Mais qui sont Toupie et Binou ?
Lancée en 2006 sur la chaîne de télévision canadienne Treehouse TV, Toupie et Binou est une série d’animation de 32 épisodes adaptée des livres pour enfants de Dominique Jolin. Elle met en scène Toupie, une souris joviale et constamment optimiste et Binou, son acolyte, un petit chat blanc muet. En France, la série trouve son public à la toute fin des années 2000 sur la chaîne de télévision de feu TiJinou : TiJi. La série est d’ailleurs produite par l’entreprise de création culturelle fondée en 1977, L’équipe Spectra, qui produit entre autres Michel Fugain. Le succès du passage sur grand écran de la souris et du chat a, quant à lui, été placé entre les mains du distributeur Sphere Films, notamment responsable de la distribution sur le territoire canadien de Beau is Afraid (2023), Aftersun (2023), Les Crimes du Futur (2022) ou encore de Julie en 12 chapitres (2021). Ce long-métrage somme est issu de l’évolution de ses personnages à travers plusieurs médias, des livres originaux jusqu’à la série en trois saisons et de la rencontre entre divers acteurs culturels de l’audiovisuel canadien que rien ne semblait destiné à porter ce film sur le devant de la scène.
Mais que font Toupie et Binou ?
Dans Toupie et Binou, le film, nos deux amis se retrouvent au cœur d’une aventure rocambolesque, allongeant leurs courtes histoires habituelles sur une durée d’une heure et demie. Après une incompréhension entre Toupie et le génie qu’ils viennent de rencontrer, interprété par Anne Dorval, le doudou de Binou disparaît. Binou ne pouvant dormir sans celui-ci, et face à l’insatisfaction de Toupie l’empêchant de retourner dans sa lampe magique (un tube à bulles à savon), le génie n’a d’autre choix que d’accompagner les deux acolytes dans la recherche du doudou. Cette aventure les emmène dans de nombreux lieux et les amène à rencontrer divers animaux plus attachants les uns que les autres. De ces nombreux personnages se détachent Jean-Jacques et Jacques-Henri, respectivement interprétés par Stéphane Rousseau et Xavier Dolan, deux jumeaux goélands à la ressemblance plus que douteuse. Spécifiquement créé pour cette adaptation en long-métrage, ce duo de personnage en est le poumon, l’élément comique qui en dicte le rythme. De leurs noms constamment inversés par Toupie à la révélation de l’identité de leur père dont ils sont à la recherche, les deux goélands ne sont jamais le centre de l’action, mais apportent constamment leur pierre à l’édifice.
Mais que valent Toupie et Binou ?
Passé le sourire que provoque chaque apparition de Jean-Jacques et Jacques-Henri, il faut bien avouer que Toupie et Binou, le film manque les multitudes d’occasions qui lui sont offertes de créer un sentiment quel qu’il soit chez le spectateur, et cela dès la présentation de son personnage principal. Toupie est une souris égoïste, dotée d’une énorme confiance en lui combinée à un manque cruel de savoir-faire et persuadé de tout le temps tout savoir sur tout. Autant dire que la séquence prenant place dans sa tête et où sa conscience est représentée par des dizaines d’incarnations de lui-même se coupant mutuellement la parole nous semble on ne peut plus proche de la vision de l’enfer. Nous attendons pendant tout le film le moment où, devant se trouver normalement vers la fin de celui-ci, Toupie sera confronté à une morale et se rendra compte de ses erreurs dues à son comportement exécrable. N’en déplaise à Jean De La Fontaine, mais surtout aux spectateurs ayant dû se farcir 1 h 30 de ses caprices, la morale ne pointe jamais le bout de son nez pour la petite souris et Toupie s’en sorti sans rien avoir appris des erreurs qui l’ont mené à cette aventure. Fort heureusement, Binou existe. En ce petit chat très peu bavard qui fait office d’ange gardien de Toupie, le sortant d’absolument toutes les situations dans lesquelles il s’engouffre, réside la véritable force du duo de protagonistes. Les réalisateurs du film, Dominique Jolin et Raymond Lebrun, semblent l’avoir bien compris, car passé sa première moitié, le film se concentre davantage sur les ressentis de Binou, devant être traduit visuellement et non verbalement, que sur les sottises de Toupie. Le génie devient complice de ce changement de point de vue de la part des cinéastes et, par de simples échanges et regards ou clins d’oeil entre ce dernier et Binou, nous comprenons que c’est désormais le chat qui a les choses en main et non plus la souris. Ainsi, lors de la recherche finale du doudou, le récit abandonne Toupie à ses cascades réalisées en arrière-plan pour se concentrer sur un Binou de plus en plus peiné.
Mais quid des personnages, attardons-nous un instant sur l’univers dans lequel ceux-ci évoluent. Par le biais du GPS du téléphone du génie, les protagonistes traversent de nombreux lieux à l’identité visuelle remarquable : une forêt habitée par de petits êtres adorateurs d’un monstre de pierre, des montagnes russes géantes, jusqu’au monde des objets perdus, étape finale de cette aventure. Tous ces décors aux détails variés témoignent d’un véritable savoir-faire de l’équipe d’animation. Les quinze dernières minutes du film prennent place dans le monde des objets perdus qui, en plus d’être visuellement riche, est également le lieu où les thématiques les plus intéressantes sont abordées ! On y évoque tout particulièrement l’acceptation de la différence et l’inclusivité de toute personne, sujets qui planaient sur le long-métrage depuis ses premières séquences, mais que celui-ci n’avait, jusqu’ici, pas totalement embrassés.
Malgré des dialogues excessivement explicatifs et un protagoniste insupportable, il serait faux de dire que le visionnage de Toupie et Binou, le film est une expérience déplaisante. Par de petits éléments comiques, un travail poussé sur les décors mais surtout grâce à la présence des excellents Jean-Jacques et Jacques-Henri, le film se laisse apprécier et surprend par sa forme éducative de laquelle est absente toute morale. En attendant une possible diffusion du film en France, vous pouvez toujours vous refaire les 32 épisodes de la série disponible gratuitement sur la page YouTube de deux acolytes.
Toupie et Binou, le film de Dominique Jolin et Raymond Lebrun. Avec Marc Labrèche, Anne Dorval, Xavier Dolan… 1h24

