Armageddon Time : Le temps des désillusions

Avec Armageddon Time, James Gray ne renouvelle pas son style et préfère revenir à une épure lui convenant davantage. Sa filmographie aussi courte que dense a déjà parcouru les milieux mafieux (Little Odessa, The Yards, We Own the Night), le film romantique (Two Lovers), les films historiques (The Immigrant, The Lost City of Z) et la science-fiction (Ad Astra). En diversifiant les genres cinématographiques, Gray n’a jamais changé de trajectoire de fond par une approche intime et éminemment personnelle du récit. Qu’il filme l’espace, la jungle ou les banlieues new-yorkaises, ce sont les sentiments profonds de ses personnages qu’il capte sur pellicule.

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Eo – Expérimentâne

Il en faut du courage pour se mesurer, soixante-six ans après sa sortie, à Au Hasard Balthazar de Robert Bresson. Or, du courage, Jerzy Skolimowski n’en manque pas, lui qui n’a jamais fait deux fois le même film, étant toujours animé par une volonté d’élargir ses horizons. Etiquetté remake de l’œuvre suscitée lors de l’annonce – surprise (il était absent des radars depuis 2015) – de sa sélection en compétition au dernier festival de Cannes par Thierry Frémaux, Eo est bien plus retors et complexe que cela. En effet, Skolimowski ne reprend que la substance, le concept pur du film de Bresson avec la trajectoire de l’âne martyr comme fil rouge, pour moderniser le propos, du moins le rendre plus contemporain encore.

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Ma Loute : quand le ridicule ne tue pas… Ah si !

Petit voyage dans les années 1910 dans la baie de la Slack (Pas-de-Calais), sur fond d’enquête policière, avec des personnages plus extravagants les uns que les autres ? C’est (un peu) ce que propose Ma Loute de Bruno Dumont…

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La fièvre de Petrov : flou, flou, flou.

Kirill Serebrennikov revient à Cannes avec La Fièvre de Petrov, 3 ans après Leto. Adaptation du roman d’Alexei Nikolav Les Petrov, la grippe, etc., le film s’annonce déjà comme l’un des plus déroutants, étranges et clivants de la compétition.

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Rien à foutre : le cri du cœur

Les propositions sont nombreuses à la Semaine de la Critique 2021, et en particulier avec des premiers films. Rien à Foutre est celui de Julie Lecoustre et Emmanuel Marre, avec dans le rôle principal la merveilleuse Adèle Exarchopoulos.

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Julie en 12 chapitres : portrait d’une femme, d’une génération, de l’humanité…

En compétition cannoise en 2021, le film de Joachim Trier peut paraitre insignifiant de prime abord. C’est simple : il s’agit de faire le portrait d’une femme, Julie, sur le point d’entrer dans la trentaine. Anodin ou vu et revu que cette tranche de vie ? Que nenni.

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Satoshi Kon, l’illusionniste : portrait d’un grand parmi les siens

L’animation japonaise compte une palette impressionnante d’auteurs de génie. Satoshi Kon en faisait partie. Il n’a malheureusement pas pu en réaliser beaucoup, quatre longs-métrages, une série d’animation. Et pourtant, son influence est colossale pour le cinéma japonais contemporain comme dans le monde entier. C’est ce que cherche à montrer Pascal-Alex Vincent dans le documentaire qu’il a présenté pour Cannes Classics 2021.

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La Lune s’est levée : l’aurore d’une autrice

L’ouverture de Cannes Classics 2021 s’est fait sous le signe de la rareté. Une pépite dénichée par les soins de Carlotta Films, exclusive pour nous européens, et dans une version restaurée en 4K.

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Annette : L’Homme est le Gorille de Dieu

Dire que l’on attendait Annette, sixième long-métrage de Leos Carax, serait une contrevérité : on jubilait d’envie de découvrir la nouvelle merveille de l’auteur de Les Amants du Pont-Neuf, de Pola X ou encore d’Holy Motors, présenté neuf ans plus tôt au Festival de Cannes où il avait déchainé les passions. Cette année, le réalisateur français en fait l’ouverture avec une comédie musicale entièrement composée par le groupe Sparks et interprétée par ces grands comédiens contemporains que sont Adam Driver et Marion Cotillard.

