Rétrospective Park Chan-Wook #3 : Vampires robotiques

Changement radical de ton ! Après les affres vengeurs mêlés d’une violence brute, et avant un retour vers une œuvre aux contours tout aussi radicaux, une pause avec Je suis un cyborg, et sa proposition plus qu’étrange, qui s’inscrit dans le cadre d’une comédie visuelle excessivement loufoque, sans oublier une discours sur fond de désespoir social.

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Rétrospective Park Chan-Wook #2 : La trilogie de la vengeance

Après Joint Security Area, on s’attaque à la fameuse trilogie de la vengeance. Parcelle la plus connue de l’auteur, qui brasse avec minutie ses thématiques : la vengeance (évidemment), la manipulation – tant pour les personnages que pour le spectateur –, mais aussi l’amour, dans son aspect le plus beau comme le plus malsain.

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Retrospective Park Chan-Wook #1 : Politique, mensonge et corps armés

Avec Park Chan-Wook, on est face à un auteur coréen connu dans nos contrées, ne serait-ce que par la renommée que l’excellent Old Boy lui a apportée à sa sortie. Violence, décadence, genres oscillant entre le conte morbide et le polar noir, sa filmographie est dense, et très intense. Son goût pour les récits alambiqués, où les pistes se brouillent et où chaque rebondissement est imprévisible fait partie de sa signature. À l’annonce de son nouveau film dans la sélection cannoise cru 2022, nous avons voulu nous plonger plus en détails sur son travail, en partant du début des années 2000 à aujourd’hui.

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Rétrospective Terry Gilliam #5 : Les dernières envolées imaginaires

Après une trilogie de films qui confère autant admiration, dégoût, et entre-deux révoltant, Gilliam cherche tant à se renouveler, renouant avec de nouveaux liens passés, qu’à clore des boucles entamées depuis bien trop longtemps. En témoigne son ultime diptyque, qui fait autant référence à Brazil qu’à Münchhausen, accompagné d’un affront direct à ce système qui l’a éreinté de tous bords.

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Rétrospective Terry Gilliam #4 : Le besoin de problèmes pour créer

Dans sa volonté de retours à ses premièrs amours, Gilliam se laisse une nouvelle fois séduire par une promesse de studio. Mais contrairement à l’Armée des 12 singes, le tournage de Frères Grimm ne lui permet pas autant de libertés, et fait renaître en lui cet aspect revanchard, qui lui offre un nouveau tour de rage.

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Rétrospective Terry Gilliam #3 : Dépression, évasion

Figures de grands rêveurs, Terry Gilliam a trouvé son filon. Il le décline une nouvelle fois avec The Fisher King, lui valant les faveurs de la machine hollywoodienne qui lui propose par la suite un beau contrat juteux accompagné de stars de l’époque, le faisant foncer dans un nouveau cynisme et de nouvelles lubies.

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Rétrospective Terry Gilliam #2 : Théâtre de tous les possibles

Des départs humoristiques, en passant par le récit médiéval, la carrière de Terry Gilliam laisse à penser que nous allons vivre les aventures d’un doux auteur comique, destiné à amuser la galerie. Pourtant, si l’on peut ressentir ces effets dans le prochain film évoqué, Bandits Bandits, les obsessions de l’Américain pointent rapidement : anti-totalitarisme, peur du capitalisme et des dérives technologiques, Gilliam exploite des récits où l’imaginaire est roi, de craintes que nous oublions en chemin que c’est la création, même abstraite, qui nous rend singulier·e.

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Rétrospective Terry Gilliam #1 : Cabotinages aventuriers

Attention, cet article a été rédigé par deux de nos auteurs. Les crédits sont en fin de texte

Parmi les réalisateur·ices que l’on admire pour leur carrière prolifique, nombreux·ses sont celleux qui, que ce soient à leurs débuts ou face à des projets considérés comme trop compliqués par les productions, ont du se débrouiller dans des conditions chaotiques, ou tourner avec des bouts de ficelle. Certain·es en font leur marque de fabrique, et s’il y a bien un auteur dont on peut sentir le niveau de poisse à des kilomètres, avec des déboires accumulés sur nombre de projets, c’est bien Terry Gilliam. Revenir sur son œuvre n’est pas une mince affaire, tant l’univers du cinéaste regorge d’un imaginaire flamboyant.

