Watcher – Fenêtre sur Bucarest

Tout semble présager un film héritier du cinéma d’Hitchcock. Un thriller à la limite du réel, des enjeux puissants élevés par l’interprétation de son actrice principale. Watcher est le premier film réalisé par Chloe Okuno, qui a le droit à son avant-première à l’édition 2022 de Sundance. Pour son premier récit, elle nous emmène en Roumanie où nous suivons la vie d’expatriés américains. Bucarest est inconnue des yeux de Julia, jouée par Maika Monroe, qui accompagne son mari Francis, en partie originaire du pays.

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Decision to leave : le PCW nouveau reste à quai

Un mois et quelques jours d’écarts séparent la sortie de deux films qui sur le papier sont en opposition totale, mais reflètent au fond d’eux la somme des obsessions de leur auteur. Decision to leave de Park Chan-Wook, prix de la mise en scène à Cannes 2022 d’un côté et Crimes of the future de David Cronenberg de l’autre. L’idée même d’un retour à la source de ce qui caractérise leur art, ce qui a fait leur succès et porte la marque d’un questionnement sur la pérennité d’un cinéma ambitieux et enclin à encore raconter des choses.

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As Bestas : Acculturation paysanne

À tout juste 40 ans, Rodrigo Sorogoyen est un auteur-réalisateur important en Espagne. Après l’énorme succès critique d’El Reino en 2018 (7 Goya dont meilleur réalisateur) et le semi-échec de Madre en 2020 (malgré une séquence d’ouverture poignante), il vient présenter son premier film au Festival de Cannes 2022. Cette fois-ci, il questionne notre rapport à la ruralité, à l’intégration et au collectif avec l’arrivée de ces deux français dans une commune reculée et sinistrée en Espagne. Un résultat anxiogène souhaité par son réalisateur mais avec certains manques.

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Kimi : troubles post confinement

Sans faire le moindre petit bruit de pas, Steven Soderbergh continue ses expérimentations film après film, loin des salles obscures. Kimi, 3e volet du contrat passé entre le cinéaste et la plateforme HBO Max arrive sur nos écrans en VOD. Encore une fois, la fausse simplicité cache un exercice de styles saisissant, qui s’inscrit dans la lignée d’une carrière toujours empreinte à surprendre en gardant la fluidité, l’expérience et la maîtrise de son auteur.

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Cure : Qui es-tu ?

Loin des sentiers battus du film policier américain, les contrées japonaises ont toujours révélé une part différente aux films de genre dans des contes moraux. Kurosawa Kiyoshi en est un des grands représentants, que cela soit dans le mélodrame, le film d’horreur ou le thriller, il excelle dans sa représentation des questions philosophiques de notre quête humaine. C’est en 1997 qu’il est révélé au monde entier par ce qu’on pourrait nommer un polar métaphysique, Cure.

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Basic Instinct : Combattre le mâle par le mal

Sorti en 1992, Basic Instinct a subi un raz-de-marée de critiques et de défiances sur la seule base de son scénario : un thriller érotique où une riche jeune femme, autrice et bisexuelle, est accusée de meurtre et de manipulation. Paul Verhoeven, le réalisateur, est taxé de misogyne, de biphobe et de sexiste sur sa seule note d’intention : vouloir mettre en scène ce scénario. Presque 30 ans plus tard, il est toujours important de le rappeler : voyez les œuvres !

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Boîte noire : le diable est dans les détails

On l’avait raté avec regret lors de la dernière édition du Reims Polar, mais Boîte noire de Yann Gozlan, présenté en compétition au festival d’Angoulême, fait partie de nos rattrapages d’urgence. Le réalisateur étant coutumier des thrillers tendus à la mise en scène efficace, sa nouvelle proposition ne fait pas exception, et nous entraîne dans une intrigue complexe, aux nombreux ressorts et à la réalisation impeccable.

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El Reino : Vertige politique

Un homme, une plage et l’immensité de la mer à l’horizon. Le dos tourné, Manuel Lopez-Vidal (interprété par l’immense Antonio de la Torre) semble penser à un avenir radieux qu’il n’atteindra jamais. Cachant son visage, son bouillonnement intérieur est transmis par la mise en scène, relais sensitif de ses émotions. Musique électronique cadencée et caméra immersive suivant les déplacements du politicien à travers le décor en un plan-séquence, Sorogoyen livre son point de vue. Suivre l’homme derrière le scandale pour se focaliser sur sa quête irraisonnée, le menant inévitablement à sa chute.