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Retour vers le cinéma. A Story of Film : A New Generation

En pré-ouverture du festival de Cannes 2021 est proposé le visionnage d’un documentaire dont la proposition rétrospective met en appétit. Une envie de voir toujours plus de films…

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[DEAUVILLE 2018] Thunder Road : Sur la route du succès

Déjà adepte du court-métrage – ils sont tous disponibles sur Vimeo (on ne peut que vivement vous conseiller de les regarder) -, Jim Cummings cumule les casquettes pour son premier long-métrage et puis comme on dit, on est jamais mieux servi que par soi-même. Réalisateur, scénariste, compositeur, monteur et également acteur principal – on est plus à un rôle près -, Jim Cummings débarque à Deauville – après avoir fait sensation à l’ACID à Cannes – avec « Thunder Road », portrait tragi-comique d’un policier texan en deuil après la mort de sa mère. Un premier essai absolument formidable qui nous a touché en plein coeur et qui n’est pas passé inaperçu auprès du jury puisqu’il a été récompensé du Grand Prix donc forcément on est contents.

Jim Cummings pose et s’impose dès le début du film avec ce formidable plan-séquence d’une dizaine de minutes où Jimmy Arnaud rend un dernier hommage à sa mère lors de la cérémonie précédant l’enterrement. Bataillant avec un lecteur de cassettes rose, Jimmy improvisera finalement sa danse sans musique. Scène absolument surréaliste, aussi pathétique que touchante. Le ton est donné. Pendant une heure et demie, le film joue sur les tableaux du drame et de la comédie avec un sens du rythme inné, ne tombant jamais dans l’excès de l’un ou de l’autre. Un tour de main assez brillant lorsqu’on apprend que Jim Cummings réalise là son premier long-métrage et qu’il en est devenu l’acteur principal un peu par hasard. De quoi rendre le bonhomme d’autant plus intéressant que ses talents d’acteurs rappellent la sensibilité d’un Jake Gyllenhaal ou la clownerie d’un Jim Carrey alors qu’il n’a jamais pris aucun cours de théâtre – certains sont mieux servis que d’autres c’est définitif -. Usant de manière intelligente des plans-séquences, « Thunder Road » est une phase de deuil pour un personnage hypersensible qui voit toutes ses relations se détériorer au fur et à mesure que ce soit avec sa fille, son ex-femme ou ses collègues policiers. 

Plus totalement enfant et pas encore totalement adulte non plus, Jimmy Arnaud montre de vrais problèmes pour communiquer avec les autres et pour exprimer ce qu’il ressent jusqu’à ce que ce trop plein d’émotions explosent pour nous offrir une scène sur le parking du poste de police absolument mémorable. À travers le film, Jim Cummings montre également une autre face de l’homme, une face plus fragile, celle bien loin des stéréotypes des grands gaillards policiers qui n’ont peur de rien. Jimmy a peur de tout, surtout de perdre la garde de sa fille. Cette sensibilité à fleur de peau traverse le film de bout en bout. On pleure, on rit, parfois même les deux en même temps jusqu’à ne plus savoir si on veut rire ou pleurer. Mélange des émotions, mélange des styles, « Thunder Road » est une véritable réussite et incroyablement surprenante dans le paysage du cinéma indépendant américain. 

« Thunder Road » est à la hauteur de son chef d’orchestre Jim Cummings, bourré d’humour, d’amour et de sensibilité qui nous frappe en plein coeur avec intelligence, force et une bonne part de culot. En tout cas, on attend la suite avec impatience. 

Thunder Road de Jim Cummings. Avec Jim Cummings, Kendal Farr, Nican Robinson… 1h31
Sortie le 12 septembre 

[CRITIQUE] The Florida Project : It’s a cruel world

Presque deux ans après la claque Tangerine, Sean Baker revient plus en forme que jamais avec The Forida Project présenté cette année à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes. Le réalisateur continue dans la lignée de son précédent film en filmant les marginalisés du pays de l’Oncle Sam, ceux qu’on a oublié, ceux pourquoi l’American Dream est tout sauf un rêve. En lisière de Disney World, de nombreux motels en bord de route sont devenus des refuges pour familles pour la plupart du temps monoparentales ou qui essaient de joindre les deux bouts comme elles peuvent. Un cauchemar à quelques mètres du monde des merveilles. Lire la suite de « [CRITIQUE] The Florida Project : It’s a cruel world »

[CRITIQUE] Nos années folles : Un sujet sans profondeur

Paul Grappe a une histoire hors du commun. Celle d’un homme devenu femme pour échapper aux autorités alors qu’il a déserté les champs de bataille. Et c’est dans le Paris des années folles qu’émerge Suzanne. Mais la guerre se termine, Paul est amnistié et il est temps pour lui de redevenir l’homme qu’il était. Un parcours sinueux et ambigüe qu’André Téchiné a bien du mal à retranscrire à l’écran avec un film brouillon qui perd de sa substance à cause de ses nombreux raccourcis rendant l’histoire bancale. Lire la suite de « [CRITIQUE] Nos années folles : Un sujet sans profondeur »

[CANNES 2017] Day 07 : « Arrêtez vous allez me l’énerver »

C’est est avec un peu de retard et énormément de fatigue que je vous fais un compte-rendu du septième jour. Plus que trois jours avant la fin, la PLS me guette doucement mais sûrement mais évitons de penser à ça parce qu’hier était une bonne journée de dingue comme on les aime. Au programme : des tours de magie, la plus grande terrasse de la Croisette & un excellent documentaire.

