Il n’est ici pas question de péripéties. Paradise Is Burning prend le contre-pied de la majorité des films sur l’émancipation de la jeunesse. Le film est une remarquable non-aventure dans laquelle les personnages semblent provoquer et espérer mais ne font finalement qu’attendre l’inévitable. Vivant sous le même toit, les trois sœurs de 16, 12 et 7 ans sont livrées à elle-même, leur mère étant absente depuis un long moment. L’inévitable prend la forme des services sociaux programmant une visite du domicile familial. Par le biais des habitudes, bonnes ou mauvaises, dont font preuve les jeunes filles, on comprend que leur mère ne reviendra pas. Laura, la plus âgée d’entre elle occupe déjà un rôle de parent pour ses deux sœurs : elle s’occupe des repas, signe les absences scolaires, impose un cadre quotidien.
Tout l’intérêt du film de Mika Gustafson repose dans le fait que même si la visite des services sociaux composera la finalité du récit, elle n’en est pas le cœur. Le sujet se centralise autour de cette sororité naturelle et nécessaire. Laura, dans un rôle maternel surpassant la place qu’elle est censée occuper, est plus qu’un modèle pour ses sœurs. Pilier de cette structure familiale bâtarde, elle provoque un mimétisme constant chez Mira et Steffi. Sans jamais verser dans le misérabilisme, le film montre une certaine pauvreté à laquelle les trois sœurs répondent par une joie constante. Lorsque Laura s’éloigne du domicile familial pour elle aussi se trouver une figure maternelle, l’absence de pilier fait tanguer la structure. C’est de manière concrète que Laura cherche une mère, une femme capable d’en tenir le rôle pendant la visite des services sociaux.
Dès le début de sa recherche, Laura sait pertinemment que la tentative est vaine, et profite du peu de liberté qu’il lui reste pour vivre sa vie. Cela passe en grande partie par le fait de rentrer par effraction au sein de domiciles inoccupés. Répétées, ces actions de vandalisme composent le poumon du film, le moment où Nobody Knows (2004) rencontre The Bling Ring (2013). Souvent accompagnée par des amies ou des connaissances, Laura utilise ces intrusions pour découvrir un quotidien autre que le sien, des maisons plus propres de personnes plus aisées. La liberté qu’elle ressent dans ces moments se caractérise par la danse, la musique ayant un rôle prédominant dans Paradise Is Burning. Le Obsession (2002) de Aventura qui rythme un home-jacking se terminant en pool-party ou des musiques plus douces, tout souligne des moments de tendresse échangés entre Laura et Hanna, femme plus âgée avec qui elle a sympathisé. La musique accompagne constamment les sentiments des personnages, libère une forme de parole corporelle afin de ne pas parler pour les personnages, mais avec eux.
C’est toujours la musique qui permet de rendre mémorable la cérémonie que les jeunes filles du quartier organisent afin de fêter les premières règles de Mira. La structure de cette séquence sera d’ailleurs répétée quasi à l’identique à la fin du long-métrage où cette fois-ci la cérémonie est organisée en l’honneur de la première dent de lait que perd Steffi, la plus petite des sœurs. L’opposition est ici d’autant plus intéressante, car la cérémonie pour Mira est l’un des derniers moments de joie insouciante, là où celle pour Steffi revêt l’énergie du désespoir. Les services sociaux sont à la porte, prêts à mettre fin à l’anormalité de cette situation alors les sœurs profitent, peut-être pour une dernière fois, de la force de ces moments passés ensemble.
Paradise Is Burning nous rappelle que peu de pays ont aussi bien parlé de l’enfance ces dernières années que les pays nordiques. Du brutal norvégien The Innocents (2022) au décontenançant Islandais Lamb (2021) en passant par le graphique finlandais Egō (2022), il faudra garder un œil vers le Nord pour découvrir, dans les mois à venir, d’autres longs-métrages qui viendront mettre à mal le quotidien de leurs petites têtes blondes. Retenez bien ce titre, Paradise Is Burning, car lorsqu’il faudra établir le bilan de l’année 2024, il sera hors de question de l’oublier !
Paradise Is Burning de Mika Gustafson avec Bianca Delbravo, Dilvin Asaad, Marta Oldenburg…
Sortie le 28 août 2024


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