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Innocent : twist, oh mon twist !

Le twist en théorie, terme anglophone qui signifie un retournement de situation, souvent inattendu aux yeux du/de la spectateur·ice lorsqu’il est bien amené, est censé être dégainé avec minutie pour rebattre les cartes du récit en modifiant l’interprétation globale d’un film. Le twist en pratique, une tromperie utilisée exagérément à la manière d’un 49.3, en jouant la facilité pour justifier un manque d’écriture flagrant, sous couvert d’un puzzle complexe dont on se doute que certaines pièces ont été perdues en chemin. C’est le cas d’Innocent, dernière création espagnole Netflix, tirée du roman éponyme d’Harlan Coben.

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Sexcrimes : un parfum qui fleure bon son époque

Les années 90 et la chute de l’URSS, la démocratisation d’internet, la percée de la techno et du hip-hop, l’industrie du jeu vidéo qui prend une nouvelle tournure, la victoire de la France en Coupe du Monde… Et leur cinéma. Neve Campbell, Denise Richards, Matt Dillon, Kevin Bacon, et même Bill Murray à l’affiche de Sexcrimes… comme une douce odeur du passé, de comédien·ne·s peu à peu disparu·e·s, et de la production qui reflète bien son temps. On devrait dire une période sulfureuse et qui n’a surtout pas froid aux yeux. D’un côté pour de grand·e·s réalisateur.ice.s s’adressant à une niche de cinéphiles exigeant·e·s, qui cherchent un terrain d’expérimentations formelles et de thématiques dans le genre érotique en y créant quelques-unes de leurs plus belles réussites. Avec Paul Verhoeven (Showgirls, Basic Instinct), les Wachowski (Bound), David Cronenberg (Crash), ou encore l’ultime salut de Kubrick (Eyes Wide Shut). Et de l’autre avec l’émergence du teen movie, nombreu·ses·x se sont intéressé·e·s à développer un univers aguicheur pour adolescent·e·s de la génération Y, celleux qui bravent l’interdit pour découvrir des films dont iels n’ont pour beaucoup pas l’âge requis. Parmi eux, Sexcrimes de John McNaughton, fait figure d’œuvre culte qui condense absolument toute la sève des 90’s, jusque dans ses excès. 

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Le village : Conte et paranoïa

Raconter une histoire avec une révélation remettant en jeu tout ce qui a été narré, c’est comme accomplir un tour de magie. Il faut savoir en montrer assez pour éveiller la curiosité tout en évitant de se faire dépasser par l’audience, de plus en plus au fait de ce qui pourrait relever du tour de passe-passe scénaristique. Revenir sur Le Village, c’est aborder un tour discret de la part d’un prestidigitateur du septième art, fabuleux et horrible à revoir.

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Bound : les Wachowski se la jouent mafioso-féminisme

Si le nom Wachowski fait tilt dans une partie du cerveau, c’est avant tout comme création du phénomène planétaire Matrix. Saga devenue culte, ayant contribuée au rayonnement de la double pilule, de la technologie comme surplantant l’humain, et la mode de l’intégral cuir-plastique moulant. Ce serait oublier la filmographie de deux cinéastes habitées par l’envie du grandiose, et de la démesure, d’un bug au sein du système des blockbusters hollywoodiens. Mais avant les œuvres science-fictionnesques fait de succès et de déceptions commerciales imméritées, il y a le premier film loin de tout budget faramineux. Comme une carte de visite, une note d’intention donnant l’envie de revenir vers un univers reconnaissable au simple coup d’œil. Bound, tourné en 38 jours et sortit en 1996. Huis-clos et déjà prémisse d’un cinéma, entre réappropriation des codes et questionnement sur l’identité.

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The Room : Espoir d’une vie

La question de l’homme et de sa présence sur Terre est une source inépuisable pour le cinéma. On l’a vu récemment avec Vivarium où il était question de cycles de la vie. Après treize ans d’absence de la réalisation sur grand écran, Christian Volckman revient dans un film trouble où les vices de l’humain prennent le pas dans un couple sans histoire qui n’était qu’à la recherche d’un peu d’authenticité.

