Le 17 février prochain se tiendra la seconde édition du Festival Microciné au Club de l’Étoile. Quatre séances d’un cinéma riche de propositions diverses, à l’issue desquelles des invité·es, critiques, spécialistes et réalisateurs viendront discuter avec le maître de cérémonie, créateur de la chaîne Youtube associée au nom du festival, Samir Ardjoum. Puisque nous sommes aussi partenaires du festival, et que certains membres de la rédaction ont régulièrement été invités sur la chaîne Microciné, c’est à notre tour de convier Samir à l’exercice de l’entretien, afin de parler de l’événement, mais aussi de vous faire découvrir de manière plus intime ce critique de cinéma passionné.
Samir, nous sommes ici pour parler de la deuxième édition du festival Microciné qui se tiendra le 17 février prochain au Club de l’Étoile, à Paris. Déjà, une question que l’on aurait pu se poser lors de la première édition : Comment est-ce qu’on organise un tel événement ? Est-ce que c’est une opportunité qui s’est présentée à toi ou est-ce que c’est toi qui l’a provoquée ?
Samir : Pour être tout à fait transparent, c’est moi qui ai provoqué cette première édition. Je revenais d’un week-end consacré aux cinémas, au pluriel, qui sensibilise le loueur de cinéma, le YouTubeur, même s’il n’aime pas ce terme, Antoine Goya. J’ai été vraiment vraiment très impressionné par la qualité des projections, notamment celle d’une copie en 35 millimètres du film de Tsai Ming-liang, Goodbye Dragon Inn. C’est une production qui m’avait vraiment, vraiment marqué. C’était je crois un samedi en fin d’après midi, il pleuvait à l’extérieur. Et il y avait un monde, un monde dingue ! C’était complet. J’étais et je me sentais super à l’aise dans cette salle de cinéma, qui pour moi, était une salle importante dans mon activité critique parce que c’est là où j’allais aux projections presse quand j’ai commencé ce métier, en 97-98. C’est d’ailleurs la première salle de cinéma où j’ai assisté à une projection presse et le film était L’éternité et un jour de Theo Angelòpoulos. Et je me dis bon, pourquoi pas ? Donc, j’envoie un mail à Dimitri du Club de l’Étoile et je lui dis « Voilà, je suis une petite chaîne, comme on dit, mais il y a ça, ça, ça, ça et j’aimerais vous proposer ça, ça, ça. » Et le gars dit « Écoute, c’est parti ». Il m’a proposé de choisir une liste de 20 ou 30 films, je ne sais plus. Et ensuite, lui, il s’est débrouillé de voir pour chaque film s’il y avait possibilité de louer la copie. Ensuite, j’ai choisi les huit films. Il faut savoir que le club de l’étoile met à disposition la salle de cinéma, le service technique, la captation vidéo et audio de chaque débat et loue les copies, tout ça généreusement.
Parmi la liste de film que te demande d’établir le Club de l’Étoile, est-ce qu’ils peuvent influer sur tes choix ? Est-ce que ça, ça peut rentrer dans leur ligne de compte, te demander d’ajouter une de leur proposition à la sélection ou est-ce qu’ils te laissent totalement libre sur ce point-là ?
Il faut comprendre que c’est comme s’ils étaient producteurs de cette journée. Ils m’ont dit que cette fois-ci ce ne sera pas sur deux mais sur une journée, ça commence et finit à telle heure, etc. La première édition était passionnante, il y avait un public, mais je ne pense pas qu’ils soient, eux, rentrés dans leurs frais. Et moi, c’est quelque chose qui me perturbe beaucoup. L’idée, c’est que pour cette seconde édition, il y ait vraiment du monde pour toutes ces raisons évoquées et pour qu’il y ait ensuite, j’espère, d’autres éditions. Ils interviennent juste comme des producteurs par rapport à la logistique mais sinon, par rapport au choix des films, ils me laissent une totale liberté.

Tu as parlé de l’affluence, c’est quelque chose sur lequel on va revenir. Tu dis que le week-end consacré à Antoine Goya t’a donné cette envie de pouvoir lancer un festival, en tout cas une journée, une rencontre autour de la chaîne Microciné. Est-ce que, au-delà de ce déclic, c’est quelque chose que tu avais déjà envisagé ?