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Rétrospective Dario Argento #6 : Voyage au bout des fonds de tiroir

Vous l’avez vu précédemment, il n’est plus de bon ton d’attendre grand chose de Dario Argento. Deuxième fois que l’on répète cette formulation, cette fois-ci avec un peu plus de tristesse tant le réalisateur s’évertue à continuer de creuser son sépulcre. On parvient quelque fois à en rire – et c’est encore pire à constater – et on regarde les propositions s’enfoncer plus encore dans le mauvais goût. Avec indifférence, souvent, mais aussi avec quelques appréhensions, quand certaines choses auraient pu être laissées comme tel. La Duologie des Mères, par exemple, méritait-elle que le réalisateur y appose un troisième chapitre ?

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Rétrospective Dario Argento #5 : Le retour de la menace de l’Italodance

Vous l’avez bien vu, on commence à sentir quelques limites dans le cinéma de Dario Argento. Faiblesses d’écritures, idées visuelles qui commencent à manquer à l’appel ou font l’objet d’une exécution fade, les films de l’Italien perdent de leur saveur. Ajoutons à cela la crise financière autour du cinéma italien, qui réduit considérablement les budgets et poussent les producteur·ice·s à ne plus accorder leur confiance à des auteur·ice·s de niche. Des conditions certes handicapantes, mais qui ne sont pas le seul facteur justifiant de la qualité des œuvres dont nous parlons ci-dessous. On prétendait que la décennie 90 avait été l’entame d’une légère descente aux enfers, mais ce n’est rien comparé au trou désormais béant dans lequel Argento saute à pieds joints.

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Rétrospective Dario Argento #4 : La gamine qui donne un coup de vieux

Nouvelle décennie pour Argento, qui tente le renouvellement de production en allant essayer son style aux États-Unis, mais aussi dans les genres, avec un éloignement prononcé du Giallo malgré des récurrences incontournables. Un triptyque de film qui propose encore de nombreuses idées, mais commence à témoigner des limites de l’auteur.

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Rétrospective Argento #3 : Les paupières de la pénombre

On a vu que Suspiria et Inferno ont permis à Dario Argento de s’établir une solide réputation. Sauf que la Trilogie des Mères, ainsi amorcée, attendra. Un sacré moment même, puisque le troisième volet, Mother Of Tears : La Troisième Mère ne sort qu’en 2007. Pause dans ses expérimentations fantastiques, pour se rediriger vers le Giallo traditionnel. Avec Ténèbres, il signe une œuvre somme, empruntant tant dans ses propres tentatives que dans les classiques du genre.

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Rétrospective Dario Argento #2 : Le rouge, du sang aux filtres

Après une trilogie qui lui permet de poser les bases de son style, et d’expérimenter les techniques narratives qu’on retrouve par la suite, Dario Argento se relève de sa tentative comique Cinq Jours À Milan pour entrer dans le gros de sa carrière. Une période où s’enchaînent les moments de bravoure cinématographique, et où l’Italien utilise son imagination visuelle pour créer des œuvres singulières, toutes plus cultes les unes que les autres.

