent les mêmes : Susie Bannion, jeune danseuse américaine débarque à Berlin en espérant intégrer la prestigieuse compagnie de danse Helena Markos alors que de mystérieux évènements ont lieu au coeur de cette école où s’entremêlent intimement danse et sorcellerie. 

Ce qui démarquait le « Suspiria » de Dario Argento – et qui nous frappe encore aujourd’hui au visionnage du film – est sa sur-esthétisation avec ses saturations de couleurs et notamment de rouge ainsi que sa bande-son stridente qui nous pétrifiait dès les premières secondes. Guadagnino dit adieu à tout ça en y imposant sa patte assez semblable à « Call me by your name » avec des couleurs beaucoup plus douces voir parfois même absolument désaturées pour offrir un cadre beaucoup plus réaliste à Susie Bannion. Beaucoup moins agressif – à prendre dans le bon sens du terme – que son prédécesseur, « Suspiria » s’inscrit beaucoup plus dans un réalisme qui réussit à être tout aussi angoissant de par l’atmosphère distillée doublée par une BO de Thom Yorke (le leader de Radiohead rien que ça) qui, dans un tout autre style, sait parfaitement retranscrire cette angoisse grandissante qui naît en nous au fur et à mesure du film. 

De l’art des corps

Le réalisateur réussit le tour de main de se détacher totalement de l’oeuvre originale en déplaçant déjà son action à Berlin en 1977 alors que la capitale est coupée en deux et qu’elle est en proie aux attentats de la bande à Baader. Dans ce cadre politique déjà oppressant, Luca Guadagnino fait de la danse l’élément central de son film là où Argento n’en avait finalement fait qu’un détail avec quelques scènettes de danse qui n’ont pas d’impact sur l’histoire. L’art des corps est un art que sait exercer avec brio Guadagnino, déjà observé dans « Call me by your name » où la sensualité des corps transperçait l’écran, cette fois il pousse le curseur à l’extrême dans la maltraitance de ses corps à travers la danse allant ainsi jusqu’au démembrement (une longue scène qui frôle largement avec l’insoutenable). Le sacrifice du corps pour arriver au stade de l’art, une philosophie qui s’applique totalement à la danse où les blessures ne se comptent guère plus. Guadagnino sublime cet art qu’est la danse notamment dans la scène de la représentation qui a lieu dans l’école devant le public, un vrai tour de force aussi magnifique que transcendant. 

Cependant Guadagnino n’oublie pas pour autant son prédécesseur en lui rendant hommage dans cette dernière partie de film qui s’apparente beaucoup plus au « Suspiria » d’Argento avec cette effervescence d’esthétisme, de rouge sang et de caméra presque en transe. C’est divin, c’est sublime et le film offre une palette de personnages exquis que ce soit Dakota Johnson (Susie) qui tient là son plus beau et plus profond rôle à ce jour (le magnétisme que dégage cette actrice reste assez dingue malgré le petit incident de parcours « 50 Nuances »), Mia Goth qui n’a besoin que d’un regard pour exprimer ses émotions ou encore Tilda Swinton, fidèle du cinéma de Guadagnino, qui n’a décidément plus rien à prouver. 

Le « Suspiria » version 2018 est un film qui se vit au plus profond des tripes autant qu’il se laisse regarder autant avec délectation qu’horreur. Relecture absolue – ou ‘’reprise’’ comme l’évoquait Tilda Swinton – du chef-d’oeuvre de 1977, Luca Guadagnino ne fait pas mieux que son prédécesseur mais tout aussi bien et honnêtement vu le projet casse-gueule qu’il était à ses débuts, on ne peut que saluer la performance. 

Suspiria de Luca Guadagnino. Avec Dakota Johnson, Mia Goth, Tilda Swinton… 2h32
Sortie le 14 novembre

[CRITIQUE] Doctor Strange : Et si c’était le meilleur Marvel ?

doctorstrange-affiche-4801

Il est 00h33 et il est temps de vous offrir mon avis sur le tout dernier né des Studios Marvel avant que vous n’alliez le voir demain à la première heure. Doctor Strange fait déjà sensation depuis quelques temps mais que vaut-il vraiment ? Et bien croyez-moi, vous ne risquez pas d’être déçu même si le fond reste classique, la forme arrive largement à nous surprendre.

Comme à chaque fois, le petit nouveau de la bande a le droit à sa petite genèse en bonne et due forme. Ici le docteur Stephen Strange, l’un des meilleurs chirurgiens au monde qui se retrouve sans travail du jour au lendemain après un grave accident de voiture. Pour essayer de retrouver ses capacités, il décide de partir du jour au lendemain au Népal à la recherche d’un endroit qui serait susceptible de le guérir.

Un casting mystique

A la tête de cette superproduction le trio gagnant entre un Benedict Cumberbatch fidèle à lui-même, une Tilda Swinton fascinante et un Chiwetel Ejiofor qui arrive à s’imposer entre ces deux mastodontes. D’ailleurs Benedict Cumberbatch a cette faculté d’apporter cette pointe de cynisme et d’arrogance qui est aussi horripilant qu’hilarant, comme quoi le rôle du Doctor Strange lui va comme un gant (ou plutôt une cape dans ce film). Tilda Swinton, reine incontestée des transformations, véritable caméléon du cinéma (à qui je voue un véritable culte soyons honnêtes) n’est peut-être pas le rôle le plus important du film et pourtant sa présence et son charisme en impose dès la seconde où elle débarque à l’écran. Dans tout ce méli-mélo de personnage on y retrouve aussi Rachel McAdams alias Christine, alias l’ex petite-amie de Stephen qui n’apporte pas énormément au film excepté de faire ressortir le côté sentimental du cher docteur.

Et bien évidemment comment faire l’impasse sur Mads Mikkelsen qui se trouve du côté des méchants (pour changer) qui est tout simplement époustouflant dans le rôle du disciple rebelle et qui veut s’emparer des pouvoirs et de la vie éternelle.

Visuellement spectaculaire

Ce qui fait peut-être la force du film est sa manière plutôt habile de jouer constamment entre le tragique, l’action et l’humour sans jamais tomber dans l’excès. Pas de blagues à foison mais une petite remarque acerbe par ici, un petit gag visuel par là et voilà on est littéralement transporté et bien loin de s’ennuyer.

Mais là où Doctor Strange frappe fort, voir très fort c’est sur son visuel qui a de quoi de laisser sur le cul. Spectaculaire, audacieux, si vous pensez avoir tout vu dans la bande-annonce vous êtes très loin du compte. Des décors et des effets spéciaux à couper le souffle  et qui nous offre quelque chose de beau à contempler tout simplement.

Scott Derrickson nous offre avec Doctor Strange ce qui est pour moi le meilleur Marvel entre humour, action à gogo (expression des années 70 bonjour !) et petit bijou visuel, ce nouveau Marvel nous promet un film frais et pop à souhait.

Ma note : ★★★★