Pas vraiment, même si la programmation de films a toujours été un aspect important dans ma vie de critique de cinéma. J’ai été directeur artistique d’une manifestation cinématographique pendant quatre ans en Algérie et ça a été un moment vraiment passionnant. Il m’est arrivé de programmer ici et là des films. Mais c’est vrai qu’avant ce festival Antoine Goya, jamais j’aurais pensé projeter des films dans le cadre du festival Microciné. Ça ne me traversait pas l’esprit mais en même temps, parfois, il faut prendre le réel pour ce qu’il est. Je ne me voyais pas la légitimité d’une telle idée. Je me disais que si je dois venir vers un exploitant, c’est aussi pour lui garantir qu’il y aura un public. Comme j’avais un peu peur que ça soit le contraire, peut-être parce que par la diversité du cinéma que je questionne, l’exigence aussi de certaines choses, je ne pensais pas à un festival. Par contre, je m’étais dit que quand la chaîne fermera définitivement, il faudra que je trouve quelque chose. Finalement, je m’y suis pris plus tôt !
Revenons sur l’affluence. Avant d’entrer dans le détail sur la sélection de cette édition, j’ai envie de revenir sur la précédente qui avait lieu les 25 et 26 février 2023. On a pu constater qu’il y a eu à ce niveau quelques complications. Un film comme Mandingo de Richard Fleischer a trouvé un public assez conséquent mais si on devait comparer, en ouverture on avait La mort de Danton, Alice Diop, qui justement s’est vu projeté en audience plus réduite. Comment est-ce que tu as réfléchi l’édition de cette année ? Est-ce que ça a été aussi en fonction de ça, ce compromis entre le film porteur qui permet de découvrir une sélection plus « obscure » ?
Pour cette seconde édition, j’avais envie de montrer des films plutôt mainstream et qui seraient dialogués, qui seraient analysés par des regards auxquels on ne penserait pas. Sur la liste des films proposés, il y a eu beaucoup de titres où on n’avait pas la location. C’était très compliqué. Donc, la liste est réduite et il y a une espèce de mixage comme ça entre certains films qui sont finalement adoubés par la critique et le public. Je pense notamment aux Vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati ou à Snake Eyes de Brian De Palma. Et puis, il y a deux autres films qui en leur temps ont eu leur succès. La vie de château de Jean-Paul Rappeneau et Dieu seul me voit (Versailles – chantiers) de Bruno Podalydès. Il y a comme ça une espèce de mixage, de mix, pardon, entre le mainstream, l’intime, par rapport aux intervenantes et intervenants. Il y a aussi cette possibilité, par exemple pour Snake Eyes, de confronter ce film avec Abdel Raouf Dafri. Ce n’est pas si évident de penser à lui alors qu’il est scénariste, réalisateur, passionné par le cinéma de De Palma. Il a une certaine gouaille. Il a des choses à dire, à contredire. Et ça peut être intéressant de questionner le film de De Palma via son aspect scénaristique avec un scénariste qui a une influence très forte dans l’école américaine, dans le storytelling, etc.

La première édition, c’était vraiment très casse-gueule. Pour moi, c’est l’idéal d’une programmation rêvée, la première édition. Et ça me fait rire parce que Mandingo, par exemple, aujourd’hui, on en parle beaucoup. Il a été projeté à la cinémathèque, il a suscité beaucoup d’intérêt, il y a beaucoup de textes que je vois ici et là, et c’est génial. Ça me rappelle qu’on a eu la bonne idée de le projeter il y a un an de cela, en compagnie d’un gars qui s’appelle Nicolas Tellop, qui a écrit un bouquin sur Richard Fleischer. D’ailleurs je ne pense pas qu’il a participé à la rétrospective à la cinémathèque, ça dit des choses aussi. Thoret me disait quand on a projeté la Prisonnière du désert, « Il y a certains films dont je ne pourrais pas parler aujourd’hui ». Il pensait par exemple aux Chiens de paille, de Peckinpah. Je pense que Mandingo fait partie de ces films dont il est difficile de parler. Mais quand on se positionne avec cette idée de uniquement rester à l’intérieur du film, on peut finalement parler de tout. Je suis très très fier de la projection de Mandingo. Vraiment. Et surtout après du dialogue avec Nicolas Tellop. Ça, c’est autre chose, c’est du caviar. Donc voilà.
