Colette : Trop douce, trop sage, trop anglaise

Nous sommes probablement arrivés à un moment charnière de notre époque où la société – et le cinéma – réclame de plus en plus de films mettant en avant des femmes fortes et indépendantes ( et de ce fait, très souvent opprimées par le patriarcat) comme a pu le faire dernièrement « Une femme d’exception ». Du coup lorsqu’on a vu débarquer dans tout Paris ces affiches XXL arborant le visage angélique de Keira Knightley dans le rôle de la célèbre écrivaine Colette, figure de proue de la littérature française et modèle en tant que femme indépendante et quasiment pionnière dans son genre, on était en droit d’espérer un biopic rendant hommage à la femme et au succès qu’elle a connu après s’être enfin débarrassée du poids (au sens propre comme au sens figuré) de son mari. Force est de constater que la déception est immense tant le film se plante de A à Z.

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Green Book : sur les routes d’un grand film

Peter Farrelly est normalement réputé pour les comédies. C’est l’homme derrière les excellents « Mary à tout Prix » et « Fous d’Irène », ou les bourrins « Dumb & Dumber » et « My Movie Project ». Bref pas le cinéaste le plus subtil d’Hollywood. La surprise fut donc importante lorsque « Green Book » a été annoncé. Un road-movie sensible porté par Viggo Mortensen et Mahershala Ali, franchement on y croyait pas… Et pourtant « Green Book : sur les routes du sud » est une réussite totale. 

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Undercover – Une histoire vraie : Une histoire de famille

Second long-métrage du réalisateur franco-britannique Yann Demange, « White Boy Rick » (traduit « Undercover : Une histoire vraie » de par chez nous, allez savoir) est sorti le 14 septembre 2018 aux États-Unis et le 2 janvier 2019 dans nos contrées (allez savoir aussi). Comme son sous-titre français l’indique, le film est inspiré d’une histoire vraie : celle de Rick Wershe Jr., un jeune adolescent américain alors âgé d’une quinzaine d’années, fils de marchand d’armes à feu, indic un temps pour le FBI et qui, après avoir prospéré pendant quelques années grâce à son activité de dealer, fini emprisonné à vie pour possession de plus de 8 kilos de cocaïne à une époque où 650g étaient suffisants pour garantir la prison à vie.

Film biographique avec, l’on imagine, sa bonne dose de fictionnalisation, « Undercover » nous fait suivre un jeune Rick Wershe durant les années 80, vivant alors dans la banlieue de Detroit à une époque où la ville doit toujours faire face à une crise suite au déclin de son industrie plus tôt dans les 70s. Si ces détails historiques semblent transparaître quelque peu à travers le film (surtout à son début en réalité), ils ne sont malheureusement pas réellement traités au sein de celui-ci, le réalisateur faisant le choix de donner à son œuvre une acception bien moins large, s’attardant ainsi assez peu sur la situation socio-économique de l’époque et peut-être plus sur la situation personnelle du personnage principal. Effectivement, l’on ressent tout au long du film que l’histoire de Rick est moins celle d’un jeune adolescent qui deale pour s’en sortir et se sentir important que celle d’un adolescent qui cherche à substituer à sa famille « bancale » une famille plus « stable ». Son père est un vendeur d’armes à la manque, sa sœur une junkie qui sort avec un homme qui la bat, et ses grand-parents ne semblent pas savoir parler autrement qu’en hurlant… Ainsi l’histoire de Rick devient certes celle d’un jeune blanc qui se fait sa place au sein du milieu criminel représenté comme majoritairement afro-américain de l’époque (d’où viendra son surnom de « White Boy Rick » traduisible grossièrement en « Rick le Blanc ») mais également celle d’un jeune garçon qui va vraisemblablement tenter de stabiliser sa situation familiale, que ce soit en trouvant initialement sa place dans un gang d’afro-américains, ou en pensant plus tard pouvoir stabiliser sa propre famille grâce à sa propre réussite dans le milieu. Autant, dès l’ouverture du film, Rick Wershe et son père nous sont introduits comme clairement antipathiques autant l’on ne peut s’empêcher, au fil du film, de sentir une histoire humaine derrière celle de la criminalité. Le film n’esquive toutefois pas la question de la responsabilité du système et des fédéraux dans l’histoire de Rick et notamment concernant sa chute, puisque c’est pour servir d’indic au FBI qu’il intègre premièrement le milieu criminel de Detroit, ce même FBI qui refusera plus tard de défendre le jeune Rick alors qu’il est condamné à la prison à vie à l’âge de 17 ans.