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I See You : Croasser de plaisir

Depuis combien de temps n’a-t-on pas vu un excellent thriller, dont les ficelles insondables parviennent à nous malmener de bout en bout ? Beaucoup diront Gone Girl, et on est assez d’accord. L’exercice est difficile : chaque séquence doit être millimétrée, jouer de ses angles et mystères pour nous captiver et nous mener en bateau. Présenté au PIFFF, voici I See You, d’un Adam Randall qu’on avait déjà remarqué pour son Iboy en 2017.

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Seules les bêtes : Polar et chansonnette

Dominik Moll et Gilles Marchand (Harry, un ami qui vous veut du bien) reprennent leur collaboration et adaptent librement le roman éponyme de Colin Niel sorti en 2017. Déconcertant, leur film propose une succession de points de vue et promet au spectateur une mécanique du suspens bien huilée.

Tu t’en vas…

Non, nous ne sommes pas partis de la salle obscure bien que les premières minutes de ce thriller fragmenté soient assez déroutantes : quelque part en Afrique, un homme porte un animal sur son dos. Il frappe à une porte. Séquence suivante : une route perdue dans les Causses et un prénom qui s’affiche, celui d’Alice (Laure Calamy); c’est le premier chapitre/personnage ouvrant le fiasco hasardeux auquel nous allons assister.

En bref, Alice trompe son mari Michel (Denis Ménochet) avec Joseph (Damien Bonnard), un brave garçon qui ne sait parler qu’à son chien et à son troupeau. Joseph est un « cas social » comme le dit si bien le bourru Michel (qui se sait cocu de surcroît). Tout ce joli monde cohabite sinistrement dans cet endroit reculé lorsque l’on annonce qu’une femme a disparu (Valeria Bruni-Tedeschi). Arrive alors le gentil gendarme (Bastien Bouillon, vu très récemment chez Sébastien Betbeder dans Debout sur la montagne) qui pose plein de questions mais qui (semble-t-il) ne résoudra jamais rien parce que la femme recherchée est morte et que son corps a été déposé dans la cour enneigée de Joseph, le coupable idéal.

Paniqué (mais heureux ?) Joseph cherche donc à faire disparaître le corps de cette belle femme dans la forêt enneigée… mais c’est sans compter sa légère tendance nécrophile et son amour pour la solitude qui le poussent enfin vers la sortie de tout ce bordel terrestre. Avec la morte, Joseph partage de beaux moments de complicité (si, si !) et ensemble, ils écoutent ce standard incontournable de la chanson française qui a pour titre exhaustif « Tu t’en vas ». Oui, c’est à partir de ce moment-là que l’on accroche vraiment et que l’on se dit « c’est complètement glauque mais je reste ».

Engrenage

Mais alors, qui a tué la morte ? Bah oui, on se le demande tout de même ! Après être passé par la case « Alice » puis la case « Joseph », c’est au tour de Marion d’entrer dans la partie. Mais c’est qui Marion ? Eh bien Marion, c’est la jeune amante de la morte. Mais attention parce que la partie se corse lorsque Marion devient Amandine à Abidjan. Amandine, c’est l’arnaque de Michel. Vous suivez ?

Oui, tout ceci est invraisemblable (et drôle) et comme dans le roman, on nous fait passer d’un point de vue à l’autre pour nous emmener – par le biais de l’irrésistible montage alterné – en pleine séance de maraboutage à Abidjan. Et tout ceci n’est que le fruit du hasard, meilleur ami de la malchance qui aura fait quelques dégâts sur son passage ; reste alors à dénouer le tout par une séquence finale assez cocasse, comme le net contraste du calme revenu après la tempête.

En bref, Seules les bêtes promet aux spectateurs une intrigue bien ficelée (car tirée d’un roman) mais si le titre annonce le mystère, le processus de dévoilement de l’intrigue est quelque peu refroidissant, faute de nous emmener plus loin dans la réflexion sur les vanités de l’espèce humaine.

Seules les bêtes, de Dominik Moll. Avec Denis Ménochet, Laure Calamy, Valeria Bruni Tedeschi, … Sortie le 4 décembre 2019.