Je rappelle les quatre films qui sont projetés ce 17 février. La vie de château de Jean-Paul Rappeneau, Dieu seul me voit (Versailles – chantiers) de Bruno Podalydès, Les vacances de Monsieur Hulot de Jacques Tati et Snake Eyes de Brian De Palma. Quand on te connaît un peu, on sait que la projection l’année dernière de La prisonnière du désert n’est pas anodine. Comment les quatre films de cette édition 2024 dialoguent avec toi ? Et comment envisages-tu le dialogue entre les films choisis, le fil rouge qui pourrait résumer cette journée ?
Le fil rouge, c’est toujours moi. Je vous raconte une histoire, à vous, spectatrices, spectateurs, celle de mon cheminement cinéphile. Tous les films que je montre y ont une place très importante. Ils me permettent de me situer, de situer le cinéphile que j’ai été dans ma vie. Ça, c’est personnel. Ensuite, plus objectivement, ça permet aussi de comprendre quel cinéphile j’ai été à ce moment-là. Les films qui nous ont regardés. Les films que je montre, ce sont des films qui m’ont regardé. La vie de château est un film que je découvre tardivement vers la fin de mon adolescence sur Canal+. Canal+, c’est un passeur pour moi, à l’époque en tout cas. Ce film : Catherine Deneuve, Philippe Noiret, Henri Garcin, etc. Pierre Brasseur, pour qui j’ai toujours voué un culte incroyable. La seconde guerre mondiale en France sous l’occupation. Une comédie. Et ça va très vite ce film, du début jusqu’à la fin. C’est un après midi dans mon salon et je ne comprends pas ce que je vois. Ça va très vite. Ça va trop vite. Les gags fusent de partout. Le cadre est surchargé de gags et je sens derrière tout ça une envie très forte d’inscrire le film dans l’histoire de la France et ça me parle beaucoup. Je ne sais pas d’où je viens, je ne sais pas qui je suis, c’est la fin de l’adolescence et c’est très compliqué mais je me dis que j’ai envie d’habiter le pays qui est filmé.

Dieu seul me voit, c’est 97-98. Je commence la critique de cinéma et ce film me parle parce que parce que je m’identifie très, très vite dans cet humour. Faussement apaisant. Un humour qui essaye de travailler la vérité, ce qui est peut être complice avec Les vacances de Monsieur Hulot. Et cette vérité, c’est comment je me positionne dans cette France ? Quelle est ma position, mon attitude ? Est-ce qu’elle est incertaine dans cette France politique très particulière ? Parce que faire en sorte d’obtenir un numéro de téléphone d’une fille et s’engager auprès de manifestations, c’est un acte politique tout ça. Et moi, j’aime bien comment Bruno Podalydès, à ce moment-là, lui, règle le problème. Si tant est que c’est un problème. Je m’identifie à ce personnage, je m’identifie aussi aux lignes de conduite de l’humour de Podalydès, dans cette manière de regarder la France. Je m’identifie aussi dans tous ces clins d’œil à la BD, au cinéma, à la musique que l’on entend. Je m’identifie à tout ça. Le personnage principal vit à Versailles. Moi, à ce moment-là, je vis à Saint-Cloud. C’est à peu près la même chose dans ce côté aristocratique, voire bourgeois. Je suis un peu extraterrestre dans tout ça. Et donc, ça me parle énormément parce que ce lieu que j’habite, je ne sais même pas s’il m’accepte en fait. J’aime le titre : Dieu seul me voit. Mais c’est qui Dieu pour le coup ? Moi je sais qui c’est à ce moment là. Bruno Podalydès, je ne le quitterai jamais. Il y a eu des moments où j’avais envie de dire, mais pourquoi ? C’est pour ça d’ailleurs que c’est lui qui chante le générique des 750 émissions de Microciné. C’est un concours de circonstances, certes, mais ce n’est pas anodin. Et en plus de cela, il chante Rio Bravo, qui est un film important dans mon enfance et lui même sera là à l’issue de la projection pour parler de tout ça. Je pense qu’on boucle quelque chose.