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Rétrospective Dario Argento #1 : Danses animales et facéties milanaises

Un Couteau Dans Le Cœur, Laissez Bronzer Les Cadavres, In Fabric, Bacurau, The Stylist, des œuvres récentes dont on peut souvent dire, quand elles ne sont pas directement des nouveaux canons du genre, qu’elles empruntent directement au Giallo. Si le Giallo – genre de cinéma initialement policier qui flirte avec l’horreur et l’érotisme, avec une stylistique très appuyée – peut être associé à celui qui a pérennisé ses codes, Mario Bava, et son La Fille Qui En Savait Trop (1963), il rime souvent dans la conscience collective avec Dario Argento. Un auteur qui s’est illustré dans nombre d’œuvres considérées comme cultes, et qui a su montrer d’une grande virtuosité dans les abords de son style. Avec une carrière riche, qui propose beaucoup, l’envie nous est donnée d’aborder son œuvre, pour en retirer l’essence et le génie.

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Rétrospective Brian De Palma #10 : Creuser sa propre tombe

Attention, cet article a été rédigé par deux de nos auteurs. Les crédits sont en fin de texte.

Pour se relever de l’échec du Dahlia Noir, De Palma ne cherche pas les faveurs des studios, mais décide de s’en prendre directement à l’Oncle Sam avec Redacted, qui lui vaudra les foudres états-uniennes. Désormais paria, c’est avec de nombreuses difficultés pour financer ses travaux qu’il parvient à mettre en place deux longs-métrages, dont un dernier fortement atteint par ce manque évident de moyens. Une fin de carrière abrupte, injuste si elle reste en l’état, même si l’on espère un ultime métrage qui pourrait démontrer d’un auteur en complète renaissance.

Redacted (2007)

Avec Redacted, Brian De Palma traite non seulement d’un sujet qui lui tient à cœur, et qu’il a déjà fortement développé lors d’Outrages, mais il expérimente également une manière de narrer son histoire différente de ce à quoi il nous a habitués. Utilisant la technique du found footage, il dresse un portrait ultra-réaliste et ô combien dérangeant des exactions du corps militaire en terres irakiennes.

Au même titre que le Vietnam en son temps, la guerre en Irak est le conflit armé impliquant les États-Unis qui a suscité le plus d’indignation, tant au niveau mondial que chez les compatriotes du fils Bush, instigateur d’une guerre sans queue ni tête, aux enjeux alors obscurs. Les récits de soldats envoyés au front sans réelle compréhension de la situation – si ce n’est celle d’un ennemi omniprésent qu’il faut déterminer et éliminer – sont foisonnants, et nombreux sont les crimes banalisés, totalement passés sous silence et bardés de stabilo noir dans les rapports – la fameuse notion de redacted. S’inspirant des témoignages ayant réussi à atteindre l’opinion publique, Brian De Palma s’affaire à un véritable exercice de reconstitution, qu’il veut penser comme un documentaire, nous semblant si réel qu’aucun instant ne doit nous sembler fictionnel.

Il adopte trois angles de caméras, totalement diégétiques. Le premier, et celui qui permet de ponctuer le récit en y insérant les éléments importants, est filmé par l’un des soldats, rêvant d’intégrer une école de cinéma et décidant de s’armer de son objectif pour retranscrire la vie au checkpoint militaire. Des images d’un documentaire français apportent également leur regard, offrant un aspect informatif qui contribue à l’ultra-réalisme souhaité. Pour finir, des images issues d’un site irakien montrent les pièges tendus aux américains pour accentuer la propagande « terroriste». Aucune musique, aucun raccord fictionnel, l’image est brute, et tout semble un assemblement de vidéos directement prises au moment des faits, avec les moyens du bord. Redacted sort de son statut de film revendicateur, dénonciateur, et se pose comme un élément d’Histoire, qui se fait la voix de ces récits relatés mais jamais montrés. Et autant dire que le résultat est glaçant.