Bon après l’échec total pour avoir des places pour le nouveau film de Sofia Coppola & Rodin  avec Vincent Lindon, je me suis rabattue sur la Quinzaine des Réalisateurs et le documentaire Nothingwood. Après une série de questions réponses drôle et animée, direction la plage pour déjeuner avec un monsieur plutôt cool répondant au nom de Christophe Carrière. Malheureusement le secret cinéphile m’interdit de vous parler de la teneur de notre conversation mais je peux vous dire qu’elle ne volait pas très haut (comme souvent avec lui de toute façon). En plus il déteste les tours de magie alors quand un magicien débarque avec son paquet de cartes bonjour la galère ! De toute façon, qui n’a jamais eu envie de frapper un magicien hein ?

Après-midi grosse détente puisque c’était petite baignade qui va bien à la plage histoire de profiter, de nager et de parfaire son bronzage avant d’enfiler la tenue de soirée et de filer sur la plus grande terrasse de la Croisette chez notre chère Sandra de Matteis. Bonne ambiance, musique à gogo (oula expression des années 80), bref c’est THE endroit où il faut être et parce que Sandra est un petit peu la Queen et qu’on l’aime et qu’elle est belle.

Le voyage touche bientôt à sa fin alors on en profite au maximum et je vous dis à tout à l’heure pour la suite des aventures cannoises !

[CANNES 2017] Day 06 : « Eh mais c’est quoi cette loge ? »

Le calme avant la tempête comme on dit. Et bien après des journées plutôt calmes, ce fut un vrai raz-de-marée hier que de folie entre la minute de silence pour Manchester, trop de places pour le Grand Théâtre, mon futur mariage & une loge présidentielle. 

Joyeux anniversaire !

Journée de dingue et c’est le moins qu’on puisse dire. Après un réveil raté à 7h, rendez-vous avec ma pancarte et ma dignité qui n’est toujours pas décidée à revenir. Hier était un jour spécial puisque le Festival de Cannes fêtait son 70e anniversaire ! Résultat seulement un film en compétition diffusé au Grand Théâtre Lumière : Hikari et une séance spéciale avec 24 Frames. Avec ma petite pancarte, j’ai récupéré quatre places pour 24 Frames mais aucune pour Hikari snif.

Mission impossible pour avoir des places pour Hikari alors j’ai sorti mon arme secrète : Christophe Carrière. Et bah oui les gars puisque j’ai réussi à récupérer deux places pour Hikari en orchestre, que demander de plus ? Du coup hop on sort un peu en avance de 24 Frames pour récupérer ces petits billets et organiser un mariage puisque j’avais promis de l’épouser s’il arrivait à me récupérer des tickets. Je devrais revoir mes promesses à la baisse la prochaine fois sinon je vais finir polygame d’ici la fin d’année. Bref je vous enverrai les faire-parts en tant et en heure.

Rendez-vous ensuite à 15h devant les marches du Palais pour une minute de silence pour les victimes de Manchester en compagnie de nombreuses stars. Après on file à la plage parce que quand même il fait 25°C, on est à Cannes et la mer nous appelle constamment. On retourne rapidement à l’appartement pour sortir la tenue de soirée, direction le Grand Palais pour la séance de 22h. Dans la file on a l’impression de ressembler à des huitres comparé aux autres femmes habillées avec des robes de prix mais on le vit bien puis finalement on arrive au Grand Théâtre.

Le ticket indique porte 3 sauf qu’il y a la 1, la 2, la 4 et la 5. Mais où est donc passée la 3 ? On demande à un gentil monsieur qui nous dit que la 3 est la porte blanche juste à côté, tiens on l’avait même pas remarqué. On ouvre la porte et là stupeur, on se retrouve dans une petite pièce cosy avec des fauteuils en cuir. Drôle d’endroit. Puis une hôtesse d’accueil nous ouvre une deuxième porte et là on se retrouve dans un petit espace séparé d’un muret, un petit peu plus en hauteur et on comprend qu’on se trouve là où est normalement le jury. TOUT. EST. NORMAL.

Et après un très beau film, une standing ovation méritée, rendez-vous à la Villa Schweppes en compagnie de Breakbot pour conclure cette soirée en beauté et en musique.