Mais justement, quand tu lui as proposé sa participation, j’imagine que la question que « vous avez chanté mon générique 750 fois » s’est posée. Qu’est-ce que tu peux nous dire de ça ? C’est fantastique de se dire que tu discutes avec la personne et que tu l’invites en sachant ça.
C’est très drôle parce que je lui envoie un mail où je l’invite et je lui donne le lien de la chaîne. Il me répond « Mais attendez, c’est bien ma voix ? Vous avez trouvé ça où ? » Je lui donne le lien qui renvoie à l’émission dans laquelle il a participé et où il chante un moment ce petit ce refrain et je lui demande « Est-ce que c’est grave ? » Il me dit « Non pas du tout, il n’y a aucun problème je viendrai le 17 février ».
Je te laisse reprendre sur les deux films suivants.
Ensuite, les vacances de Monsieur Hulot. Moi, j’ai toujours considéré Monsieur Hulot comme un grand frère qui se retrouve dans un pays où il est né. Il vient de ce pays-là, mais ce pays a du mal à l’accepter pour ce qu’il est, dans sa manière de voir, de réfléchir, de se comporter, dans son attitude. Il est considéré comme quelqu’un d’irrationnel, pas assez normal, mais lui, en fait, c’est un individu qui aime le collectif. Et j’ai toujours vu ça chez lui, chez Hulot. Ce n’est pas un gars qui est rétrograde ou dénué de visions progressistes. Non, c’est plutôt quelqu’un qui est là et qui, parfois, peut aussi être un peu dérangé, pas dérangé, déstabilisé par des choses qu’il mettra du temps à accepter. Voilà, c’est ça, Hulot. C’est pour ça, par exemple, que j’ai toujours détesté cette humour qui vise à se moquer d’autrui. Je pense que Hulot m’a aidé en cela. Et… Hulot, c’est un migrant.

Snake Eyes c’est 98, c’est un texte, d’abord. C’est le texte de Frédéric Bonnaud, qui à l’époque était encore critique de cinéma aux Inrocks, qui a été ma bible de cinéma dans les années 90. C’est un magazine qui m’a façonné, dans mon rapport à la politique aussi, homme de gauche toujours là, dans mon rapport au cinéma, à la vie. Donc, texte de Bonnaud en 98 sur Snake Eyes. Texte remarquable. Moi, cette époque là, je commence la critique de cinéma. Je suis complètement perdu. Je ne sais pas où je vais, mais j’ai envie d’écrire. Je suis autodidacte. J’ai pas de formation. Donc, j’expérimente, je me trompe beaucoup. Mes phrases sont extrêmement ampoulées. C’est une douleur, grosse douleur. Il me faut des exemples et ce texte en fait partie. En plus, je suis contemporain de ce texte, c’est encore mieux. Ce texte me donne envie de revoir le film. C’est ce que je fais. Il y a les films qui te regardent mais il y a aussi les articles qui t’ont regardé et qui t’ont permis de retrouver le film. Moi je viens de la critique de cinéma, j’en suis extrêmement fier et quand j’en ai l’occasion de le dire, je le fais. Donc ce dernier film est une manière aussi de dire voilà d’où je viens, d’abord d’un texte. C’est aussi pour cela que Microciné existe, le festival en l’occurrence.

Comme l’année dernière, et comme on le disait tout à l’heure, chaque séance sera conclue par un débat, une discussion avec un·e invité·e, donc là aussi une liste. Marguerite Debiesse des Fiches du cinéma, Bruno Podalydès pour son propre film, Stéphane Goudet qui est spécialiste de Jacques Tati, Abdel Raouf Dafri pour Snake Eyes. Ces rencontres-là, j’imagine qu’il y a des personnes que tu connais, d’autres que tu connaissais pas. Tu nous as parlé d’un mail à Bruno Podalydès, et on sent bien que tu as plus d’affinités avec Dafri. Comment est-ce qu’on organise ces rencontres ? Comment est-ce qu’on les contacte ? Est-ce qu’on a besoin de les convaincre ? Comment ça se passe ?