Les portraits dressés ne sont pas destinés à générer une quelconque empathie. Même celui de ce bidasse qui filme, assiste impuissant aux exactions de ses camarades, mais n’intervient pas pour autant, est là pour susciter le dégoût. On assiste à cet étau qui se resserre, à ces soldats aux motivations loin d’être exemplaires – dont celui qui annonce ouvertement qu’il est là pour le plaisir de tuer, suscitant toujours les mêmes questionnements quant à ces personnes moralement instables à qui l’on confie des armes létales – qui quotidiennement manquent de tuer des civils par simple impulsion, ne peuvent s’empêcher de reluquer les mineures du village et de valider entre eux leurs pensées abjectes. Quand un gradé se fait sauter en passant bien trop près d’un stock de débris suspect, les représailles de ces soldats esseulés en quête de sang, de sexe, et en proie à leur folie, deviennent inéluctables. Viol, massacre, rien n’est épargné. La caméra se fait le théâtre de ces horribles actions, mais ne les montre que par son spectre. Un spectre d’impuissance, que ce soit par la retranscription d’un fait en temps réel, ou par les ponctuations documentaires, qui nous rappellent la dure réalité : c’est ainsi.

On connaît l’inéluctable conclusion : si nous n’avons entendu ces dénonciations que par le biais de la presse engagée, ou de manivelles artistiques, et que le corps d’armée ne s’est que peu prononcé sur le sujet, c’est bien qu’il passe cela sous silence. On assiste à la manière dont la machine va broyer les témoignages, apposer son feutre noir sur tout ce qui pourrait lui nuire. Le fait dont le film s’inspire a mené ses intervenants à des sanctions et peines de prison, mais beaucoup de ces actes sont toujours proférés en toute impunité lors des confits guerriers. Une dénonciation virale et violente, qui vaut à De Palma un retour catastrophique : accusé de propagande anti-américaine, Redacted est difficilement distribué sur les terres états-uniennes, et censuré dès que l’occasion l’y permet. Une réputation malheureusement logique, qui montre que la route est toujours aussi semée d’embûches et que certaines erreurs ne sont pas encore vectrices d’apprentissage.

Pourtant, Redacted est passionnant dans sa manière d’aborder le film de guerre, et peut servir d’exemple. La principale contradiction du genre est qu’il oscille toujours entre sa volonté de dénoncer la barbarie, mais aussi celle d’idéaliser des moments de bravoure. Peut-on, par exemple, déterminer la position quant à l’existence de la guerre d’un film comme 1917 – pour citer un projet récent, mais les exemples sont nombreux – qui choisit d’esthétiser son plan-séquence pour magnifier l’aspect grand spectacle (la position de Sam Mendes est pourtant claire dans Jarhead) ? Retranscrire l’horreur n’est pas chose aisée, l’esthétiser en est une autre, et en cela, Brian De Palma prend une position sacrément radicale. Redacted est en cela l’ultime film anti-guerre, celui qui ne travaille aucun de ses cadres, qui montre les faits de manière brouillonne, seuls face à nos ressentiments. Il oriente sa dénonciation sans que la caméra n’appuie jamais cette même orientation, donnant alors une totale impression de neutralité déroutante. Un procédé unique, qui s’affranchit de la fiction pour juste montrer. Et une démarche tout à fait honorable, acclamée dans beaucoup d’endroits, et qu’il faut continuer d’encenser, pour ne pas oublier.

Passion (2012)

La disgrâce est rapide. Réalisant qu’il est désormais difficile – voire impossible – de financer ses projets sur le sol de l’Oncle Sam, surtout après lui avoir violemment crachoté à la tronche, Brian De Palma se tourne vers l’Europe, plus propice à l’accueillir et le faire travailler. Il y tombe raide dingue de Crime D’amour d’Alain Corneau, dont il décide d’acquérir les droits pour en faire un remake. Une réadaptation au sens large du terme, De Palma reprenant les rennes scénaristiques et incluant dans ce récit de manipulation et de relations malsaines ses thématiques et obsessions visuelles.