Sous couvert de relater une histoire vraie, Yann Demange semble au final nous servir une jolie histoire de famille, d’autant plus maîtrisée que le film peut s’appuyer sur une solide photographie et des acteurs principaux inspirés, la dynamique McConaughey-Merritt notamment (incarnant donc les deux personnages principaux, à savoir le père et le fils Wershe) étant particulièrement réussie. Couvrant l’histoire du jeune dealer de ses débuts à sa chute, « Undercover » est un film simili-biographique qui voit se mélanger l’Amérique de la fin des 80s, vendeurs d’armes à la petite semaine, gangster qui réussissent et agents du FBI peu scrupuleux, dépeint un univers dans lequel presque tout les retournements sont soudains, et finit par être un film qui réussit à ne pas être sur une entreprise criminelle mais sur les histoires humaines derrière celle-ci.

Undercover – Une histoire vraie de Yann Demange. Avec Matthew McConaughey, Richie Merritt, Bel Powley… 1h51
Sortie le 2 janvier

The Happy Prince : Wilde un jour…

La carrière de Rupert Everett n’est plus à faire. Grande figure des années 80 et 90, le bonhomme a perdu peu à peu sa place à Hollywood par la suite (à cause de son homosexualité ?) pour s’illustrer du côté du théâtre et du petit écran. En cette fin d’année, l’acteur endosse un nouveau rôle en tant que réalisateur pour « The Happy Prince » qui raconte les dernières années de la vie du célèbre écrivain Oscar Wilde.

Au sommet de son talent et de sa popularité, Oscar Wilde se retrouve du jour au lendemain au plus bas de l’échelle sociale alors qu’il a été condamné à la prison pour son homosexualité. Sans un sou et renié par la société londonienne, Oscar Wilde vit ses dernières années dans l’indifférence la plus totale. Lui reste une poignée d’amis fidèles et une bande de gamins des rues qui le suit partout mais malgré un morale et une santé au plus bas, Oscar Wilde n’a rien perdu de sa splendeur et de son esprit imaginatif.

Personnage important pour Rupert Everett – qu’il a déjà interprété plusieurs fois au théâtre et sur grand écran -, c’est presque naturellement que l’acteur est entré dans ses bottes avec, il va sans dire, une aisance et un naturel incroyable. Absolument habité par la miséricorde de son personnage, Rupert Everett prête à merveille son visage à cet écrivain déchu. Tendre dans sa narration sans jamais cacher les folles moeurs de son personnage, Rupert Everett conte avec brio ces dernières années de sa vie – pour la première fois amenées à l’écran il faut le noter -. Entouré de seconds couteaux de taille dont le formidable Colin Firth, « The Happy Prince » transpire l’admiration qu’a son réalisateur pour ce personnage pour qui la vie fût loin d’être facile et juste avec. 

Véritable portrait sans concession (Wilde et les plaisirs charnels, la drogue ou encore l’absinthe), Everett propose un portrait incroyablement touchant tandis que l’écrivain vit ses derniers instants sans pour autant occulter la folie et la joie de vivre qui le caractérisait ainsi que cette exubérance si caractéristique sur fond de recherche éternelle de l’amour – qu’il ne trouvera finalement jamais -. Bouleversant.