Tu sais, je vais te dire un truc. J’ai vécu quatre ans en Algérie entre 2011 et 2014. Cette expérience algérienne, je l’ai faite en tant que critique de cinéma, journaliste culturel et programmeur pour les rencontres cinématographiques de Bejaïa. Cette expérience là m’a aidé. À ne plus craindre quoi que ce soit. Ça veut dire que si j’avais envie de contacter Jean-Luc Godard, je l’aurais contacté. Et j’y vais. Qu’est-ce qu’il va dire ? Oui ou non ? Tout simplement. Et c’est pas grave. À partir de là, je n’ai plus plus cette incertitude. On y va, on va chercher. Et comme un des aspects de la critique du cinéma, c’est programmer des films, l’avoir fait pendant quatre ans de manière assez régulière m’a permis d’avoir les tics, les petites habitudes, ce qu’il faut faire, les premiers gestes. Programmer une journée de festival. Je peux faire ça. Je sais faire ça. J’ai appris à faire ça sur le tas. Je sais qu’en plus, tout ce qui est logistique, c’est déjà réglé. La salle de cinéma, c’est déjà réglé. Les projections, c’est déjà réglé. Les copies, c’est déjà réglé. Donc, qu’est ce qu’il reste à faire ? Pas grand chose finalement. Vraiment pas grand chose. Pas grand chose parce que dans l’économie d’un festival, c’est vraiment pas grand chose. Il y a des idées, il y a des envies et puis il y a aussi le réel et entre les deux, il faut faire des choix. Il y a parfois des refus pour indisponibilité, j’ai très envie de le dire parce que je suis très fier de ça aussi. Il y a eu très peu de refus. Mais quand il y a refus, c’est parce qu’il y a une indisponibilité. C’est tout. Ce n’est pas autre chose. Mais s’il y avait possibilité, ça se serait fait.
Pour Marguerite Debiesse, c’est les Fiches du cinéma. Moi, je voulais absolument qu’il y ait les Fiches du cinéma parce que le c’est la revue du cinéma la plus ancienne aujourd’hui. Elle est importante. Elle est en danger économique. Et c’est une manière aussi de dire que ça existe. Marguerite y est depuis plus de 20 ans. Ça va nous permettre de parler de ça et de dire que les Fiches existent et qu’elles ont besoin de nous, de vous tous. C’est une manière de leur rendre ce qu’elles m’ont donné depuis un certain temps. C’est ça aussi la transmission. Concernant Podalydès, bon, bah, je me dis, Dieu seul me voit. Il faut y aller, quoi. Donc, on y va et puis ça se fait. Et c’est tant mieux. C’est un mail qu’il me faut. On demande sur Facebook. « Est-ce que vous auriez le mail ? » Et voilà. Ça répond et puis tu commences à essayer de convaincre et tu t’aperçois que tu n’as pas besoin de convaincre parce qu’il a envie d’en être donc c’est très bien.
Abdel Raouf Dafri c’est quelqu’un que je connais depuis un projet. Je l’ai interviewé la première fois pour un site qui n’existe plus qui s’appelait Cinemove. Ça a duré une heure. On s’est engueulés comme d’habitude. Sur Facebook, on discute, on s’engueule aussi comme d’habitude. Je l’ai interviewé une deuxième fois sur Microciné. Ça a été un des premiers qui a accepté de venir. Grâce à Jamila Ouzahir, une attachée de presse que je connais depuis que j’écris, une amie et une alliée importante et qui m’a dit on va le faire et on l’a fait. Ça a duré plus de trois heures et demi l’entretien avec Dafri. Il y a eu des moments difficiles pendant l’entretien, mais c’est ça Dafri et c’est ça qui est important. C’est le dialogue. Et puis il est revenu pour parler d’Alger Confidentiel sur ma chaîne. Ça a été très complexe, très compliqué parce que ce qu’il disait parfois, ça me perturbait. Mais tu sais, je lui envoie un message. « Bonjour Abdel, j’espère que tu vas bien. Voilà, week-end, festival, Microciné, deuxième édition, Snake eyes. Ça te dit ? » « Oui. » J’aime bien dialoguer avec quelqu’un de tout âge confondu qui me perturbe, tu sais, de mon socle. C’est génial. C’est ça que je recherche. Et je sais qu’avec Abdel, ça va être ça. Et en plus de cela, on va travailler sur l’élément scénaristique du film. Moi, je trouve ça vraiment passionnant.