Pour dualiser le combat d’idées entre Isabelle et Christine, Noomi Rapace et Rachel McAdams, qui oscillent constamment entre la sensualité débordante, jouant d’une géométrie amoureuse à partenaire variable, et le cabotinage insupportable. Ce qui surprend au début, tant le surjeu est grossier, devient plaisant, voire assimilé d’une certaine logique quand De Palma s’amuse à tordre la réalité, jouer sur les fantasmes imaginatifs, et nous indique que beaucoup de ce que l’on voit n’est pas la réalité mais l’interprétation même des personnages. Aidé de tous ses stratagèmes et d’une caméra armée jusqu’aux dents avec laquelle il va tenter de renouveler constamment sa mise en scène – pour le meilleur mais aussi pour le plaisir du kitsch à outrance –, il délivre un brûlot assez frontal sur les manipulations en entreprise et sur l’univers de la publicité, où tous les coups sont permis pour tirer la couverture à soi.

On voit ces deux femmes se dirigeant inéluctablement vers la folie, où plus rien ne peut les sauver, et où tout va crescendo, peut-être un peu trop. À vouloir inclure dans un récit déjà riche des teintes thriller, De Palma se perd dans une histoire qui tombe peu à peu dans l’improbable, et où les parallèles – celui avec Sœurs de sang, par exemple – deviennent trop grossiers, jusqu’à l’utilisation de la musique de Pino Donaggio qui, si elle rappelle les moments les plus divertissants de Body Double alourdit le tout ici. Le métrage devient grossier dans son fond, et a du mal à être sauvé par sa forme, surtout quand celle-ci se complaît à vouloir ponctuer ses rebondissements incessants, qui deviennent rapidement agaçants. Voulu comme un retour en force, Passion se présente plus comme un best-of de l’auteur – jusqu’au « split-screen » qui ne sert que peu le propos – qui amène cette fois-ci à l’indigestion. Une belle déception tant on sent la sincérité du cinéaste à vouloir nous offrir une nouvelle œuvre unique, et parfaitement ancrée dans son temps. Un exercice qu’il aime à reproduire, voulant toujours utiliser les nouvelles technologies à sa portée. Après les webcams, ce sont les drones qui vont l’intriguer et qu’il va utiliser pour peindre un portrait peu reluisant de la lutte contre le terrorisme. Malheureusement pour lui, la production de Domino s’avère très compliqué, et le réalisateur y laisse quelques plumes.

Domino (2019)

Sept ans s’écoulent avant que ce nouveau, et dernier en date, fait d’arme de De Palma ne nous arrive. Coproduction européenne fauchée au tournage interrompu plusieurs fois faute de financement, Domino est un film malade en tous points. Le manque de budget saute aux yeux, l’intrigue semble sortie d’un générateur aléatoire de DTV miteux, et le duo issu de Game Of Thrones Nikolaj Coster-Waldau – Carice Van Houten est bien loin de faire rêver tant sur le papier qu’à l’écran. Pourtant, malgré les déboires évidents du projet, De Palma tente et entend livrer un thriller nerveux sur la lutte antiterroriste. Le script de Petter Skavlan porte sur l’enquête menée par deux agents de police danois, Toft et Boe, après la mort d’un de leurs collègues lors d’une intervention. L’assassin est un ancien membre des forces spéciales qui veut trouver un chef de l’État Islamique pour se venger, objectif partagé par Joe Martin, agent de la CIA, qui se sert du fugitif qu’il a capturé pour arriver à ses fins.

Ces quelques lignes traduisent l’une des faiblesses de ce récit : son écriture à la ramasse. De Palma n’a pas touché au scénario et doit se débrouiller avec cette histoire qui s’avère être un ramassis de clichés peu inspirés. Du flic mis à pied qui va désobéir aux histoires de manipulation par la mafia en passant par un twist romantique de mauvais goût, il n’y a pas grand-chose à sauver. De Palma n’abdique pas pour autant et l’on décèle sa patte à de nombreuses reprises. Demi bonnette, split-screen, plan séquence, il sort l’attirail habituel pour essayer de donner du corps à ce squelette narratif. Le résultat n’est toutefois pas à la hauteur des espérances. Les effets de style sont audacieux mais marquent aussi l’épuisement d’un cinéaste qui peine à se renouveler et à s’adapter aux nouveautés. Le fait qu’il n’ait pas pris part à la post-production n’aide certainement pas, au point que l’on pourrait se demander si Domino est réellement un film de De Palma. La réponse reste oui, car on reconnaît suffisamment l’ambition visuelle et le talent de l’artiste par moments pour nous charmer les rétines et nous rappeler qu’il a toujours de l’idée. Il a conscience que les temps ont changé et entend confronter son audience aux problèmes contemporains, à l’image de cette fusillade filmée en split-screen qui a une dimension vidéo-ludique effrayante – il singe l’apparence d’un jeu de tir à la première personne, mettant le spectateur dans la position du tueur.