The Happy Prince de Rupert Everett. Avec Rupert Everett, Colin Firth… 1h45
Sortie le 19 décembre

Wildlife, Une Saison Ardente : Ma saison préférée

On connaissait Paul Dano comme acteur, un brillant acteur, mais voilà qu’avec son premier long métrage, « Wildlife : Une Saison Ardente », Dano se révèle être aussi un excellent réalisateur.

Film d’ouverture pour la Semaine de la Critique de Cannes 2018, l’adaptation du roman de Richard Ford, « La saison ardente », par Paul Dano nous raconte l’histoire des Brimson. Jerry le père, Jeanette la mère et Joe leur fils, interprété par la révélation Ed Oxenbould, jeune garçon solitaire et réservé qui devient, malgré-lui, le témoin de l’implosion du mariage de ses parents, brillaments interprétés par Carey Mulligan et Jake Gyllenhaal, dans le Montana des années 60. C’est la déchéance de la représentation typique du parfait cocon familial américain qui nous montre par cette déchirure, comment ce jeune garçon devient peu à peu un adulte.

Avec cette première adaptation, Paul Dano nous prouve qu’il a fait avec brio la transition entre le métier d’acteur et celui de réalisateur, car le film fait preuve autant dans sa mise en scène que dans son écriture, d’une incroyable harmonie et une finesse incomparable. Le travail d’écriture de Zoe Kazan et Paul Dano est frais et remarquable, d’autant plus qu’il est porté par l’interprétation forte et sincère de ses acteurs. Mention spéciale à Carey Mulligan qui une nouvelle fois se démarque et nous livre ainsi avec le rôle de Jeanette Brimson, la meilleure performance de sa carrière. Mais on regrettera tout de même un Jake Gyllenhaal pas assez présent malgré une performance remarquable. Les plans du films, notamment les séquences en extérieur sont à couper le souffle et exaltent une pureté de l’image sans pareil qui vient complètement s’entrechoquer avec la violence -subtile- des événements dans le film. Par la façon dont le film se déroule, on entre aussi l’histoire de cette famille qui se déchire, on vit les émotions, les doutes et on est plongé dans un pathos intense.

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Dano a parfaitement été capable de se détacher du texte pour mettre sa propre vision de l’histoire. Il nous livre alors certaines problématiques importantes indissociable du contexte de l’époque que l’on questionne aussi à mesure que l’on avance dans le film, telle que la place au sein du couple ou au sein d’un foyer, la liberté de la mère mais aussi de la femme ou encore le mariage et ses fondements ainsi que le travail. Tous ces sujets qui à l’époque font la cision entre l’homme et la femme ainsi que leur place dans la société. Mais il met aussi en question la responsabilité parentale, car Joe se retrouve à devoir être son propre parent, ne pouvant vivre comme un garçon de son âge, un garçon de 14 ans. Tout ces points qui sont tout aussi abordables dans notre société actuelle qui au fond n’a pas tant changée que ça.

« Wildlife » est donc bien parti pour faire partie de ces réussites de premiers films d’acteurs devenus réalisateurs, comme « Lady Bird » de Greta Gerwig ou encore « Lost River » de Ryan Gosling, ces films qui émanent avec authenticité une symbolique qui leur est propre et nous laisse en tête a tête avec nos émotions. On sent que Dano a énormément appris de toutes ces années à travailler aux côtés de grands réalisateurs, car il en a retenu le meilleur.

Avec son rythme parfait, ses images saisissantes, sa réalisation juste quoique très statique, Paul Dano fait de « Wildlife : Une Saison Ardente » une expérience prenante jusqu’à la dernière scène qui nous hante encore bien après l’avoir vu, ce qui le place directement comme l’une des meilleurs films de 2018.

Wildlife, Une Saison Ardente de Paul Dano. Avec Carey Mulligan, Ed Oxenboult, Jake Gyllenhaal… 1h45

Sortie en salles le 19 décembre.

Assassination Nation : Privé, vous avez dit privé ?