À 17 heures, il y a Les vacances de Monsieur Hulot, c’est Jacques Tati, je veux dire… Il faut qu’il y ait Stéphane Goudet. Et Stéphane Goudet, c’est aussi le directeur artistique, directeur du Méliès de Montreuil qui est un cinéma très important. Il était déjà venu sur Microciné pour parler un peu de son métier, tout ça. Le gars, il a dit, on y va, on va le faire. C’est parti. Je suis content. Voilà, je suis très content.
Ça annonce une très très belle édition. Peu de doute là-dessus. Je vais me permettre de faire encore un miroir avec l’édition précédente. L’année dernière, tu as cadré les discussions en commençant par un dialogue que tu qualifies d’égoïste entre toi et l’invité, avant d’intégrer le public à la discussion. Parfois en rajoutant une sélection d’images sur lesquelles les discussions étaient axées, parfois non. Est-ce que tu as dans l’idée de reproduire ce schéma d’intervention ou est-ce que tu comptes en proposer une variante ?
Non, je préfère rester sur ça parce que pour moi, j’ai l’impression que c’est me concernant la seule piste de réflexion avec laquelle je suis très à l’aise, où je peux vraiment parler du film, ne pas en sortir. Il peut y avoir une ou deux questions sur, je ne sais pas moi, comment vous avez découvert ce film, comme il s’inscrit dans votre histoire du cinéma. Mais après il faut aller directement dans le film. Il n’y a pas mieux. Je vais prendre trois, quatre images du film, en plus on a une chance incroyable, c’est qu’il a été montré il n’y a même pas quelques minutes. C’est comme ça que j’ai appris à lire un film grâce à des noms qu’on connaît, mais grâce aussi à d’autres personnes. Olivier Barlet, par exemple, qui a été mon rédacteur en chef chez Africultures, reste dans le film. Donc, on va faire ça. On prend deux, trois, voire quatre images et on reste dans le film. Et ensuite, un quart d’heure de conversation avec le public, c’est toujours très peu. Je le sais. Et en même temps, ça fait partie du jeu, c’est un festival, c’est la vie du festival aussi. Après, bon, à 22 heures, tout se termine et puis à 22 heures, on fait l’after et on va boire des coups, on va manger, on va bien rigoler. Et je crois qu’on avait fait ça aussi quand on avait fait toi et moi cette émission sur Paul Thomas Anderson avec le regretté Virgile Ancely, notre Souffleur de coffrets qui nous manque. On avait parlé comme ça et ça nous permettait d’y aller. Restons sur le film. Si je peux pas me permettre de faire ça, franchement, à quoi ça sert ? Donc, je reprends exactement la configuration en espérant, mais vraiment, qu’on ait un quart d’heure, vingt minutes pour le public.

Au-delà du fait qu’elle est tienne pendant cet événement, est-ce que tu considères que cette méthode est la plus pertinente possible pour envisager la transmission cinéma ?
Oui parce que comme je te le dis on ne sort pas du film, on reste dans son intériorité de ce film et on a des exemples de la manière dont le ou la cinéaste traduit quelque chose par un mouvement caméra ou par la juxtaposition d’un montage. On est vraiment dedans. C’est-à-dire que quand on parle, on va parler de quelque chose de concret. On n’est plus dans l’abstraction. On n’est plus dans la divagation. Moi, ça me fait vraiment chier d’entendre des personnes qui sont dans une divagation de je ne sais quoi alors qu’ils sortent du film. C’est horrible à chaque fois je leur demande « Mais donne moi un exemple, donne moi un exemple, donne moi un exemple, j’ai besoin d’un exemple pour que je puisse moi visualiser cet exemple et pouvoir ensuite dialoguer avec toi ! » Un film est fait. Pourquoi ne pas l’utiliser ? Le film nous donne tous les indices possibles et imaginables pour qu’on puisse en parler. Tout y est. Tout. Ce qu’il y a autour n’intéresse pas. C’est la critique, c’est de la critique. Je n’ai pas envie de m’entendre parler. Je n’ai pas envie de me voir lire ou je ne sais quoi. Je propose des choses. Tu étais là pour la première édition, tu as vu comment ça s’est passé. Il n’y avait pas de grosses digressions, ça nous permettait de rester dans le film et de mieux le comprendre et de contextualiser et d’intégrer aussi l’auteur ou l’autrice. Si j’avais la possibilité de montrer des séquences entières, ce serait magnifique.