Le cinéaste se retrouve dans le climax marqué par l’utilisation des drones pour une séquence folle de tension lors d’une corrida, qui laisse miroiter ce qu’il pourrait nous offrir s’il disposait d’une enveloppe conséquente et d’une plus grande liberté artistique. Cette note finale donne un goût amer à l’ensemble qui est décevant, mais au potentiel gâché. Les obsessions de l’auteur sont toujours là, et il ne perd pas le nord en montrant la CIA comme une engeance manipulatrice et prête à tout pour arriver à ses fins ; on voit là le regard toujours critique de De Palma sur les institutions américaines et sur le pays en lui-même dans lequel il ne peut plus se produire à cause de ses pamphlets cinématographiques. Les autres personnages ne sont pas plus valorisés, tous étant guidés par le sang qu’ils veulent verser par instinct de vengeance de sorte que l’on peut voir en cette séquence finale la lassitude qui habite le cinéaste désemparé par la bêtise et la violence humaine qui n’est que vanité. Il n’en reste pas moins qu’il manque cruellement d’envie et d’inspiration pour rendre cette heure et demie passionnante. Même Pino Donaggio ne parvient pas à nous égayer avec une bande-son qui frise la caricature, symbole d’un tandem qui a peut-être trop tiré sur la corde avec ce nouveau long-métrage et qui est devenu has been malgré lui.

La société a évolué, Brian essaie de la suivre en usant des nouvelles technologies mais ses gimmicks n’ont plus la même force aujourd’hui à l’heure où les images affluent de toutes parts et rendent ces saillies visuelles insignifiantes voire banales. Difficile pour un auteur aussi féru de ce travail du point de vue, de l’orientation du regard du spectateur, de rester pertinent et impactant quand ce qu’il fait est devenu la norme et s’inscrit dans un flux qui atténue la dimension critique de sa position. Il n’a peut-être pas le recul nécessaire pour critiquer les codes actuels avec ses armes, ou bien ses armes sont peut-être devenues les codes actuels. Quoiqu’il en soit, Domino est un échec qui fait mal. On espère avoir l’occasion de retrouver un De Palma des grands jours prochainement, mais sa situation dans l’industrie telle que le résultat de ce film en témoigne n’inspire rien de bon. L’avenir nous dira ce qu’il en est, et pendant ce temps nous pouvons toujours profiter de la quantité de belles œuvres que De Palma a pu réaliser au cours de ses presque soixante ans derrière la caméra. Une longue carrière pour l’un des artistes les plus importants de sa génération, à l’influence toujours aussi forte.

Crédits rédaction : Redacted/Passion : Thierry de Pinsun
Domino : Elie Bartin


Un immense merci à Elise Remy, du blog Lilylit, pour nous avoir accompagné durant les relectures.

Thierry avait déjà fait une chronique de Domino lors de sa sortie, que vous pouvez retrouver ici

Redacted, avec Izzy Diaz, Rob Devaney, Ty Jones…1h30
Sorti le 20 février 2008

Passion, avec Rachel McAdams, Noomi Rapace, Karoline Herfurth…1h41
Sorti le 13 février 2013

Domino, La Guerre Silencieuse, avec Nikolaj Coster-Waldau, Carice Van Houten, Guy Pearce…1h29
Sorti le 12 octobre 2019 en DVD