Est-ce que le concept de vie privé est encore valable en 2018 ? À l’heure où nous passons notre vie le nez collé à notre téléphone portable, où l’on connaît plus les hashtags en tendance que ce qui se passe dans le monde, où l’échange verbal s’est transformé en sms et où paraître est bien plus important qu’être, « Assassination Nation » tombe à pic et est loin de prendre des pincettes. Alors que se passe-t-il lorsque une petite bourgade se retrouve victime d’un hacker et que tous les mails, photos, vidéos et messages se retrouvent en ligne à la portée de tous ? Le véritable visage de notre société se dévoile et franchement c’est pas beau à voir.

Avec une carrière plutôt discrète commencée en 2011 avec le très sympathique (et déjà irrévérencieux) « Another Happy Day », Sam Levinson n’a été aperçu qu’en 2009 en tant qu’acteur dans « Stoic » et scénariste de « The Wizard of lies » l’année dernière avant de revenir en force en cette fin d’année avec son second long-métrage « Assassination Nation ». Rendez-vous dans la ville de Salem – le choix est loin d’être anodin et on le comprendra assez rapidement – où l’on suit les tribulations de Lily et ses meilleurs amies Bex, Em et Sarah alors qu’elles doivent échapper à toute une ville qui ne souhaite qu’une seule chose : leur mort alors qu’ils sont certains que Lily est la hackeuse qui a posté sur le net toutes les informations privées de la ville. Véritable chasse aux sorcières version 2018, « Assassination Nation » reprend les éléments qui avaient conduit à l’exécution d’une vingtaine d’habitants de Salem il y a 326 ans – dénonciation, calomnie, mensonges et violence exacerbées – pour les réintroduire dans un contexte beaucoup plus moderne où la technologie a pris le pas et que le concept de vie privée ne tient plus qu’à un fil. 

Les habitants découvrent que leur maire a de drôles de tendances sexuelles, que leur mari n’est peut-être pas celui pour qui il se fait passer et que la gentille fille qu’ils avaient élevé dans la traduction catholique n’est pas aussi prude que ça…

Mais au-delà de ce petit jeu morbide pour découvrir qui a fait ça et connaître les secrets les mieux gardés de ses voisins, Sam Levinson pose un regard intelligent et soulève de vraies questions dans une société où tout repose sur le paraître et où n’importe quelle photo, vidéo ou parole peut-être mal interprétée. Le proviseur du lycée est-il réellement pédophile parce qu’il a une photo de sa fille nue à six ans alors que certains parents affichent fièrement sur leur cheminée une photo de leur propre fille nue lorsqu’elle était petite ? 

En parallèle de ces réseaux sociaux qui dirige notre quotidien, le réalisateur fait surtout – et avant tout – un portrait de jeunes filles à l’aube d’être des femmes coincées dans un patriarcat encore malheureusement bien présent que ce soit du regard du père ou du petit-ami ou de n’importe quelle force masculine supérieure toujours prête à dicter aux femmes ce qu’elles doivent dire ou penser, encore plus dans une société sur-sexualisée par notamment ces dits réseaux sociaux. Inspiré par les « Subekan », Sam Levinson ne lésine pas sur la violence accrue et l’hémoglobine autant pour choquer que pour faire prendre conscience du monde dans lequel on vit, dans lequel les coups ont remplacé la parole. Véritables héroïnes badass, Lily, Em, Bex et Sarah sont des ambassadrices de choc pour les mouvements #MeToo… avec une furieuse envie de s’en sortir et de se dégager de la vision patriarcale imposée par la société. Elles sont ce qu’elles sont, elles le revendique haut et fort et nous on ne peut qu’applaudir. 

Visuellement, Sam Levinson nous offre un plaidoyer pop, coloré et absolument surexcité, miroir de notre monde actuel et même si le réalisateur veut nous proposer un constat de la société américaine, force est de constater que « Assassination Nation » se fait surtout le miroir d’un monde régit par la force du net, quitte à ce qu’on en perde notre propre capacité de réflexion.