Tu restes fidèle au Club de l’Étoile ou est-ce que tu as dans l’idée de potentiellement reproduire l’expérience autre part, peut-être faire une autre édition avec d’autres films ailleurs ? Est-ce que c’est quelque chose qui t’a déjà parlé ?
C’est une très bonne question parce que moi, je suis un peu de la vieille école, donc j’aime bien utiliser des choses qui m’ont construite et le Club de l’Étoile, vraiment, en a fait partie. Si j’avais la possibilité de leur proposer un événement tous les mois, vraiment je serais très content et je le ferais. Mon idéal, ce serait d’avoir un ciné-club. Je vis maintenant à Rouen. Je l’ai proposé au cinéma l’Omnia. Ça a été refusé parce qu’ils ont un programme chargé. Je ne sais pas si je réitérerais ma proposition l’année prochaine parce que j’ai l’impression que, je ne sais pas, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas. Je ne sais pas quoi, mais c’est dommage. Oui, mon rêve, c’est d’avoir un ciné-club comme mes amis de la revue de Tsounami ou comme mon collègue, parce que c’est un collègue pour le coup, François Bégaudeau. On a fait neuf émissions. Je crois qu’on peut appeler ça un collègue !
J’aimerais bien avoir un petit ciné-club comme ça une fois par mois, avec toujours la même configuration par contre. Moi je suis, comment dire ? Alors, dire je suis humble c’est un peu quand même prétentieux. Donc je suis, je sais pas ce que je suis, mais je connais mes limites. Et autant je pourrais parler de n’importe quel film s’il y avait quelqu’un avec moi qui me poserait des questions. Ça je sais faire, tu me poses 2-3 questions et puis ensuite je pars en roue libre. Mais me retrouver tout seul devant un public sans qu’il y ait quoi que ce soit pour me stimuler, ce serait compliqué. C’est faisable, mais c’est compliqué. Mais par contre, l’idéal, c’est de dialoguer avec quelqu’un. Ça, c’est l’idéal. Si j’avais un ciné-club, eh bien, je proposerais des films issus de la maison cinéma pour reprendre Daney. Ce qui veut dire, en gros, de tous les cinémas. Et je sais qu’à chaque fois, il y aurait un dialogue, que cela soit en présentiel ou alors en distanciel via Zoom ou je ne sais quoi. J’ai exercé ce métier depuis 1998. J’ai arrêté ce métier dans le sens où j’ai arrêté d’écrire au quotidien en 2018. J’ai essayé d’occuper tous les postes possibles et imaginables de la critique de cinéma, mais aussi de m’intéresser à toutes les cinématographies du monde. Donc, j’ai rencontré aussi beaucoup de personnes. Je saurais qui contacter pour avoir telle conversation sur tel cinéma. Et c’est ce qui se passe aussi un peu avec Microciné.
Quand j’ai interviewé Hassan Farahani, qui est un cinéaste important dans l’histoire du cinéma contemporain, c’est quelqu’un qui déjà m’a vu naître en tant que critique en Algérie et lui, je l’ai vu naître parce qu’il commençait à faire des courts métrages. Donc, on ne se voit pas tout le temps, on ne se voit pas tous les jours ni tous les mois. Mais quand on se voit, je sais que c’est parti pour des heures et des heures et des heures et on le sent. Les moments de doute, les complications, les moments où j’ai arrêté, où j’ai eu l’euphorie, les voyages entre 98 et 2018. Microciné résume ce que j’ai pu faire en 20 ans, quoi. 20 ans, 21, 22 ans. Donc oui, très envie d’un ciné-club, dans une salle de cinéma avec possibilité de voir du pays, du monde et de partager ça avec le public. Oui, j’ai envie. J’ai très envie.
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