Assassination Nation de Sam Levinson. Avec Odessa Young, Suki Waterhouse, Hari Nef… 1h48
Sortie le 5 décembre

Aga : La dernière famille du monde

Nanouk et Sedna sont les derniers édifices d’une tribu désormais disparus. C’est dans les contrées reculées de la Iakoutie au nord de la Sibérie que le bulgare Milko Lazarov pose sa caméra face à Nanouk et Sedna, un couple de cinquantenaire vivant à l’écart de la civilisation moderne dans leur yourte avec leur chien. D’abord film contemplatif effleurant les contours du documentaire, « Aga » crée la surprise en prenant le virage du drame dans son dernier tiers.

Caméra fixe, on observe longuement Nanouk partir chaque matin creuser la glace pour pêcher du poisson, récupérer de l’eau potable et relever les différents pièges à gibiers qu’il a installé alors que sa femme Sedna s’occupe à tisser des filets de pêche, tanne les peaux des renards des neiges que son mari a attrapé et fabrique des vêtements. Sauf que derrière cette paisible routine, Nanouk perd peu à peu la mémoire tandis que Sedna soigne comme elle peut sa plaie béante noircie sur son flanc. Dans un écrin d’une pureté quasiment irréelle où ciel et terre se confondent dans un blanc immaculé, Milko Lazarov esquisse doucement un drame portant autant sur le réchauffement climatique (la pêche n’est plus si fructueuse qu’avant, le printemps arrive plus tôt que prévu), le déchirement de la sphère familiale et des traditions familiales (Nanouk et Sedna sont en froid avec leur fille Aga qui a décidé de travailler dans l’immense mine de diamants de Mirny) que la disparition d’une civilisation (Nanouk et Sedna sont seuls au monde dans cette étendue glaciale). 

Leur seul lien avec le ‘’monde moderne’’ est lors des visites de Chena qui vient leur apporter du bois et du fuel et en profite pour donner des nouvelles de leur fille. On comprend alors que leurs liens ont été rompu lorsque cette dernière a décidé de quitter sa famille et leur mode de vie séculaire pour un travail stable. Filmé comme la dernière famille du monde, « Aga » ne fait jamais volte-face à ses problématiques sous-jacentes mais les aborde à travers une chronique familiale sensible – mais jamais pathos -, contemplative – mais jamais statique – et symbolique – mais jamais exagérée – où deux mondes s’entrechoquent – l’ancien et le nouveau – et où la bataille est malheureusement déjà perdue d’avance. 

Aga de Milko Lazarov. Avec Mikhail Aprosimov, Feodosia Ivanova… 1h32
Sortie le 21 novembre 

Ta mort en short(s) : À l’amour à la mort

Comment brasser un large public avec un sujet aussi lourd qu’est la mort ? Et surtout comment intéresser les plus jeunes à quelque chose auquel ils seront confrontés forcément tôt ou tard ? Folimage a trouvé la solution en proposant depuis le 31 octobre dernier une audacieux programme de courts-métrages sobrement – et drôlement – intitulé « Ta mort en short(s). 

Au programme six courts-métrages tantôt drôles, tristes, émouvants, poétique et parfois même le tout à la fois. Et parmi eux de véritables bijoux d’animation traitant chacun d’une aspect différent de la mort et/ou du deuil. Dans « Pépé le morse » (récompensé aux derniers Césars), le propos est axé sur le deuil en famille. Le poétique « Mon papy s’est caché » aborde la transmssion, l’explication poétique de la future disparition du grand-père son petit-fils à travers des dessins à la pastel qui rend le tout absolument magnifique. Des classiques sont aussi de la partie avec le célèbre récit d’Anderson « La Petite Marchande d’allumettes » animé avec brio grâce à un univers de papier riche en sensibilité pour mettre en avant les liens familiaux qui subsistent entre vivants et morts. 

Mais la mort n’est loin de n’avoir que des aspects maussades comme nous le prouve Osman Cerfon avec sa « Chronique de la Poisse » ou lorsque les bulles émanant d’un poisson provoquent la poisse à quiconque la touche. Drôle et osé, ce court-métrage est loin de laisser indifférent le spectateur et c’est ce qu’on adore. S’en suit « Mamie » inspiré d’une histoire personnelle de sa réalisatrice Janice Nadeau qui questionne sa grand-mère sur ce lien grand-mère/petite-fille qu’elle n’a jamais connu et ainsi comprendre ce qui l’a rendu comme ça, les aléas de la vie et à quel point l’amour et le partage est important.

Le programme se clôt sur l’excellent « Los Dias de los muertos », comme son titre l’indique qui est axé sur le Jour des morts bien connu au Mexique et récemment exploité dans le récent Pixar « Coco ». Pauline Pinson décide d’étudier cette fête sous le prisme d’un couple : un homme décédé et sa femme lui préparant un repas microscopique pour son retour, de quoi entraîner des situations aussi drôles que cocasses et évoquer la mort avec énormément d’humour (glisser sur une trancheuse à jambon c’est pas de chance quand même  !).

Véritable recueil aussi poétique que touchant et universel, « Ta mort en short(s) » est un programme audacieux qui recèle de véritables pépites d’animation qui, en plus d’être majoritairement réalisés par des femmes, nous prouve que le cinéma français d’animation a encore de belles années devant lui.

Ta mort en short(s), 54 minutes.
Sortie le 31 octobre

Pupille : Shot d’amour

Je n’aime pas les termes « drame » et « comédie dramatique » qu’on emploie pour gérer certains films tant ils sont in-genrables. Tel est le cas de « Pupille » qui, en plus d’osciller sur plusieurs genres, est loin d’être un drame comme le sens péjoratif laisse constamment entendre ni forcément une comédie dramatique qui sous-entendrait qu’on rit beaucoup et qu’on pleure beaucoup. Non je n’aime pas ces termes et encore moins pour « Pupille » alors vous savez quoi ? On devrait inventer un nouveau genre qu’on appellerait le « shot d’amour », parce que c’est ce qu’est « Pupille » un pur shot d’amour à prendre d’un coup, sans se poser de questions et qui réussit à nous faire sentir immédiatement bien.

 L’adoption, l’affiliation, la recherche de ses racines est probablement l’un des thèmes les plus abordés au cinéma que ce soit à travers les films pour enfants (« Tarzan », « Le Livre de la jungle »), les blockbusters (« Man of steel ») ou dans le cinéma français avec les récents « Ma vie de courgette », « Il a déjà tes yeux » ou encore « Comment j’ai rencontré mon père ». Mais là où la caméra s’est toujours placée du côté de l’adopté, de ses ressentis, de son parcours initiatique pour retrouver ses racines et pouvoir s’accepter, Jeanne Herry prend le contre-pied en posant sa caméra du côté de la petite fourmilière qui entoure le nouveau-né de son état de nourrisson à celui de pupille de l’État jusqu’à devenir ‘’fil.le.s de’’. Un oeil nouveau sur un système plus complexe qu’il n’y paraît mais aussi une incroyable aventure humaine où s’entrechoque les sentiments ls plus extrêmes.

Selon l’INED (Institut National d’Études Démographiques), ce sont entre 600 et 700 femmes qui décident de donner naissance sous X. À partir de ce moment-là, tout un processus aussi complexe qu’il peut être éprouvant se met en place. Nombreuses sont les personnes qui gravitent autour de ce nouveau-né pour combler le manque maternel et lui trouver un foyer. De ce constat, Jeanne Herry en tire un film en forme de véritable leçon de vie, d’espoir et d’amour. À la lisière du documentaire sans jamais tomber dans un formalisme absolu, « Pupille » met brillamment en avant toute une galerie de personnage ayant chacun un rôle clé en passant de la mère biologique, à la psychologue accompagnant la jeune femme ou encore l’assistant familial chez lequel est confié le nouveau-né durant la période de rétractation. Mais loin d’idéaliser pour autant cette situation, le film nous met face à bien des réalités plus dures les unes que les autres que ce soit le moment où la mère abandonne son bébé – et lui dit (ou non) au revoir -, les premières semaines difficiles pour le bébé, le travail titanesque de l’assistant familial, les travailleurs sociaux qui remuent ciel et terre pour lui trouver la bonne famille ou encore le long combat d’Elodie pour devenir mère. 

Chacun traverse des épreuves à leur façon et entre deux caresses emplies d’amour, la réalisatrice n’hésite pas à nous mettre un petite claque pour nous réveiller, comme pour nous dire « Eh oh tout n’est pas rose lors du processus d’adoption » même si les efforts et les obstacles en valent largement la peine. Le film nous rappelle la souffrance que peut provoquer l’adoption, les échecs à répétions, ces couples dont l’adoption est refusée car comme l’explique l’assistante sociale Lydie (jouée à merveille par Olivia Côte) face à un couple en attente d’une approbation; ils ne sont pas là pour chercher un couple qui a besoin d’un enfant mais un couple capable de devenir parents. 

Rassemblant un casting de charme entre Sandrine Kiberlain (avec qui elle avait déjà travaillé sur « Elle l’adore »), l’émouvante Elodie Bouchez et – plus surprenant – Gilles Lellouche aux antipodes des rôles qu’on a pu lui connaître jusque là, « Pupille » déborde véritablement d’amour et de bienveillance. D’une pudeur sans pareille, la caméra effleure, capture furtivement des moments de complicité, de colère, de rage et d’émotion purs (un plan sur Gilles Lellouche pendant une demie-seconde et vous vous retrouvez complètement chamboulé.e) sans jamais tomber dans le pathos du drame ni l’académisme du documentaire, Jeanne Herry fait de son « Pupille » un sublime film qui vise en plein coeur. On ne s’attendait pas forcément à cette claque en fin d’année et encore moins dans le paysage cinématographique français mais honnêtement on est loin de s’en plaindre.

Pupille de Jeanne Herry. Avec Sandrine Kiberlain, Élodie Bouchez, Gilles Lellouche… 1h55
Sortie le 5 décembre

Bohemian Rhapsody : Pourquoi je ne me fierais plus aux critiques.

Je l’avoue, en allant acheter ma place pour voir Bohemian Rhapsody, j’avais quelques fortes appréhensions. Sorti le 31 octobre en salles, le dernier film de Bryan Singer (terminé par Dexter Fletcher, réalisateur de Eddie The Eagle et Rocketman en salles pour l’été 2019) racontant l’ascension fulgurante du groupe britannique Queen et la vie de son lead singer Freddie Mercury, s’est récemment fait écraser par la critique qui l’a souvent présenté comme un biopic médiocre manquant de profondeur et incohérent sur de nombreux points. Pourtant, il se pourrait bien que comme la chanson dont le film porte le nom, Bohemian Rhapsody descendu par la critique soit adoré par le public (et moi-même). Attention, spoilers.

Bien-sûr, Bohemian Rhapsody présente les codes d’un parfait biopic classique. Loin d’être un biopic novateur à la façon d’un Amy, Whitney, Janis ou plus récemment First Man, c’est tout de même l’histoire du groupe Queen, de sa formation et de l’homme qui fait aussi le mystère et la fascination qu’on a pu avoir ou a encore pour ce groupe légendaire. Avec des zones d’ombres, peut-être pas mal de choses simplifiées ou magnifiées, certains changements et inexactitudes dans la narration et les faits (comme le fait que Queen ne s’est jamais séparé). Mais, on ne peut retirer à ce film l’énergie et la ferveur avec laquelle les événements sont racontés, tout cela porté par l’excellent jeu des acteurs (notamment Rami Malek incroyable et totalement habité par son rôle, ainsi que Gwilym Lee excellent en Brian May), une réalisation audacieuse, bien qu’à améliorer au niveau du montage et une mise en scène maîtrisée.

Le film s’ouvre sur une scène intéressante et indicatrice de comment se terminera le film, mais présentant déjà, par de petits détails, la personnalité de Freddie Mercury avant de nous emmener au tout début, lorsque Freddie Mercury n’était que Farrokh Bulsara, bagagiste à Heathrow faisant face au racisme (vu d’une façon extrêmement rapide) des anglais blancs. A partir de là, tout va très vite, trop vite même. En à peine cinq à dix minutes, la situation familiale de Freddie est vue, alors qu’elle aurait eu besoin d’être explorée plus en profondeur. Pareil pour la rencontre avec Mary Austin et la formation du groupe, on voit comment Roger Taylor, Brian May et Freddie Mercury se rencontre mais John Deacon sort littéralement de nulle part. C’est peut-être là le plus gros problème du film, sa rapidité dans la temporalité des évènements et le manque de précision ou de détails.

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Mais à part cela, on ne peut lui reprocher grand-chose, car c’est un biopic dans les règles de l’art et donc on en sort parfaitement enchanté, les (bonnes) musiques sont placées au bons moments, les décors sont excellents et tout est fait pour qu’on nous plonge dans l’euphorie et la virtuosité du groupe Queen. Car au cas où si vous ne l’auriez pas encore compris Bohemian Rhapsody est un biopic sur Queen et pas (seulement) sur Freddie Mercury. Un film qui se base sur la question centrale de; Qu’est-ce qui a fait, qu’est-ce qui compose le groupe Queen et sa légende tel qu’on la connait aujourd’hui ? Bien-sûr, la réponse à cette question passe une autre question, qui est Freddie Mercury. Et en voulant répondre à cette question sur laquelle le film se centre, car en racontant la vie « tumultueuse » de Freddie on accède à une partie de la réponse à la question principale.

Car contrairement à ce qu’on peut lire, Bohemian Rhapsody retrace plutôt bien la vie ainsi que la personnalité du lead singer de Queen, mettant en parallèle celle-ci avec les avancées musicales et expérimentales du groupe. Certes toujours en faisant preuve d’inexactitude et d’un manque de profondeur. Surtout au niveau de sa relation avec Mary Austen qui prend beaucoup de place là où on aurait aimé que sa relation avec Jim Hutton soit aussi développée. Peut-être que cela a été fait pour ajouter un effet d’héroïsme et de happy ending, n’empêche que ça nous laisse sur notre faim. En ce qui concerne la sexualité de Freddie, elle était bien présente, que ce soit subtilement, implicitement ou explicitement. Elle était bien là comme un élément central de la vie du chanteur, mais trop vite amenée dans le film à une « bi-erasure » par Mary Austen (alors qu’en réalité il était bien bi Freddie). Et qui dit être bisexuel dans les années 80, dit SIDA, c’est ainsi que l’autre grand point lui aussi traité de manière subtile mais comme il faut apparaît, Freddie Mercury atteint du VIH. Rappelant que Freddie n’a jamais voulu qu’on intéresse à sa vie privée car pour lui la musique, Queen est ce qui comptait le plus.

Bohemian Rhapsody est finalement un film qui se vit plutôt qu’il ne s’analyse, c’est un film qui en somme comme la plupart des biopics essaie de creuser derrière le mythe sans jamais complètement y parvenir. Il permet notamment à Rami Malek de faire preuve de tout son talent d’acteur. Parfaitement rythmé, bien exécuté et dirigé, le film nous fait comprendre pourquoi on adore Queen et Freddie et d’où vient la puissance virtuose de ce groupe mythique. Le tout en étant un excellent film, devant lequel on vibre, on rit, on chante, on pleure, on ressent. Et c’est peut-être pour cela qu’il faut savoir ne pas tenir compte des autres avis avant d’aller le voir.

Bohemian Rhapsody de Bryan Singer. Avec Rami Malek, Gwliym Lee, Ben Hardy… 2h15
En salles depuis le 31 octobre.